Coquelicots d’Irak

Paru en août 2016, Coquelicots d’Irak est un album d’une intensité remarquable. La coloriste Brigitte Findakly, qui a entre autres travaillé sur les séries Le Chat du rabbin et Le Retour à la terre, mais aussi pour Le Journal de Mickey ou Le Journal de Spirou, signe ici une histoire dessinée par son époux Lewis Trondheim, l’un des cofondateurs de L’Association. S’ils avaient notamment déjà collaboré pour la série Lapinot, dont elle assurait la mise en couleur, dans ce one shot c’est son histoire, sa propre histoire, qui est mise en cases et en bulles.

L’histoire de Brigitte Findakly, née à Mossoul d’un père irakien et d’une mère française, ainsi que, plus largement, de sa famille, croise la « grande » Histoire, celle de l’Irak, où coexistent chiites, sunnites et chrétiens, notamment marquée par des coups d’État et des régimes totalitaires qui se succèdent mais se ressemblent. Au fil de tranches de vie admirablement racontées qui pourraient paraître banales dans un autre contexte, le lecteur en apprend énormément sur la vie quotidienne en Irak, à différents moments de l’histoire du pays, y compris ces dernières décennies, après le départ de Brigitte Findakly.

On apprend que, petite fille, elle jouait au milieu de vieilles pierres et ramassait de jolis coquelicots dans des sites archéologiques détruits en 2015 par le groupe État islamique. On découvre les mariages arrangés, la cohabitation entre différentes religions, la censure appliquée sur certains passages des magazines français importés, les codes de bienséance (refuser d’être resservi à table, et ne céder que devant l’insistance de l’hôte, par exemple), les coups d’État, l’école, la famille, etc. Cette instabilité politique est lourde de conséquences pour la population et, en 1972, la famille part pour la France, dans l’idée de revenir « dès que l’Irak ira mieux ». L’arrivée au pouvoir de Saddam Hussein, les guerres et l’EI n’ont pas rendu un tel retour possible, tandis que le lecteur observe les transformations de la société irakienne et la souffrance de l’exil.

Porté par des dessins simples, dans un style faussement naïf, et très joliment mis en couleur, Coquelicots d’Irak est un récit personnel, en prise sur le passé tout autant que sur l’actualité internationale récente. Touchant, bouleversant même, il permet de ressentir quelque chose du déchirement de l’exil et de la souffrance d’un peuple qui n’a pas été épargné par l’histoire récente.

Si vous cherchez à mieux comprendre ce qui se passe dans cette région du monde, dans un style graphique tout à fait différent, vous pourriez également apprécier Kobané calling de zerocalcare paru aux éditions Cambourakis consacré à cette ville syrienne et à la lutte contre Daech.

Coquelicots d’Irak, de Brigitte Findakly et Lewis Trondheim, L’Association, 112 p., 19 €. ISBN : 9782844146281.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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