Continent Kafka

Un livre doit être la hache qui fend la mer gelée en nous

Une femme entre d’une porte étroite, côté jardin. Elle guette le moindre bruit, avance à pas légers, essuie une autre porte et une table dont elle avale les crasses. Elle arrache une date du calendrier et repart avec prudence.

Cette venue étrange annonce l’univers de Franz Kafka.

Franz Kafka menait une double vie. Le jour, il travaillait dans une compagnie d’assurance. La nuit, il construisait ses récits fantasmatiques où parfois l’homme est changé en insecte monstrueux.

Mais sa famille rejetait ses ambitions littéraires.

Pourquoi Kafka restait-il enfermé chaque nuit dans son bureau ? Pourquoi accordait-il autant d’importantes à l’écriture ? Le père de Franz Kafka était un prétentieux et terre-à-terre. Comment aurait-il compris la quête mystique d’un poète ?

Dans Continent Kafka, nous assistons à ses derniers jours, avant qu’il meure de la tuberculose, à 40 ans, le 3 juin 1924. C’est l’intrigue principale. Le spectacle représente différents tableaux symboliques. Les uns abordent l’entente difficile que Kafka éprouvait avec sa famille ; les autres montrent quelques figures humaines exubérantes propres à son imaginaire. Mais aucun tableau n’est lié. L’intrigue principale n’est qu’un prétexte, mais elle permet à placer toutes les scènes dans une circonstance déterminée.

Aux premières scènes, le décor est simple : deux portes, une chaise, un banc, une table dans un couloir clair. Il change peu à peu. Il gagne en niveaux. Et dans chacun, nous apercevons des personnages aliénés. L’un marche comme un crabe, l’autre comme une fourmi ; l’un est hystérique, l’autre tremble et bondit.

Certains tableaux permettent l’improvisation. Notamment, vous verrez sans doute une version différente de la première scène. La femme qui entre avec méfiance et mange des crasses pourrait agir tout autrement : les mettre plutôt dans sa culotte !

Continent Kafka fait entendre évidemment du texte. Pascal Crochet, le metteur en scène, a tiré les passages dans l’œuvre de Franz Kafka. Tous donnent un éclaircissement sur les tableaux symboliques qui représentent l’univers Kafka et sa vie sociale.

Mais le spectacle montre avant tout un travail du corps. Il arrive plusieurs fois une scène où Kafka rencontre sa famille. Et il a y des interactions inattendues . Malgré le simple décor, les comédiens improvisent avec : ils grattent les murs, rampent sous le banc, font entrer une tête ou un demi-corps à la porte entrebâillée. Le travail du corps domine, en fait, le spectacle.

Toutefois, nous déplorons parfois certains silences inutiles. Ils n’ajoutent aucune tension, aucune compréhension, alors qu’il vaut mieux que chaque parole, chaque mouvement se rapporte au sujet.

Enfin, le spectacle est d’un genre inhabituel. Il montre la nature humaine avec un œil qui rend visibles ses folies et ses chimères intérieures.

Notre imaginaire conçoit aussi des fantasmes qui ne sont nullement conformes aux mœurs officielles ! Franz Kafka et Pascal Crochet osent nous faire voir ces ténèbres que nous refusons d’avouer !

Du 09/10 au 27/10 au Rideau de Bruxelles jouant au centre culturel Jacques Frank, 94 chaussée de Waterloo à 1060 Bruxelles.

Les prix sont de 10 à 18 €.

De: Pascal Crochet ( inspiré de Franz Kafka)Mise en scène: Pascal Crochet

Avec: Anna Cervinka, Angelo Dello Spedale Catalano, Anne-Rose Goyet, Thierry Lefèvre, Jean-François Pellez, Nathalie Rjewsky, Jérémie Siska, Simon Wauters.

Written By

Journaliste basé à Bruxelles.

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