Concours: 03/05 – 11-05 – L’Institut Benjamenta – Théâtre Océan Nord

Reprise du 03 au 11 mai 2013 au Théatre Océan Nord

D’après : Robert Walser

Adaptation & Mise en scène : Nicolas Luçon

Avec : Stéphane Arcas, Sébastien Fayard, Julien Jaillot, Denis Laujol, Nathalie Meelinger, Benoit Piret, Lofti Yahya Jedidi

Tarifs : de 5€ à 10€

Durée du spectacle : 1h30

« Jacob von Gunten s’est inscrit comme élève à l’Institut Benjamenta, lequel a pour mission de former au service et à la domesticité… pourtant nous découvrons rapidement l’existence d’un certain nombre de dysfonctionnements : les professeurs, par exemple, en sont absents, ce qui limite singulièrement la portée pédagogique de l’établissement. Mlle Benjamenta, la jeune sœur du directeur, assure l’intérim. Elle ne donne plus qu’un seul cours, toujours le même, sous forme de variations, à l’infini… Et que font les élèves ? « Ils végètent dans l’oisiveté. » Et s’il faut malgré tout s’occuper, ils apprennent le règlement par cœur et nettoient les locaux dudit Institut, selon une logique circulaire parfaitement absurde. »

Jacob, à la fois narrateur et personnage principal, relate, par bribes, et souvent dans le désordre, son parcours d’élève à l’intérieur de ce monde rigide et rébarbatif. Jacob désire n’être plus qu’un beau zéro tout rond, ne plus servir que les intérêts d’autrui et s’annuler au profit du service. Se soumettre au règlement rigide de l’Institut, c’est une façon, pour lui, de retrouver un accès paradoxal vers une vie non encore étouffée par la possession et par la contrainte. “Je ne peux respirer que dans les régions inférieures” dit Jacob, et de fait, cela fait partie de son programme de caméléon : se fondre dans l’insignifiance ; redevenir anonyme et sans apparence, comme Kraus, son condisciple. Pourtant, Jacob fait encore montre de résistance, oscillant entre l’impertinence et la soumission. Il ne semble pas si facile de renoncer à réfléchir…Pourtant, la soumission au règlement l’emportera sur toute revendication personnelle, et Jacob finira par abdiquer toute velléité individuelle et par abolir sa propre subjectivité au profit du service.

Il est ici question de conscience, d’innocence, de mise en veille d’une personnalité, de soumission à une loi vide et arbitraire, de renoncement à soi-même, d’attente contemplative. Où se situent les frontières de l’imbécilité et de la docilité, quand cessons-nous de réfléchir pour renoncer à notre individualité, notre fierté, notre identité ? Être bête, c’est n’être plus responsable de rien. N’être plus responsable de rien, c’est être à jamais innocent. Être innocent, c’est se délivrer de l’esclavage intime de sa propre conscience. Cela semble être un soulagement pour Jacob.

La scénographie est minimale, l’action se déroule autour d’une scène centrée à la façon d’une estrade, dans un dépouillement total, ou viennent se rencontrer, s’affronter les personnages dans un habile jeu de lumières. La salle est emplie d’une fumée épaisse, dans laquelle elle baignera toute la durée du spectacle. Les 7 personnages surgissent du lointain, et s’y enfoncent à nouveau, donnant l’impression d’un flottement surréaliste, d’une action ouatée, comme si l’esprit s’endormait petit à petit au sein de l’Institut Benjamenta. L’éclairage vient encore accentuer l’étrangeté des lieux : l’institut relève du cauchemar, d’un monde somnambulesque, posté à la lisière du monde réel.

L’interprétation irréprochable de ce texte vient, dans ce contexte, directement toucher les spectateurs : le directeur de l’Institut, d’une noirceur inquiétante, sa sœur, caractérisée par une rigidité maladive, Jacob, dont l’évolution de la rébellion vers l’obéissance, se dérobant par là-même à l’autorité toute puissante du directeur de l’Institut, amorcera la déliquescence de ce monde autoritaire et vide.

Le spectacle est subtil, fin, dense. On en ressort en s’interrogeant, on y repense encore deux jours plus tard : le message semble insaisissable. Je vous recommande vraiment vraiment vraiment cette pièce !

S’il vous fallait une raison supplémentaire, outre le fait que les lieux soient absolument sympathiques, je me dois ici de souligner la politique de la direction, particulièrement honorable : le théâtre s’efforce en effet de proposer des « tarifs démocratiques, afin de donner accès à nos représentations au plus large public possible ». De plus, « La recette est entièrement reversée à la compagnie accueillie, ce qui constitue, parfois, son seul apport d’argent ». Cette démarche me semble justifier à elle seule une visite au Théâtre Océan Nord.

Plus d’information : Théâtre Océan Nord

Culture et Compagnie vous offre 3 x 2 places pour le 09/05 à 20h30.Pour faire partie des heureux gagnants, rien de plus simple!

Il vous suffit d’aimer la page Facebook ou  de vous abonner par e-mail au site, de signaler votre participation en envoyant un message à concours@culturetco.com  !

Le concours sera clôturé le 08/05.

Bonne chance à tous!

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!