De la science-fiction aux sciences humaines

Le second semestre 2013 verra la sortie dans les salles de Elysium et de Gravity ; le printemps 2014, celle de La planète des singes : les origines II et de Jurassic Park IV. L’année 2015 ne sera pas en reste, avec le très attendu 7e épisode de la saga Star Wars. L’occasion de revenir sur quelques œuvres à succès de la science-fiction cinématographique et sur leurs apports en matière de réflexion sur nos sociétés.

Un genre utile 

Ayant parfois été jugée de manière condescendante par la critique – notamment parce qu’elle n’exprimerait que des rêves de petits-garçons1 – la science-fiction n’en reste pas moins un genre prolifique, et intéressant à plus d’un titre. En effet, à y regarder de plus près, elle peut souvent aboutir chez le spectateur à matérialiser des questions de société profondes, qui ne peuvent parfois pas être abordées d’une autre manière qu’en injectant une dose de fiction à la science, ou l’inverse.

Quatre exemples 

Ainsi, au-delà des sabres lasers et des voyages galactiques, la saga Star Wars de George Lucas est d’une richesse rare au niveau du contenu psycho-sociologique et philosophique : amour filial (Anakin et sa mère), amour passion (Anakin et Padmé), religion (« la Force »), politique (l’Empire contre l’Alliance rebelle), polysémie du concept de justice (vengeance légitime et illégitime) et expression de thèses rousseauistes (basculement du « côté obscur »)2, sont quelques-uns des thèmes sociétaux abordés dans la saga. Bien loin de n’être qu’une suite d’effets spéciaux, Star Wars peut donc s’analyser comme un condensé de questions existentielles de l’époque contemporaine et postmoderne, mais abordé dans un univers spatio-temporel imaginaire.

La trilogie Retour vers le futur peut également être fertile en réflexions. En effet, si certains n’ont retenu des différents opus que la machine à voyager dans le temps – la Delorean devenue mythique – une vision moins « matérialiste » met en évidence une véritable ode à l’anti-fatalisme. En exposant comment, à un moment donné du temps, une action individuelle (ou une absence d’action) influe sur le futur personnel voire sociétal, Gale et Zemeckis se font les défenseurs d’un libre-arbitre de la volonté qui sied à merveille à l’idée de « rêve américain », tant de fois relayée par le cinéma d’outre-Atlantique.

Toujours dans les productions à succès, Jurassic Park (du roman homonyme de Michael Crichton) compte parmi les réalisations les plus marquantes de son temps. Si le film a surtout été salué pour la qualité de ses effets spéciaux – fabuleux pour l’époque – il ne faut pas oublier qu’il évoque des problèmes éthiques intéressants. Une question ésotérique comme le clonage – souvent médiatisée dans les années 90 – est abordée, mise en scène et vulgarisée – dans le bon sens du terme. Même s’il faut admettre que le film a été, avant toute autre chose, une formidable machine à billets verts, il convient de lui reconnaître un certain rôle de mise en exergue du pouvoir créateur de l’homme et de ses dérives potentielles.

Dans un registre moins spectaculaire et plus émouvant, L’Homme bicentenaire(adaptation d’une nouvelle d’Isaac Asimov) est un film de science-fiction ayant une portée philosophique certaine. Y voir simplement l’histoire d’un robot parmi les hommes serait prosaïque. En effet, la trame du film – la quête d’Andrew vers l’humanité – amène le spectateur à se poser ni plus ni moins la question de savoir ce qui fait de l’être humain un être singulier (par exemple, son esprit d’analyse, ses organes, ses sentiments, ou encore, son espérance de vie).

Ainsi, les hard sciences ne sont pas seules à pouvoir « s’amuser » avec les œuvres de science-fiction3. Un sociologue, un philosophe, un anthropologue ou un psychologue peut avoir autant à investiguer – si pas plus – sur certaines œuvres du genre, qu’un mathématicien, un astrophysicien, un chimiste ou un biologiste. L’essentiel est d’oser s’y aventurer.


1 Dick Tomasovic, «‘Vers l’infini et au-delà !’ Le cinéma à la conquête de l’espace », Culture, Le Magazine Culturel de l’Université de Liège (disponible ici) août 2012, p.1

2 « L’Homme naît bon, c’est la société qui le corrompt »

3 Cf. par ex. le dossier « Vision : d’où viennent les superpouvoirs de Superman », Futura-Sciences, disponible sur le site web Futura-Sciences.com, page consultée le 16 mai 2013

B. Basbous

Tags from the story
Written By

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *