Détroit au Festival des Libertés

Octobre sonne pour beaucoup le début de l’automne et ses jours moroses. Pour moi, il annonce surtout le lancement du Festival des Libertés qui, chaque année, nous propose, avec ses documentaires, pièces théâtrales, débats et concerts de qualité, une réflexion sur notre société et notre rôle en tant que citoyen. Autant vous le dire d’emblée, en tant que militante dans l’âme, j’attends ce festival comme certains attendent Noël.

Ce festival engagé m’a particulièrement impressionnée cette année par sa programmation musicale avec des têtes d’affiches imposantes telles qu’Arno, Seun Kuti et Detroit. Pour être honnête, je savais peu de choses de Détroit à part que c’est la nouvelle formation musicale de Bertrand Cantat, ancien chanteur de Noir Désir. C’est donc plus par curiosité que par affinité musicale que je me suis rendue à ce concert qui s’est déroulé à guichets fermés dans la grande salle du Théâtre national.

Partons de la base. Détroit est un groupe de rock français. Actif depuis 2013 avec son premier album « Horizons » le groupe se situe dans la lignée de Noir Désir. Il faut dire qu’avec Bertrand Cantat comme chanteur et parolier, la ressemblance est inévitable. Voilà pour l’introduction. 

Et donc Détroit sur scène, ça donne quoi ? Avec des projecteurs bleu foncé et un écran diffusant des images abstraites pour seule lumière,  le groupe opte pour une ambiance sobre et sombre pour son apparition. Les musiciens défilent mais ce n’est qu’à l’arrivée de Cantat que les applaudissements retentissent pour de bon. Le public est venu pour lui et le fait savoir. Sans perdre une seconde, Cantat entame la première chanson avec sa voix si particulière. Une voix qui traduit si bien la douleur, la rage, la tristesse et la révolte qu’elle m’a fait oublier que je ne comprenais pas la moitié de ce qu’elle chantait. Il est de ces voix qui se suffisent à elles-mêmes…

Les chansons s’enchaînent, le public applaudit sans trop d’effusion. Il faut dire que les compositions de Detroit se révèlent jusqu’alors plutôt calmes. Puissantes mais calmes. Puis viennent s’immiscer les chansons de Noir Désir – celles que tout le monde attend – « Lazy », « Le vent nous portera », « À ton étoile » dans le set. Le public exulte. Et son énergie est communicative, Détroit semble alors se réveiller de la torpeur poétique de ses compositions originales.

Cantat nous livrera au final dix chansons de son ancien groupe pour insuffler un peu plus de rage dans le set plutôt sage de Détroit. La voix du chanteur en arrive presque à faire oublier qu’il a derrière lui des musiciens talentueux. Presque, car Cantat sait bien s’entourer. Pascal Humbert, bassiste et cofondateur du groupe, troque par moments son instrument pour une contrebasse qui traduit bien la mélancolie du groupe. Le temps d’une reprise d’Iggy Pop, le chanteur lâche sa guitare et se lâche, sautant et trottinant d’un bout à l’autre de la scène. Enfin un peu d’improvisation !

« Sa majesté » est sans conteste la chanson qui m’a le plus marquée. Sans doute parce qu’elle se détache des autres par son style plus groovy, plus incisif aussi dans ses paroles. Mais malheureusement, cette chanson fera figure d’exception car Détroit semble perdre son énergie dans un set bien trop conventionnel quand il nous livre ses compositions.

Ce n’est que vers la fin du concert que le Cantat politisé se réveille en nous mettant en garde contre la montée de l’extrême droite : « Vous êtes dans de beaux draps en Belgique non ? » Tu l’as dit coco. C’est donc sur « Un jour en Belgique » que le chanteur décide de clôturer son concert. Les rappels célébreront à nouveau Noir Désir et ses chansons révoltées, une nouvelle fois le public se réveille et les célèbre comme il se doit. Quel dommage qu’il n’en fasse pas autant pour Détroit.

Cantat ne nomme pas les musiciens en fin de concert et nous resterons donc dans l’ignorance de leurs noms. Certes, en général, on les oublie aussitôt mais pour la forme et par respect, n’est-ce pas essentiel de citer et saluer ses compagnons ?

Sur scène, ce groupe est, en somme, tout ce que l’on peut attendre d’un groupe de rock français. Un set correct mais pas inoubliable. À mes yeux, Détroit manque un peu de ce « je ne sais quoi » qui le différenciera sur scène d’autres compositions de rock mélancoliques. Peut-être faudra-t-il attendre que la formation accouche d’un deuxième album pour conquérir son public complètement sans devoir s’appuyer sur Noir Désir pour faire vibrer son public. Il est sur la bonne voie.

Le festival des libertés continue jusqu’au 25 octobre au Théâtre national. Allez-y, vous ne le regretterez pas !

Plus d’infos sur le Festival des Libertés et sur Détroit

Written By

Laura, 28 ans, 1m55. Titulaire d'un diplôme loufoque : Sciences des religions et de la laïcité. Ecrit des articles non moins loufoques pour Culture Remains. Nourrit une passion pour M.I.A, le Théâtre de Poche, son chat, Edgar Allan Poe et les plantes carnivores. A toutes fins utiles, sachez qu'elle est très facilement corruptible si on lui offre à boire et à manger.

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