De la douleur à la renaissance, Petit Eyolf au Théâtre de la Vie

(c) Laetitia Noldé

Petit Eyolf est une pièce à tiroir : drame petit-bourgeois, la pièce à portée symbolique d’Ibsen est tout à la fois l’histoire d’un couple dans la tourmente, une critique de la bien-pensance bourgeoise, et une réflexion sur la responsabilité, le sens de l’engagement et des convictions.

(c) Laetitia Noldé

Confrontés au handicap de leur enfant, Rita (Céline Péret, intense et vibrante) et Albert (Adrien Desbons, livrant une prestation impeccable, inquiétante de prétention avant de transfigurer la renaissance) traversent une passe délicate dans leur couple. Désintéressé de son petit garçon Eyolf, Albert décide toutefois de renoncer au projet d’une vie, l’écriture d’un traité sur la responsabilité, pour se consacrer à son fils. Toutefois, lorsque Eyolf se noie, suite à l’apparition fantasmagorique de la Dame aux Rats (Anne-Sophie Sterck), au travers de laquelle on devine une référence au conte de Hamelin, c’est le socle quotidien de la famille qui est ruiné, tous les projets, les certitudes et le monde du couple qui s’effondrent.

(c) Laetitia Noldé

Dans ce véritable travail d’adaptation, Dominique Llorca livre son interprétation de la pièce d’Ibsen ; son besoin de retravailler la langue, de faire naître un registre de parole plus brut, plus violent, afin de mieux retranscrire le poids des mots. De réactualiser les thèmes de ce drame aussi, et d’ancrer les personnages dans une vie plus moderne, plus en prise avec des questionnements contemporains, pour mieux saisir leurs paysages intellectuels.

(c) Laetitia Noldé

Dans ce conte philosophique où la mort d’Eyolf joue le rôle d’agent révélateur vis-à-vis du couple, la mise en scène excelle à montrer les ressorts de l’enfermement et de l’isolation du couple, aussi bien au cœur de la cellule familiale que dans ses rapports avec la société. Aveuglés par leur suffisance, le dévouement et l’engagement civique d’Asta (Sarah Messens, convaincante sœur courage) et Borgheim (Emile Falk Blin, passionné au sang froid) leur apparaissaient jusque-là comme purement rhétoriques. Mais le mépris et le manque d’altruisme d’Alfred ne lui auraient-ils pas coûté la vie de son fils ? Cette disparition aura-t-elle permis à ces personnages, engoncés dans leur confort du haut de leur maison cossue perchée sur la falaise, de se rendre compte de l’existence des enfants « de la page d’en bas » ?

(c) Laetitia Noldé

Face au drame, Rita et Albert devront se recentrer sur l’essentiel, et questionner leur rapport au monde et aux autres, afin que « de la ruine de tout » renaisse « tout le bonheur de la vie ».

Petit Eyolf

Jusqu’au 28 janvier 2017 au Théâtre de la Vie

Avec : Adrien Desbons, Emile Falk, Sarah Messens, Céline Peret et Anne-Sophie Sterck
Mise en scène : Dominique Llorca
D’après : Petit Eyolf d’Henrik Ibsen
Durée : 1h40

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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