Des univers musicaux totalement surprenants

Eh oui parfois, à la rédaction, on reçoit des albums qui ne sont pas ceux des valeurs sûres mais sont tout autant prometteurs et de valeur, mêlant les genres, entre Anglais, Français et autres (voir la Réunionaise Maya Kamaty). Avec l’intensité des jeunes années et des débuts, aussi.

En voilà une première salve, elle en appellera d’autres!

Marc Desse, la nuit noire ne parle que de toi

Marc Desse, il y avait fort peu de chance que ce nom tombe dans notre oreille. Mais c’était sans compter un vent favorable du nom de Feu Chatterton qui nous a mis sur la piste de ce Parisien. Et le hasard a bien fait! Nuit noire nous embarque dès les premières notes dans un univers sombre aux guitares entêtantes et aux amours fugaces. La couleur de l’album n’a rien à voir avec celle de la pop française actuelle. C’est un retour dans le passé, lorsque la pop-rock française donnait ce qu’elle avait de mieux (le temps où on aimait entendre sonner le Téléphone, où on faisait l’amour sur l’Indochine et où dieu s’appelait Daho), tout en étant le serment des périodes troubles et des heures où la musique est une échappatoire.

L’album ne parle que du « tu », une femme? Inaccessible sans doute, une muse digne de la meilleure des inspirations pour un artiste. Avec beaucoup de nostalgie, Marc Desse chante de manière presque désincarnée, désenchantée, fragile. D’une fragilité qui donne un sens à chaque mot de ces textes concis mais parfaits. Et finalement, le constat s’impose, ce garçon de 26 ans a tout du fils de Daniel Darc, il le ressuscite étrangement tout en y amenant ses désirs personnels. Et ceux qui pleuraient la mort de l’artiste maudit, de se réjouir de la naissance réelle de Marc Desse! Un talent en devenir.

Marc Desse, Nuit Noire, chez Bordeaux Rock

Sur Facebook, Soundcloud et Itunes

En concert à Gand, le 13 décembre 2014 au Café Le Charlatan


Little x Monkeys, ils ont trouvé le bayou à Namur

Banjo, mandoline et harmonica ne sont pas les instruments les plus courant dans la capitale wallonne. Pourtant, Little x Monkeys en a fait sa force: bienvenue à Namur en Bayou. Un voyage sans peine au gré de la très plaisante voix de Marjorie Piret (qui n’a rien à envier aux grandes voix du genre). Et il faut dire que leur récent concert au festival Esperanzah nous avait donné toutes les envies de découvrir le premier album du plus louisiannais des groupes belges. Mystic River est sorti et ne déçoit absolument pas. Que du contraire, le résultat est à encenser!

La première crainte liée à ce type d’exercice est très vite écartée: chaque morceau a son identité, on n’est pas dans le traditionnel redondant comme on peut le trouver sur bien des albums. Endiablés par les âmes et les vaudous, par l’esprit des rivières lointaines, mais à proximité musicale, Mystic River se tient tout au long des dix titres riches et ne laissant aucun répit d’un univers puissant. Les textes sont courts et parlent des croyances, de la mère Louisiane (I’ve been crying about dreaming about you girl) et de la roue impénitente.

Qu’elle nous mène dans l’ambiance d’un saloon ou Up in the sky, l’envie nous saisit, furieuse, pantin de cette musique chérie et qui raconte tant de choses. À noter, une interprétation très personnelle et méconnaissable de Pumped up kicks de Foster the people dans une version inspirée valant l’originale! Mystic River est un vrai bel album à écouter inlassablement. Car le bien aussi se prend à la racine, aux… roots.

Little x Monkeys, Mystic River, chez Sky my husband et Notger Music

Sur Deezer, Itunes et Bandcamp, sur Facebook

En concert:

– le 22 novembre au Mediamarkt de Liège

– le 28 novembre aux Nuits du Paradoxe à L’an Vert à Liège


Rodrigue, mal dans son époque et véritable OVNI

C’est sans doute l‘OVNI de cette rubrique. Déjà fort de deux précédents albums, le Lillois à la plume acerbe et bien trempée revient avec #SpectaculaireDiffus, un album hors-norme, inclassable et absolument iconoclaste. Passé la pochette qu’on pourrait littéralement qualifier de « Portrait du jeune homme en zèbre et en costard« , c’est un monde qui s’ouvre à nos oreilles. Et, dès Un petit mot de travers qui ouvre le disque, le ton est donné: Rodrigue n’est pas du genre à mâcher ses mots (comme un certain Léo Ferré qui a droit à une citation), et c’est tant mieux! Sans peur sans reproche et sans concession, le chanteur livre sa version des faits, divers, de notre époque avec état d’âme.

