Delacroix ou l’artiste qui avait une bonne stratégie de com’

La liberté guidant le peuple, 1830

La rétrospective consacrée à Delacroix au musée du Louvre fut un succès (« Eugène Delacroix (1798-1863) » du 29 mars au 23 juillet 2018. Et pas des plus modestes. Presque 540 mille visiteurs se sont précipités au musée afin de contempler ses grands classiques parmi lesquels La Liberté guidant le peuple ou encore Les femmes d’Alger. Si vous n’avez pas eu l’occasion d’y aller, nous vous présentons les cinq atouts majeurs du peintre qui ont fait de lui aujourd’hui une figure emblématique de la peinture française.

Delacroix en cinq adjectifs

Ambitieux

À l’instar de Victor Hugo qui serait « Chateaubriand ou rien », Eugène Delacroix est un ambitieux. Il prendra au mot le conseil de Stendhal : « Ne négligez rien de ce qui peut vous faire grand« . Le peintre ose tout pour être reconnu. Il prend le pari de se faire un nom au Salon de 1822 qui se tient à Paris. Son œuvre ? Dante et Virgile aux Enfers. Pari gagné : on parle de son tableau parmi les 300 exposés. Les critiques sont dithyrambiques : on le compare à Rubens, à Michel-Ange, rien que ça.

Etude de Néréide, d’après Rubens, 1822

Plus tard, en 1833, il reçoit sa première commande officielle grâce à un ami. Non seulement la décoration du salon du Roi au Palais-Bourbon lui assure gloire et renommée, mais aussi une aisance financière. Après les louanges de son œuvre (qui côtoie celles de Lebrun et Rubens), les commandes affluent. « Prie le ciel pour que je sois un grand homme » écrit-il en 1815. Il semble que Delacroix soit devenu exactement ce qu’il voulait être.

Inclassable

Romantique ? Pas seulement ! Si aujourd’hui, l’histoire de l’art a tendance à faire du peintre un digne représentant du Romantisme, ce serait le limiter à un carcan qui ne peut contenir sa créativité. Oui, il a fréquenté le cénacle romantique. Non il n’a jamais vraiment apprécié Victor Hugo. Oui, sa palette est résolument romantique mais elle appuie une composition souvent classique. Oui, il rejette la rigidité de l’académisme, il refuse néanmoins de délaisser les figures mythologiques. Les Romantiques aimaient peindre la vie de tous les jours. Pour Delacroix, il n’en est pas question. Et si par hasard, une scène contemporaine naît de ses pinceaux, c’est parce qu’elle est un bon prétexte à la couleur, à l’émotion, au mouvement. Sinon, hors de question d’être réaliste : la peinture doit faire honneur à la mémoire. Elle se doit d’illustrer la permanence de l’histoire humaine. Décrire un Orient fantasmé ? Oui mais uniquement parce que cet Orient est selon lui une survivance de l’Antiquité gréco-latine. Delacroix n’est donc ni romantique, ni moderne, ni classique : il est tout cela à la fois.

Polémique

Si le peintre parvient à satisfaire les Romantiques et Classiques, il lui arrivera d’être incompris du public. Ce sera le cas en 1828 avec La Mort de Sardanapale qu’il présente en Salon. C’est le scandale : l’Orient sensuel, la débauche de couleurs, le sang : Delacroix payera cher cet affront au bon goût. Il n’obtiendra plus de commandes avant 1830. Un chômage plutôt embarrassant pour le peintre. Ce qui ajoute à sa gêne : on fait de sa toile un manifeste du Romantisme. Lui qui rejetait Hugo et consorts est servi.

Autre exemple en 1859. Membre de l’Académie depuis 1857 son travail ne plait plus. Il s’inspire des grandes œuvres littéraires de la Renaissance. Delacroix passe alors à côté de son époque. Le Réalisme de Courbet ? Très peu pour lui. La mémoire est sacrée et c’est à la peinture de la fixer.

 

Recycleur

Vers la fin de sa carrière, Delacroix recycle. Les œuvres qu’il a aimées autrefois : pourquoi ne pas tenter de les améliorer ? Cela lui permet de satisfaire la demande des collectionneurs … à  moindres frais ! C’est aussi l’occasion pour lui d’essayer de nouvelles formules tout en demeurant en terrain connu.

Dynamique et Polyvalent

9140 œuvres. On peut dire que Delacroix ne se repose pas beaucoup. Il touche à tout, ne refuse aucun domaine. Tous les chantiers sont sources d’apprentissage. Que ce soit le décor de la galerie d’Apollon du Louvre à sa participation à de nombreux salons, le peintre est prolifique. Lui qui ne voyage pas beaucoup, il accepte une mission diplomatique en 1832 pour découvrir le Maroc. Il en reviendra chargé de carnets et croquis noircis de couleurs, d’esquisses, de motifs.

Il essaie aussi toutes les techniques : la lithographie, le pastel, la gravure, l’aquarelle et évidemment la peinture à l’huile. Commandes officielles, œuvres spontanées, il écrit aussi. Il garde tout ce qu’il crée : cela nourrira sa postérité.

Delacroix en bref

On l’aura compris : Delacroix est comme l’eau, insaisissable. Une œuvre variée : classique, romantique, moderne, conservatrice : rien n’est évident chez l’artiste. Une carrière en demi-teinte : de la consécration en 1822 à la lassitude qu’il inspire l’année de sa mort en 1863, le peintre aura plu, déplu, choqué. Mais une chose est sûre : il est entré dans l’Histoire et c’était son projet. Pari gagné !

Conseil de lecture

Delacroix (l’homme et son œuvre) vous intéressent mais que vous ne vous sentez l’âme de lire les milliers de pages de son journal ? On vous recommande le hors-série du Figaro, Musée du Louvre : Delacroix, la fureur de peindre.

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