David Murgia à voir et à revoir au Théâtre National

A mi-chemin entre « démiurge » et « maestria », le Théâtre National a David Murgia.

Le point de départ de ma réflexion ? Quand je retrouve dans la mise en scène du Discours à la Nation de David Murgia et Ascanio Celestini un peu du poète Francis Ponge. Explications :

Une multitude de cageots fait office de décor sur la scène du Théâtre National pour Discours à la Nation d’Ascanio Celestini et David Murgia. En un regard, je me retrouve transportée sur une place de marché. Et mon esprit malicieux rappelle à ma mémoire ce poème de Francis Ponge, écrit en 1942 dans Le Parti-pris des choses :

 

Le cageot

A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie. Agencé de façon qu’au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu’il enferme. A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l’éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d’être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques – sur le sort duquel il convient toutefois de ne s’appesantir longuement.

 

Comme dans ce poème de Francis Ponge, l’objet prosaïque qu’est le cageot devient l’élément central de Discours à la Nation. Il est le support indispensable sur lequel tout repose. David Murgia monte dessus pour discourir et Ascanio Celestini s’appuie contre lui pour jouer de la guitare.

Ainsi, le Discours à la Nation d’Ascanio Celestini et David Murgia, c’est aussi simple que ça : une place de marché où, usant des cageots comme des tréteaux, les deux artistes mettent en scène un pays imaginaire. David Murgia nous accueille d’un « bienvenus dans mon pays ! » et la scène devient espace public, investie entièrement par la musique d’Ascanio Celestini et par les différents discours de David Murgia. Sur cette place de marché naissent des annonces, des adresses et des réquisitoires. Les propos sont ceux d’un anonyme, d’un « aspirant-tyran », d’un « camarade » ou d’un concierge. Nous sommes face à une multitude de discours, comme autant d’avis divergents dans une discussion de comptoir, sous les halles d’un marché. Sur cette place publique, David Murgia incarne une foule de personnages qui viennent prendre la parole et exposer leurs convictions politiques. Chaque intervenant vient concocter sa petite mise en scène, déplaçant çà et là les lumières et les cageots, pour mieux valoriser sa déclaration. David Murgia pousse même le jeu jusqu’à faire d’une carotte un micro dans lequel il chante. L’assemblée est hilare.

D’un objet banal et quotidien, Ascanio Celestini et David Murgia, comme Francis Ponge, développent un univers fragile et poétique. Le cageot est simple, « sans vanité » et éphémère. Pourtant il enveloppe des fruits fondants. Le cageot est un sapate : un cadeau d’une grande valeur caché dans un autre de moins grande valeur. De même, Discours à la Nation est un sapate : un spectacle qui, sous ses airs de forme théâtrale simple, révèle une préciosité et une force éclatante.

Discours à la Nation tourne depuis 2013 et encore pour quelques jours au Théâtre National. Mais David Murgia est aussi à voir et à revoir au Théâtre National dans Le Signal du promeneur, avec le Raoul Collectif. Et, bonne nouvelle, son spectacle Laïka, déjà joué au TN en février 2017 est repris dans la saison 2017-2018 !

Discours à la Nation, d’Ascanio Celestini et David Murgia, au Théâtre National jusqu’au 6 mai 2017.

Le Signal du promeneur, du Raoul Collectif, du 9 au 13 mai au TN.

Laïka, d’Ascanio Celestini et David Murgia, du 31/10 au 05/11 /2017 au TN.

Théâtre National, Bd Emile Jacqmain 111-115 – 1000 Bruxelles,  02 203 53 03

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