Concours et interview de DEXTRO, peintre issu du graffiti bruxellois

« Dextro a fait ses armes dans le graffiti, au début des années 90, à un moment où rares étaient les galeries qui osaient s’intéresser à cette peinture. Les codes, valeurs et techniques du mouvement Hip-Hop constituent les bases du travail de l’artiste. En 1996, Dextro forme avec d’autres amis, le crew P50 qui regroupe chanteurs, DJ, et graffeurs. Diplômé de l’Académie Royale des Beaux Arts, le bombeur a appris les bases du dessin avant de continuer à perfectionner les lettrages pour s’approcher de son but : imposer son nom et son style pour prendre sa place dans une société qui ne laisse que peu de place aux êtres. Dextro étudie les lettres afin de créer son propre style de ‘writing’. Malgré l’image négative de ce mouvement, l’artiste évolue et connait le travail à réaliser pour arriver au résultat voulu qui diffère en fonction des évènements et humeurs de la vie. Dextro ne peint pas uniquement sur toiles et explore les différentes techniques afin d’inscrire son nom sur de nombreux supports qu’il apprivoise. Le writer ajoute différentes textures et de nombreux matériaux tels que polyuréthane, huiles, brou de noix afin de donner du relief à ses travaux qui sont autant d’exutoires pour l’artiste. »

D’où vient le pseudonyme « Dextro » ?

C’est simple, mon nom de graffeur est « DEKS » et c’était des potes quand j’étais à l’école qui m’appelaient tout le temps « Dextro ». C’est cool, c’est marrant et c’est cohérent avec moi , donc j’ai pris ça comme nom d’artiste.

Comment vous définiriez-vous en tant qu’artiste ?

Le terme exact est « graffiti artiste ». Je fais plusieurs choses différentes. Quand je fais un mur, c’est du graffiti. Quand je fais une toile ou un custom, je laisse plus place à l’imagination.

En quoi consiste votre métier ?

Pour le moment, en tant qu’artiste, je dois trouver des boulots dans le domaine artistique. Cela peut aller d’une expo’ où je ne suis pas sûr de vendre (il faut quand même le dire) à un gros ou un petit contrat (comme une création de logo).

Quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ?

Pour les avantages : je fais ce que j’aime et je choisis mes horaires. Si j’ai envie de peindre à partir de 11h du soir et pendant toute la nuit, il n’y aura personne pour m’en empêcher ! Et si le lendemain, j’ai envie de dormir plus tard, personne ne peut m’en empêcher également. Mais il y a des contraintes car il faut se tenir à son agenda : certains contrats plus intéressants passeront avant, ce qui est logique. Donc les autres attendront et on peut accumuler beaucoup, ce qui fait que c’est un peu compliqué quand il faut faire plusieurs choses en même temps. Mais il y a plus d’avantages que d’inconvénients, pour moi en tous cas.

D’où vient cette envie d’être artiste ?

L’envie d’être artiste ? Je n’en sais rien du tout mais l’envie de peindre c’est depuis que j’ai 12-13 ans, depuis que j’ai vu des graff’ en rue. J’étais tellement impressionné que ça soit des êtres humains qui fassent ça ! J’ai toujours eu envie de faire ça, de peindre et de tester de nouvelles techniques, de nouveaux supports, … Et je n’ai jamais été blasé de cela. Je crée pour ne pas subir le quotidien de la vie, pour m’évader, me calmer et être dans mon petit monde.

Quel est votre parcours et en êtes-vous fier ?

J’ai étudié à l’Académie des Beaux Arts (j’ai réussi donc j’ai un diplôme). C’est bien car j’ai appris à connaître le matériel là-bas mais par rapport à ce que je fais ce sont les bases. C’est ma vingtième année de graffiti. Ça se voit plus pour mes influences sur toiles. C’est que j’ai vu pendant mes voyages et mes années « vandales » qui m’a plus influencé, plus que les cours. L’école c’est un supplément, pour moi en tous cas.

Quelles écoles ou formations conseilleriez-vous à ceux et celles qui souhaiteraient se lancer dans cet art pour être bien formé dans ce domaine ? Car je trouve qu’il y a peu d’informations disponibles à ce sujet et vous êtes apparemment une « encyclopédie du graffiti bruxellois »

