Detroit – Lille Renaissance

La quatrième édition de la programmation culturelle Lille 3000 se déploie cette année sur le thème « Renaissance » à travers le choix de quatre villes emblématiques : Rio, Eindhoven, Pnom Penh, Séoul et Detroit. C’est à cette dernière qu’est consacrée l’exposition présentée jusqu’au 17 janvier dans l’ancienne Gare Saint-Sauveur, reconvertie en lieu culturel.

La « motor city » peut en effet être un symbole d’une de ces villes de la Renaissance, non la Renaissance historique du XVIe siècle, mais celle d’une ville qui renaît plusieurs fois de ses cendres. Détruite par des incendies, sinistrée par la crise industrielle et économique, elle est aujourd’hui réinvestie par ses habitants sur le mode du Do It Yourself dans des espaces désaffectés, souvent occupés par des artistes. Les commissaires ont donc fait appel à ces artistes originaires de Detroit, ou qui y ont vécu, en tout cas attachés à celle-ci, pour mettre en place une exposition qui explore différentes facettes de cette ville.

Dès l’entrée de l’exposition nous sommes prévenus de ce sentiment de désespoir qui a pu flotter sur la ville, avec l’immense installation de John Dunivant « Abandon All Hope ». On traverse cette bouche monstrueuse, digne d’un train fantôme abandonné pour arriver dans l’espace de l’ancienne gare dédié aux différents artistes. L’utopie de la renaissance possible ou non s’exprime ainsi par des techniques diverses et multiples : photographies, vidéos, sculptures et installations variées.

Abandon All Hope
John Dunivant (1971, Détroit), « Abandon All Hope », 2015, Installation

Au fond de la halle, dans un espace encore désaffecté, se déploie l’impressionnante installation de Scott Hocking, intitulée Babel. Réalisée à partir d’objets de récupération, parfois retrouvés sur le site même, elle offre une impression d’abandon, avec une reconstruction possible. L’artiste reprend cette thématique dans des séries de photographies également présentées, où il a investi des bâtiments abandonnés de Detroit, tel la Michigan Central train Station ou la Fisher Body Plant, pour y installer des structures aux formes évoquant l’idée de résurrection (œuf et ziggourat) à partir de matériaux de construction (marbre et bois de parquet).

Babel
Scott Hocking (1975, Redford Township – Etats-Unis), « Babel », 2015, installation

L’espace d’exposition est ponctué de nombreux écrans offrant photographies et video en très grand format, dans lesquelles le spectateur peut parfois être immergé, telle la production d’Aurélien Vernhes-Lermusiaux conçue pour lille3000. Cette installation interactive, intitulée L’Empire, se compose d’une image de bâtiments en ruine qui se modifient sur notre passage, proposant ainsi une réflexion sur l’impact de la présence humaine sur ces processus de destruction et de revitalisation.

Plus loin la promenade se poursuit dans un espace cloisonné, telle une déambulation mise en scène à travers plusieurs pièces, donnant un effet hypnotique et presque angoissant aux œuvres présentées, comme la vidéo de Cooper Holoweski. Réalisée à partir d’animations 3D, Katabasis peut se voir comme la décharge du logiciel Sketchup, où sont entassés dans une sorte de périple virtuel tous les prototypes objets modélisés, puis remplacés par d’autres plus parfaits.

L’installation de l’artiste Cary Loren, membre du groupe « anti-rock » les Destroy All Monsters, et de l’écrivain Michael Zadoorian utilise les motifs de la pop culture jusqu’à l’overdose. S’inspirant librement de la pochette de l’album Sgt. Pepper des Beatles, les murs sont recouverts de posters où s’amassent les héros, réels ou imaginaires, de la culture pop, Chewbacca côtoyant Elvis. Les souvenirs, objets, images ou sons, sont ainsi accumulés dans une sorte d’orgie, frôlant l’indigestion.

Boofland Babylon

Cary Loren, Michael Zadoorian & les Destroy All Monsters (1955, Détroit), « Boofland Babylon », 2015, installation

L’ambiance de Detroit s’exprime aussi à travers une musique caractéristique, le « Sound of Detroit« . Le plus petit club du monde permet ainsi de faire un voyage sonore au cœur du berceau de la techno. Entouré d’images du premier Detroit Electronic Music Festival, chacun peut alors prendre les platines pour un public de dix personnes maximum.

Detroit – Lille Renaissance

A voir jusqu’au 17 janvier

Gare Saint Sauveur, boulevard Jean-Baptiste Lebas, Lille (Métro Lille Grand Palais ou Mairie de Lille)

Horaires : 12h à 19h du mercredi au dimanche (fermé les lundis et mardis)

Ouvert tous les jours du 19 décembre au 4 janvier

Entrée gratuite

Plus d’informations ici 

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Passionnée en particulier par l'art, je parcours les expos de Paris et d'ailleurs... Aussi curieuse de culture en général : musiques, lectures et spectacles en tous genres !

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