DIPLOMATIE une partie d’échecs diplomatico-psychologique vue par Volker Schlöndorff

Quel est le point commun entre LE SOUPER de Edouard Molinaro et LES GARÇONS ET GUILLAUME À TABLE? de Guillaume Gallienne? A priori aucun, hormis le fait que à l’origine, ce sont tous les deux des films adaptés de pièces de théâtre.
Et quand le théâtre fait son cinéma, de plus en plus source d’inspiration pour les réalisateurs, cela donne des succès au box-office comme la récente adaptation du spectacle de Gallienne ( 2 millions d’entrées ) ou le film LE PRÉNOM de Alexandre de La Patellière et Mathieu Delaporte et ses 3 millions d’entrées.

Réalisé par Volker Schlöndorff ( Palme d’Or avec LE TAMBOUR ), le plus francophile des cinéastes allemands, DIPLOMATIE est adapté de la pièce de théâtre à succès de Cyril Gely et réunit le brillant duo qui a joué plus de 200 fois la pièce sur scène, André Dussollier et Niels Arestrup.

DIPLOMATIE nous raconte comment se joue, en ce mois d’août 1944, le sort de la ville de Paris… L’action se situe plus précisément dans la nuit du 24 au 25 août, Rue de Rivoli, dans une suite de l’Hotel Meurice: les alliés arrivent aux portes de Paris, avides de reprendre la ville aux nazis qui l’occupent depuis 4 ans.
DIPLOMATIE est un face à face en huis-clos entre deux hommes que tout oppose: le Général allemand Von Choltitz qui, sous les ordres d’Hitler s’apprête à faire sauter Paris et le Consul Raoul Nordling qui va user de toutes les armes de la diplomatie pour tenter de l’en dissuader.
La rencontre est certes fictive mais le contexte historique, lui, est exact.
Là où chacun de nous sait que le Général va outrepasser ses fonctions et que Paris ne sera finalement pas détruit, DIPLOMATIE, la pièce de théâtre, excelle par la qualité de son texte.
Un texte qui repose sur un duel formidablement dramatique dont l’enjeu est l’avenir de Paris, porté par l’interprétation de deux acteurs remarquables qui suffit à nous rendre intense cette fameuse nuit. L’oeuvre de Cyril Gely est avant tout une étude de caractères et de la complexité des rapports humains éloignée de tout manichéisme ou de clichés reposant essentiellement sur l’antagonisme des deux personnages.
Tour à tour adversaires et complices, les deux hommes se livrent à une joute verbale entre ruse, humour et finesse.

Né en 1939, le cinéaste allemand, passé maître dans les adaptations ( L’Honneur perdu de Katharina Blum, Le Tambour,) a toujours manifesté à travers ses films un intérêt pour l’Histoire, la Guerre ( la seconde ) et l’après-guerre.
Avec son duo d’acteurs au sommet et ses enjeux politiques et humains passionnants, DIPLOMATIE le film a conservé son casting et sa force scénique et permet à Schlöndorff d’effectuer son grand retour au cinéma et surtout de retrouver sa verve passée.
Entre les vicissitudes du pouvoir et les heures sombres de l’Histoire, Schlöndorff retrouve avec DIPLOMATIE ses thèmes et son sujet de prédilection: étudier comment l’Homme se comporte dans les situations les plus extrêmes.
Il est ainsi le premier réalisateur allemand à faire un film sur l’Occupation.
C’est même plus précisément la seconde fois après sa fiction télé, LA MER À L’AUBE, consacrée à Guy Môquet où il dresse à travers une méditation sur l’être humain, en proie aux doutes, un portrait plus complexe que caricatural de l’Allemand.

Si cette coproduction franco-allemande produite et distribuée par Gaumont reste totalement fidèle au texte initial, elle parvient à trouver sa place sur grand écran malgré son dispositif classique ( unité de lieu et de temps ) qu’impose le huis-clos.
Comme la pièce, le film reste principalement centré sur l’affrontement entre ces deux hommes que tout oppose et s’impose comme une formidable partie d’échecs diplomatico – psychologique ( appuyée par les champs contre champs de Schlöndorff ), entre le civil et le militaire, le professionnel des mots et le spécialise des armes, qui n’est pas sans nous rappeler des grands films comme GARDE À VUE ou LE SOUPER.

La grande réussite du film est de parvenir à installer un vrai suspense ( bien que nous connaissions l’issue ) et à mettre en lumière ces deux destins ordinaires confrontés à l’Histoire.

En bonus : voici quelques photos de tournage ( été 2013 ). Ce jour-là, la scène filme le Général allemand en état d’arrestation devant son QG sous les injures et les crachats des Parisiens. Dans l’ombre, le Consul qui vient de passer la nuit entière avec le Général, arrête le geste d’un passant sur le point de jeter une pierre au Général vaincu…

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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