Pour la formation, avec Internet on peut facilement trouver des vidéos là-dessus. Pour apprendre ça, c’est simple, il faut en faire beaucoup et au fur et à mesure on attrape des techniques à la bombe, des choix de couleurs, on joue avec différents caps [un cap est un embout situé au sommet de la bombe. Il en existe de plusieurs types : les « Fat Caps » servent à recouvrir de grosses surfaces, les « Skinny Caps » sont des caps de finesse moyenne et les « Fine Caps » sont utilisés pour les contours et détails], des dégradés différents, on mélange avec certains latex, … Mais cela se fait au fur et à mesure des années. Au début, c’est simple, ce n’est peut-être pas ce que je devrai dire mais prends tes squeezer , tes chromes et tes noirs et tu vas dans la rue. Tu apprends par toi-même. Quand tu regardes un de tes graf’, même vandale, tu te dis « cette partie-là est bien mais pas celle-là » et la prochaine fois, tu feras mieux ! C’est comme être l’élève et le prof en même temps et pour soi-même. Tu peux avoir des problèmes avec la police mais si tu continues, ça veut dire que tu en as envie, il faut juste s’exercer. Le déhanché de la main sera plus rapide, plus précis. Il y aura plus de maîtrise que la première fois. A la fin, ça devient de l’amusement. Si les gens aiment vraiment ça, ils ne doivent pas arrêter, pour n’importe quelle raison. Si tu as des problèmes (financiers) dans la vie, tu peux mettre ça un peu de côté mais si tu aimes vraiment ça, tu continueras. Tous ceux qui continuent depuis 10, 15 ou 20 ans ont des enfants et ça ne les empêche pas d’aller peindre un mur car ça devient comme une drogue, c’est un besoin ! Les gens comprennent ça d’eux-mêmes à un certains moment. Ils se disent « pourquoi tu fais ça » ? Car, à la base, aucun graffeur ne gagne quelque chose. Tu paies tes bombes, tu passes toute la nuit dehors pour aller mettre ton nom et avec un peu de chance tu ne te fais pas attraper mais tu ne gagnes rien du tout. C’est juste un plaisir personnel mais intense. Et si tu te dis que tu feras ça toute ta vie, alors autant financer ça.

Quelles sont les compétences personnelles à avoir pour progresser dans cet art ?

Beaucoup de patience, dessiner et se remettre en question. Quand on atteint un certains niveau avec tel style, il faut essayer de chercher de nouvelles choses (la palette de l’artiste s’élargit un peu plus). Il y en a beaucoup qui ne font pas cela. Quand ils arrivent à un bon truc, ils font le même projet pendant 10-15 murs et à la fin ils stagnent. Il faut faire beaucoup de tests pour ne pas rester au même niveau. Peindre pour peindre c’est se forcer, ça n’est plus un plaisir !

Combien de temps mettez-vous afin de réaliser une oeuvre (sur mur ou sur toile) ?

C’est complètement différent ! Pour faire un mur, il faut deux jours (une vingtaine d’heures, le temps de bien tout finir). Soit j’y vais seul, soit j’y vais avec des potes et on fait une compo’. Mais il y a le problème du temps (en Belgique, il pleut souvent et on ne peut pas peindre sous la pluie, c’est impossible car tout coule, la peinture n’adhère pas). Une toile, je peux la faire en deux heures comme je peux la faire en deux mois. S’il pleut, je me mets dans mon atelier pour peindre. Mais c’est plus rapide un mur (au niveau des remplis) même si je détaille beaucoup. L’idée de base c’est de bien mettre mon nom. Pour une toile, je peux faire un fond et la laisser là pendant un mois et puis me dire un soir que je vais la finir (donc c’est difficile d’estimer le temps qu’il faut pour faire une toile). Ça ne peut pas se faire pour un mur car dans ce cas, je le commence et je le termine.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

J’adore les artistes abstraits (Pollock). Et je m’inspire aussi de ce que je n’aime pas. Je me demande pourquoi ça ne me plait pas : je regarde beaucoup ce que ces artistes font et j’arrive à trouver quelques éléments que je trouve bien. Il y a aussi la old school du graffiti bruxellois (je suis un grand archiviste, j’ai plein de photos d’avant) et il y a beaucoup d’artistes qui m’ont inspiré comme les BCP, CNN, RAB. Je voyage plus depuis que je travaille dans le milieu artistique donc il y a aussi ce que je vois à l’étranger car, quand on reste en Belgique, on a plus ou moins tout vu. On peut aussi s’inspirer via internet mais quand on est sur place c’est quand même autre chose ! La musique m’influence aussi. J’écoute de tout (principalement du rap mais je peux tout aussi bien écouter un Jacques Brel ou de la salsa . En fonction des musiques, je fais quelque chose d’un peu plus sobre ou je mets des couleurs flash. Je m’inspire de tout.

Selon vous, quel est l’environnement idéal pour exercer correctement votre métier ?

Ça dépend des journées. Il y a des jours où j’ai envie d’avoir une paix royale et il y en a où on fait un mur à une dizaine et c’est cool, on a de la musique. Le meilleur endroit serait un grand mur au soleil, en plein été, avec un barbecue et de la musique !

En général, que pensent les gens de ce que vous faites ?

Mes potes aiment bien et me soutiennent. Mes parents aussi. Mais les autres membres de ma famille ne comprennent pas, malgré que je fasse ça depuis vingt ans, car ils sont âgés, ils ne comprennent pas l’art urbain et sa portée. Ils ne savent pas que c’est l’art actuel, qui va se voir de plus en plus dans les années à venir. C’est LE courant artistique qui va percer ! Il y en a certains qui ne comprennent pas mais qui me diront : « Félicitations. C’est un travail comme un autre. Si tu as autant de demandes et d’expo et de commandes c’est que les gens aiment ton travail ». Il y en a d’autres qui sont un peu jaloux et dénigre . Mais les gens ne le prennent pas trop mal. Même s’il y en a plein qui disent que ce n’est pas un métier. Et je les comprends. Je ne me lève pas tous les matins à 7 heures et je ne reviens pas tous les soirs à 17 heures. La première fois que j’ai fait un tag sur un mur, je ne me suis pas dit que j’allais vivre de ça mais c’est devenu une source financière avec le temps . Il y a des fois où je ne fais quasiment rien du tout et des fois où je ne dors presque pas pendant trois jours. Donc c’est une approche différente du mot « travail ».

Quels ont été vos précédents projets les plus marquants ?

J’ai participé au Brussels graffiti à De Wand, la station à ciel ouvert que tous des graffeurs ont peint et qui est la plus grande fresque peinte d’Europe (en 2007 et 2008). Ma première exposition était en 2005 à l’UCL. Après j’ai eu quelques petites expo’ avec mon groupe dans les soirées Bulex (lieux abandonnées remis à neuf). La première fois où j’ai eu le déclic comme quoi je voulais vivre de ça, c’était pour les quinze ans de mon groupe. On avait fait une exposition « Remember the P50 days ». C’était la première grosse vente (en 2009). En 2010, on a fait une exposition collective avec Délit de fuite, Rush et dums de mon groupe, une photographe, Dona et silik de Color junky. C’était des projets de graffitisme (mise en place sur PC). En 2011, il y a eu beaucoup de contrats sur mur mais pas d’expo’. En 2012, j’ai fait une exposition avec Axel à « L’art Sans Costard » [qui mêle apéro et découverte du talent de jeunes artistes]. J’ai enchaîné avec une expo’ en septembre à Liège au « Café Nova ». Et deux semaines après, il y a eu « Marqueurs de vie », une très belle (et grosse) expo’ avec laquelle on a eu beaucoup plus de retours qu’on ne l’imaginait. En octobre, j’ai participé à l’expo’ EXHIB (soirées EXHIB à Bruxelles). En novembre il y a eu « Brussels Graffitizm » aux TAG City Galeries (avec Axel, Rush, Soon et KSE974). En décembre je me suis reposé.

Quel est le message que vous souhaitez faire passer via vos œuvres ?

Chaque graffeur est diabolisé. Les gens disent « c’est du vandalisme et ça coûte cher » mais à la base : c’est offert ! Quand je regarde la TV, je suis obligé de voir certaines publicités, on me les impose. Et bien mon graff’ ils le voient aussi parce que je l’impose. Ce n’est pas méchant. De la couleur dans la ville c’est plus beau que des murs gris ! Moralement, ça fait du bien. Je n’ai pas de message particulier à faire passer. Je me fais plaisir et si les gens aiment bien, alors, cela me fait doublement plaisir.  

Si vous souhaitez contacter DEXTRO (graffiti artiste, toile, body painting et customisation sur divers supports), voici ses coordonnées :
– e-mail : deksone@gmail.com
– téléphone : +32 476 469 314
– facebook : Dextro Dexiano Pfifty

Culture et Compagnie vous offre une toile unique de Dextro de  50 x 20 cm.
Depuis 2008, Culture et Compagnie vous informe, vous livre ses bons plans et s’efforce de faire germer la Culture pour vous et grâce à vous.
Vous êtes aujourd’hui plus de 800 à suivre les actualités diffusées par Culture et Compagnie via Facebook. Le concours que nous vous proposons permettra à l’un d’entre vous de gagner une toile originale de l’artiste graffiti bruxellois Dextro !
Afin de remporter cette pièce exceptionnelle, il faudra nous aider à atteindre l’objectif de 1000 fans. Le gagnant sera celui ou celle qui nous amènera le plus de fans ou d’abonnés à la newsletter.
Dès qu’un de vos amis s’abonne, il devra nous informer par email (concours@culturetco.com) du nom de la personne qui l’a fait connaître notre site. Dès que nous atteindrons les 1000 fans, nous comptabiliserons les personnes inscrites par le biais des personnes participantes. Pour être l’heureux gagnant de cette magnifique toile, rien de plus simple : Il vous suffit d’inviter vos amis à aimer notre page facebook ou à s’inscrire par e-mail et de nous informer que vous les avez invités. Le concours se clôturera dès que Culture et Compagnie aura atteint les 1000 fans.
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Un jour je recevrai ma lettre d'admission pour étudier à Poudlard, j'aurai un train de vie digne de "Gossip Girl" (comprendre : un dressing de malade et de l'argent qui tombe du ciel), je voyagerai à travers le monde, j'aurai un majordome, ... L'espoir fait vivre !

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