Derniers jours de l’expo de Teresa Margolles au BPS22

Pour la première fois, Teresa Margolles présente une exposition en Belgique, « Te Alineas o te alineamos », en français « Tu t’alignes ou on t’aligne ». Teresa Margolles est mexicaine. Le nom de son expo provient de son œuvre « Decálogo », présentée en 2007. Le Décalogue reprend les 10 commandements bibliques mais celui de l’artiste exposait les 10 messages de menace utilisés par les narcotrafiquants mexicains. « Te alineas o te alineamos » est le 8ème commandement.

Au BPS22, elle a choisi de l’illustrer avec une série de photos de femmes disparues de la ville de Juarez. Quand on les regarde de plus près, on se rend compte que ce sont des avis de recherche et on peut y voir des marques de dégradation. L’artiste veut montrer que certaines photos sont affichées depuis des années et n’ont pas été retirées. Car, en général, quand on retrouve une personne, on retire l’avis de recherche…

Teresa Margolles a voyagé dans plusieurs pays et s’est concentrée sur la condition des femmes. En Croatie, elle a mis en valeur une femme, née petit garçon, qui a été maltraitée dans sa famille car elle s’est toujours sentie petite fille. Au Venezuela, elle a rencontré et photographié 4 femmes payées pour traverser une rivière en portant de lourdes charges. L’artiste leur a demandé de poser en portant une pierre. Le regard de ces femmes et leurs traits marqués par la dureté de la vie laissent une trace dans le cœur du visiteur. Celui-ci doit ensuite passer devant les avis de recherche de Juarez pour terminer cette partie de l’exposition par une œuvre à la fois troublante et fascinante. Le guide prévient de la sensibilité du sujet avant d’entrer dans la salle. On peut y voir un drap, brodé par des artisanes boliviennes. Les perles forment de jolies fleurs colorées. Mais, entre les fleurs, des taches. Ce sont des taches de sang, sur un drap dans lequel une femme a été retrouvée assassinée. Teresa Margolles lui rend ainsi hommage et la beauté de l’artisanat bolivien s’entrechoque avec la cruauté de la réalité.

Après ces moments prenants, la deuxième partie de l’exposition aborde un sujet plus proche du visiteur. Teresa Margolles s’est baladée dans les rues de Charleroi et a été interpellée par les vestiges industriels et les commerces abandonnés. Ceux-ci sont mis en parallèle avec la dégradation de bâtiments dans la ville mexicaine Juarez et la similarité est saisissante.

L’artiste a aussi utilisé la grande halle du BPS22 pour donner une sensation de vide, de grandeur ou de petitesse, selon l’interprétation de chacun. Car cette halle contient seulement 3 pièces: des masques blancs placés sur un mur blanc, un bloc d’acier et des écouteurs encastrés. Le tout raconte une histoire sur Charleroi. Teresa Margolles a en effet demandé à des personnes rencontrées dans les rues de la ville de réaliser des masques de leur visage. On peut y voir des traces de ces personnes : leur forme unique et individuelle, mais aussi des cheveux, des poils, de la sueur, …  Le bloc en acier, placé au milieu de la halle, représente une tonne d’acier récupéré d’une usine en voie de démantèlement, fondu et compacté.

Teresa Margolles est donc une artiste engagée, où chaque œuvre interpelle, suscite la réflexion sur des problèmes économiques, sociaux, d’inégalité et d’exclusion. Le visiteur n’en sort que marqué…

L’exposition « Tu t’alignes ou on t’aligne » de Teresa Margolles est à voir au BPS22 (Charleroi) jusqu’au 05 janvier. 

Tags from the story
,
Written By

Journaliste de formation, j'aime écrire sur les événements culturels de ma région.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.