Les textes sont longs, c’est assez rare d’ailleurs dans la musique actuelle où il est tellement plus facile de répéter quelques fois le même refrain plutôt que d’approfondir les textes, et sont parlants et réflexifs, à l’encre des colères du chanteur. Que ce soit à vocation faussement psychothérapique (L’attache et ses tests de Rorchach) ou International (chanson de blues choral en 5 langues différentes pour un constat de l’uniformisation mondiale, fort et bien vu), dans un registre plus touchant en piano-voix (le sublime Des Pas) ou plus rock’n’sexuel (Hentai et surtout l’anecdotique Sa Chatte, titre sans doute le moins convaincant de l’album), #SpectaculaireDiffus porte bien son nom et est très touffu.

Trop parfois, tant chaque chanson pourrait presque faire l’objet d’un album ou d’un mini-opéra-rock (1911, International). Pourtant cet album fonctionne, et a le mérite, pour nous qui ne connaissions pas encore ce fantasque chanteur, de révéler un panorama de tout ce que peut faire cet artiste complet et accompli, autant dans la variété française traditionnelle que dans des poussées d’inspiration beaucoup plus singulières. Une belle découverte, atypique et haute en couleur et en personnalité loin de l’aseptisation musicale beaucoup trop présente, comme on adore en faire. En espérant maintenant quelques concerts belges, car le monstre bien de son temps, mi homme-mi zèbre, doit encore être plus impressionnant sur scène!

Rodrigue, #SpectaculaireDiffus, Fragments des arts.

Facebook ou Site web

En concert le 19 décembre, à la MJC La Fabrique de Tourcoing


 Maya Kamaty – Santié Papang

Il fait parfois bon d’aller voir ailleurs et de s’enivrer des délices musicaux que la Terre culturelle nous procure. Prenons Maya Kamaty, par exemple. Cette jeune Réunionaise sort son premier album Santié Papang. Il est fait de folk, de soul mais aussi de la maloya, son héritage, chant et danse des esclaves d’il y a moins de deux siècles. Loin de s’apitoyer de ça, Maya fait parler la fraîcheur, entre français et créole dans une musique qui se danse.

Ainsi s’égrainent 14 titres qui nous parlent dans une langue que nous, Européens, comprenons, ou dans une langue des origines bonne à faire danser (et à se pencher sur les textes comme le livret a la bonne idée de traduire les textes chantés en créole), bien à se vider l’esprit et à partir en voyage, dans les vagues de l’Océan Indien, dans l’atmosphère du « fait bon-vivre ». Relaxante et douce pour les oreilles, Maya Kamaty pourrait être une bonne idée de programmation pour le prochain festival Esperanzah!

Maya Kamaty, Santié Papang, Sony (Label: Atmosphériques)

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Va piano, va solo, le projet de Timothée Leroy

Timothée Leroy n’est pas un musicien confirmé, pas chanteur, juste pianiste depuis de longues années et maintenant à ses heures estudiantines perdues. Mais le voilà, fier étudiant en dernière année de médecine qu’il est (et la polémique Inami n’y changera rien, il se battra), qui part en stage de trois mois au Chili et qu’il cherche une idée lui permettant de mettre un peu d’argent de côté. Comment? Les moyens ne manquent pas, tous plus inoriginaux les uns que les autres. Et pourquoi pas, une idée folle? Sortir un album de ses propres compositions au piano. Naturellement pas professionnel, une semaine et demi de travail, de quoi faire plaisir aux amis. Récit et Interview:

Au final, la folie se matérialise, une rencontre avec un professeur de musique dinantais (Pierre Feraux) plus tard et le projet se professionnalise. Plus qu’une semaine et demi, le projet se fait sur presque deux mois et remporte un vrai succès.

Je ne suis pas un expert en musique classique et pianotesque, je me garderai de tout commentaire critique mais j’ai beaucoup aimé les ambiances apportées par cet album. Si vous voulez vous faire votre propre idée, un extrait de l’albumest disponible ici.

Alors si les Italiens disent « chi va piano, va sano e va lontano » (« qui va doucement, va sainement et va loin »), l’adage pourrait bien convenir à Timothée; lui qui a mis presque 15 ans à sortir un album de ses propres compositions. C’est en tout cas tout le mal qu’on lui souhaite.

Timothée Leroy, Compose-moi, 7€. (Info: 0479853823 ou timothee.leroy@live.be ou Compose-moi / CD de Timothée Leroy)

N° de compte: BE77 0638 9695 9742

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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