David et Madame Hansen de Alexandre Astier

On l’attendait dans une version cinéma de Kaamelott pour un succès sans aucun doute assuré. Pourtant, c’est avec un projet plus surprenant qu’Alexandre Astier débarque pour la première fois au cinéma en tant que réalisateur.

DAVID ET MADAME HANSEN est un film intimiste autour de la psychiatrie, un face à face entre un ergothérapeute (Alexandre Astier) et sa patiente amnésique (Isabelle Adjani), à mille lieues des aventures du Roi Arthur. Nous avons rencontré Alexandre Astier venu à Lyon, sa ville de prédilection (il y est né et y vit) afin de présenter son film à la presse.

Et il n’y échappe pas, d’emblée on lui parle de celui pour qui le rôle du patient a été initialement écrit, Alain Delon. Difficile, en effet, pour Astier de parler de ce film sans évoquer ses quelques déboires rencontrés avec l’acteur qui se désista du projet quelques jours seulement avant le début du tournage reprochant au réalisateur son omniprésence sur le projet.

Rappelons-le, Astier est une personnalité un peu atypique dans le milieu, un touche à tout à tout qui inscrit sur ce film pas moins de 6 fois son nom au générique en tant qu’acteur, metteur en scène, scénariste, compositeur, producteur et monteur du film.

Selon Astier, Delon lui aurait posé un ultimatum lui demandant de choisir entre la réalisation et l’interprétation.  » Delon a eu peur que je me favorise par rapport à lui « .

Prévu en 2009, le projet est en premier lieu abandonné puis finalement repoussé à deux ans plus tard. Aujourd’hui, tout cela est du passé et une légende en remplace une autre puisque le film sera entièrement réécrit pour Adjani. Monsieur Karlsson devient Madame Hansen.

De cette mésaventure, Astier avoue ne garder qu’un seul regret, ne pas avoir eu le temps de faire jouer Bernard Giraudeau, décédé en 2010, qui devait incarner le rôle du responsable de la clinique. Le film lui est dédié ainsi qu’à Jocelyn Quivrin.

Au départ, j’ai moi-même trouvé le projet, son scénario principalement, l’univers de la psychiatrie particulièrement, plutôt intéressant. Celui-ci n’étant pas sans m’évoquer un film que j’aime beaucoup, PERSONA de Bergman. L’histoire est sensiblement la même: Confronter une patiente amnésique à un inconnu qui va s’efforcer de lui rendre cette mémoire perdue.

Ce qui me semblait intéressant c’était aussi la rencontre de Astier, l’homme orchestre et débrouillard du petit écran, avec Adjani, l’actrice et star du grand écran.

Et concernant Adjani, Astier ne tarit pas d’éloges sur son actrice: « Ce film était écrit pour une vedette, une icône. Je voulais jouer face à quelqu’un qui m’impressionne ». Et résolument pour le réalisateur « Adjani est la machine à jouer parfaite« . Et d’ajouter « Le vrai défi pour un acteur c’est de jouer avec des tanches, jouer avec Adjani ce n’est que simplicité ( … ) et il n’y a rien de plus agréable que de jouer face à Isabelle Adjani.« .

Il est allé jusqu’à lui pardonner certaines de ses exigences: « Si Elle a des exigences, ce sont de vraies exigences d’actrices. Tout tourne autour du fait de jouer, d’être acteur. Toutes ses exigences sont tournées vers ça : comment nourrir, enrichir, exalter le jeu. Souvent c’est très pointu, mais toujours, ce qu’elle voulait, c’était ce qu’il fallait pour le film. J’ai beaucoup appris avec elle. S’il y a un chanceux dans l’histoire, c’est moi. »

Bref, l’acteur – réalisateur admire son actrice et c’est un peu aussi malheureusement le défaut du film. Un film qui est surtout une déclaration du réalisateur à l’actrice.

Si Adjani se révèle parfaite dans ce rôle sur mesure et qui lui va finalement comme un gant (elle y est à la fois envoûtante, énervante, mystérieuse et cruelle), le film semble ne tourner qu’autour d’elle.

La confrontation, somme toute intéressante et énigmatique au début, finit très vite par s’essouffler et lasser par un manque cruelle de mise en scène (trop sobre), des dialogues qui sonnent faux pour ne pas dire creux et le politiquement correct.

Difficile également de définir ce film qui semble se chercher durant 90 minutes, passant du road movie, à la chronique psychologique, de l’humour au grave, sans jamais parvenir vraiment à se trouver.

DAVID ET MADAME HANSEN ne sera finalement pas le film tant attendu de la rentrée mais grâce à lui Astier aura réalisé son rêve faire jouer Adjani …et conduire une Lamborghini Countach, la voiture fétiche de son enfance. On regrettera que le film ne se réduise qu’à filmer Adjani (une Adjani toutefois au sommet) et finisse par tomber dans un défilé de belles autos.

Bref, si vous aimez Adjani et les gros bolides, allez-y sinon abstenez-vous!

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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