Crime et lapidation

« Une bourgeoise engage un tueur pour supprimer son mari.
Une jeune fille orientale est accusée d’adultère et de complicité de meurtre.
Les deux femmes seront face à la justice de leur pays respectif.
Quel sera le crime le plus grave?
Un plan machiavélique pour une comédie satirique très très noire.
Un destin brisé pour un drame humain très très émouvant.
Les deux en un, à voir absolument. »

Le Théâtre de la Flûte Enchantée est un endroit qui vaut le détour. Petit mais accueillant, on prend plaisir à s’asseoir pour prendre un verre et discuter avec les artistes avant ou après le spectacle. L’ambiance y est conviviale et le lieu, décoré avec simplicité, correspond bien à l’idée qu’on se fait des petites salles de spectacles bien de chez nous.

Après un plaisant moment à attendre les retardataires – le 7 février étant un jour noir pour les transports à Ixelles, le théâtre a décidé de prendre le temps d’attendre les spectateurs coincés dans le trafic – nous nous installons dans cette petite salle confortable. Que le spectacle commence!

Crime et Lapidation retrace les destins de deux femmes qui ne se connaissent pas et n’ont rien en commun. A aucun moment elles ne se rencontreront et leur avenir sera bien différent. L’idée est agréable et l’humour noir d’une histoire permettra d’enfoncer le tragique de l’autre. Malheureusement, le texte de Marc Helsmoortel manque cruellement de suspense, la fin apparaît comme évidente dès les premiers instants de la pièce, voire dès la lecture du texte de présentation. L’écriture laisse toutefois souvent place à un lyrisme déconcertant. La partie déclamée par la jeune Orientale nous transporte dans un univers à la fois beau et dur à travers des mots judicieusement choisis qui mêlent à la fois poésie et réalité brute.

La mise en scène sert bien la pièce. Elle n’est pas extravagante mais reste cohérente du début à la fin. Elle renforce l’opposition entre les deux histoires de femmes puisque même les styles de jeu s’opposent : l’un plus « boulevard », l’autre plus réaliste. La scène est épurée au premier plan, mais une pièce apparaît soudain derrière un drap noir lorsqu’il est éclairé. Cette idée rajoute une profondeur à la scène et nous procure la sensation d’être de véritables voyeurs qui nous délectons des scènes de ménage des autres.

Les acteurs sont plein de talents. Malgré quelques moments où leur regard nous manque – parce qu’ils jouent derrière le drap ou regardent souvent le sol – on se laisse transporter et on croit allègrement à leur histoire. L’humour présent dans le texte est amplifié par leur jeu. On se prend à rire des malheurs de ce petit monde tragique.

A tout ceci s’ajoute une fin qui à elle seule justifie le déplacement. La force du texte atteint son paroxysme à travers une actrice qui le sert parfaitement. Les mots sont justes, l’émotion est là. On sort de la salle, on a la gorge nouée, il nous faudra quelques minutes pour rejoindre la réalité.

Le Théâtre de la Flûte Enchanté est en endroit de Bruxelles qui vaut la peine d’être découvert. Crime et Lapidation n’est peut être pas la pièce de l’année mais donne à réfléchir et mérite qu’on s’y attarde. Même si la fin est attendue, le chemin qui y mène vaut la peine d’être entendu.

Du 24 janvier au 16 février 2014 au Théâtre de la Flûte Enchantée

De : Marc Helsmoortel

Mise en scène : Jean-Luc Duray

Avec : Charlotte Devyver, Robert Dubois, Jacqueline Préseau, Jean-Luc Duray et Eric Hamesse

Prix: 9€ pour les étudiants et comédiens, 15€ pour les adultes.

Plus d’infos sur le site de la Flûte Enchantée 

Written By

Sophie Doyen est une passionnée de théâtre et d’enseignement. Après des études de Langues et Littératures Françaises et Romanes à l’ULB, elle étudie aux Cours Florent à Paris. Elle y monte « Le Suicidé » de Nicolaï Herdman (mise en scène et rôle de Macha) et joue dans plusieurs opérettes. De retour à Bruxelles, elle participe à plusieurs courts et moyens métrages, se forme pour devenir coach d’improvisation et s’intéresse à la pédagogie autour des arts de la scène. Actuellement, elle est professeur d’art dramatique, joue dans la création « Le Cirque des femmes » et se forme en chant, guitare et expression corporelle.

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