Compte rendu Anima 2014

Cheatin’ (Bill Plympton, 2013, USA)

 

Le nouveau Plympton laisse un sentiment mitigé : certes le dessin est génial, la première demi-heure vraiment excellente, pleine de trouvailles poétiques pour reconstituer la sensation d’une rencontre amoureuse type, et l’ambition assumée du réalisateur de faire un long-métrage sans dialogue, revendiquant fièrement son indépendance face au monopole Disney, mérite forcément d’être salué.

Après, tenir 1h20 avec un scénario très mince et sans l’aide de la parole n’est pas donné à tout le monde. N’est pas Jacques Tati qui veut !

L’histoire tourne un peu au ridicule, et malgré quelques idées de temps en temps, la sensation du début s’essouffle. Le film tend à la fois vers un burlesque quasi fantastique et vers un mélodrame archétypal. Malheureusement, les deux tendances manquent toutes les deux de rigueur et l’émotion disparaît.

The Garden of Words (Makoto Shinkai, JPN, 2013)

Moyen-métrage sympathique. Une histoire sentimentale entre une prof et son élève, finement amenée, tendance Kim Ki-Duk, dont la fin est malheureusement totalement ratée. En effet, si le reste du film était assez sobre, et c’est ce qui plaisait, les dernières minutes deviennent une dégoulinade trop sucrée, avec fille qui hurle, monde qui s’écroule et 500 violons pour souligner tout ça. Dommage…

L’Arte della felicita (Alessandro Rak, IT, 2013)

Le meilleur du festival, récompensé d’ailleurs par le prix du public. Un film intelligent, parti d’une idée de filmer un festival de débats en Italie sur la question du bonheur, et devenu un drame familial profond. Un personnage de taxi driver est hanté par des souvenirs d’enfance et sa rupture avec son frère devenu moine bouddhiste. Ces trajets, pendant lesquels le personnage discute avec ses clients, sont donc habilement mélangés à des flash-back et des séquences métaphoriques plus ou moins réussies. La radio diffuse quant à elle des infos sur la ville de Naples où se passe l’histoire, et qui est devenue une ville sale et triste. L’excès de morale et de philosophie pèse un peu sur le film, mais la rigueur de la mise en scène, du rythme et la qualité du scénario font de ce premier film une belle réussite.

Consuming Spirits (Christopher Sullivan, USA, 2012)

Film alors là complètement indépendant, réalisé sur une période de 15 ans et avec un budget dérisoire. Le problème, c’est que ces deux données gâchent pas mal le film car elles deviennent, ou sont devenues, à force, des obstacles à l’efficacité du film. En effet, si l’ambiance glauque de cette peinture de l’Amérique profonde pourra en ravir plus d’un, la narration s’emmêle les pieds dans les digressions et les décors sont tellement « cheapos » que pour les plans en extérieur, cela casse quand même pas mal l’immersion que réclame tout film, même d’animation. Consuming est long, austère, difficile, mais traversé d’une poésie macabre et d’un souffle folklorique comme une ancienne ballade chantée dans une ruelle de Detroit.

Uma historia de Amor e Furia (Luiz Bolognesi, BRA, 2012)

Film en 2D assez conventionnel avec une narration éparpillée sur plusieurs siècles. Le fil rouge : le personnage principal est un esprit qui se réincarne à différentes époques et meurt chaque fois au cours d’une révolution du peuple. Le scénario, tout sauf gai, n’est pas inintéressant mais quel dommage – et je dirais même, quel contresens ! – de vouloir transmettre l’histoire d’une culture sans se servir des formes d’expression qui lui sont propres ! Au final, un blockbuster hollywoodien sur l’histoire du Brésil, qui se laisse regarder mais sans plus.

Portraits de voyage (Bastien Dubois, FR, 2013)

Une série télé constituée de portraits très courts, consistant chaque fois en un personnage d’un pays étranger qui fait partager une anecdote ou une coutume qui lui est propre. La durée courte et l’humour omniprésent permettent de faire passer cette pilule, plutôt louche quand on sait que le tournage s’est passé en studio à Paris. Les personnages réels viennent se faire filmer en motion capture, racontent leur anecdote et puis tout le reste est recréé numériquement. Le résultat est assez beau et enlevé, bien que les épisodes soient inégaux, mais cet aspect factice me paraît discutable. Si on ajoute à ça le fait que les créateurs ont réussi à trouver une personne parlant français pour chaque pays, la dimension ethnographique en prend quand même un coup. Du tourisme à la française, quoi…

Quelques courts à signaler :

Impromptu (Bruce Alcock, 2013, CDN)

Un repas improvisé mis en scène de manière ultra-réaliste avec caméra subjective. C’est drôle, bien écrit comme souvent dans les films canadiens, et l’utilisation de l’animation apporte vraiment un plus. Les sensations du personnage venant se matérialiser au milieu du chaos presque documentaire.

Le Courant faible de la rivière (Joël Vaudreuil, 2013, CDN)

Un argument qui évoque un peu les histoires du génial Daniel Clowes. Un personnage qui évoque un souvenir érotique sur un ton tragicomique, baigné de fantastique et de réalisme social. Encore une fois cet humour canadien aigre-doux réjouissant.

Autour du lac (Noémie Marsily et Carl Roosens, BE, 2013)

)Un des films primés. Il s’agit d’un clip sur une chanson rigolote très décalée de « Carl et les hommes-boîtes ».

 

In the Air Is Christopher Gray (Felix Massie, GB, 2013)

Assez drôle, une chronique adolescente totalement absurde et burlesque. Complètement pompé (style, humour, rythme) sur ce génie absolu qui attend toujours d’être reçu en grandes pompes à Anima : Don Hertzfeldt.

Destiny (Fabien Weibel, FR, 2012)

Film en 3D tout laid mais scénario rigolo à la « Un jour sans fin », ramené à une seule séquence de prison temporelle : quelques secondes qui se répètent plusieurs fois et dont le personnage tente de se sortir.

Poppy (James Cunningham, NZ, 2009)

 

Le film le plus émouvant dans la sélection autour de la guerre 14-18. Film en 3D assez réaliste ; deux soldats perdus qui trouvent un bébé et essaye de le sauver. Simple mais touchant.

Informations sur le site du Festival Anima  

Tags from the story
,
Written By

Cinéphile farouche, monteur et vidéaste pittoresque

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *