Confidence africaine

Le pont d’un paquebot, la nuit, quelque part entre l’Afrique du Nord et Marseille. Un homme se confie, l’autre écoute. Celui qui écoute, c’est Roger Martin du Gard, l’auteur des « Thibault », Prix Nobel de littérature en 1937. Celui qui se confie est un libraire italien, un inconnu installé dans une métropole du Maghreb. Il raconte un secret familial, un scandale, et confie enfin le récit intime et brûlant de son aventure interdite…

Il fait assez sombre dans la petite salle du Public. Devant nous, éclairées et côte à côte, deux chaises longues nous font face. La traversée durera une heure, une heure durant laquelle le public, en témoin silencieux, assistera à une sombre confession, sombre comme la nuit sur le pont du paquebot où elle est livrée. Il fait noir, le public attend quand soudainement, le silence est rompu.

Sorti du public, un homme raconte. Cet homme, c’est R.Martin du Gard, auteur entre autres de la série Les Thibault. Nous sommes en 1930, année où R.Martin du Gard écrivit cette confidence africaine, mise sur papier d’une expérience réellement vécue ou simple nouvelle littéraire. Cet homme nous relate sa rencontre avec un libraire italien, les liens qui les unissent et l’endroit où la confidence douloureuse a eu lieu, le pont du bateau faisant la traversée vers Marseille.

Le public, par cette présentation devient, lui aussi, témoin silencieux de ce monologue sur un amour amoral et tragique, un tabou d’autant plus lourd à porter que nous sommes au début du XXe siècle. Chacun de nous se voit alors dans la peau de celui qui écoute, libre d’en tirer sa propre analyse, son propre jugement sur cet aspect interdit de l’amour.

R. Martin du Gard écoute sans juger, rendant d’autant plus pesante la confession. Étonnant effet de constater que celui qui s’allège le coeur en se livrant alourdit celui du confesseur. Les choses cachées doivent-elles le rester? Le secret a son poids et tout le monde ne peut savoir le porter ou le recevoir. 

Dénué de toute fioriture, le récit, court, va à l’essentiel tout comme la mise en scène de Jean-Claude Berutti. Rien n’est ajouté aux chaises longues hormis la lumière qui se nuance pour nous emmener sur le pont du paquebot, aux côtés des comédiens.

Fidèle à sa programmation, le théâtre Le Public nous offre une fois de plus une pièce à sa hauteur, courte comme la nouvelle dont elle est tirée mais tout en sensibilité et pudeur. Un bon moment théâtre.

 

Du 08/04 au 30/04/2014 au Théâtre Le Public, Rue Braemt 64-70, 1210 Bruxelles

Représentations supplémentaires les 2 et 3 mai !

Texte de Roger Martin du Gard

Mis en scène de Jean-Claude Berutti

Avec Christian Crahay & Jean-Claude Berutti

Durée du spectacle : 1h

Tarifs : de 8 à 25€ & article 27

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Directeur artistique en publicité, trop occupé à faire la publicité des autres pour en faire la sienne ici.

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