DISTANT PROXIMITY

La Centrale propose jusqu’au mois de juin une exposition au titre sous forme d’oxymore on ne peut plus énigmatique : « Distant Proximity ». Il s’agit ici de perception, de subjectivité, d’image et de réalité, face aux œuvres de. En d’autres mots, ce n’est pas le visible qui est décisif dans une image, une création, mais plutôt la forme des rapprochements que le spectateur opère, et l’appropriation qui s’effectue alors.

L’exposition offre un agencement d’œuvres qui révèle tour à tour le processus de création, les limites de l’œuvre (entre conscience et inconscience, intentionnalité et spontanéité), le positionnement de l’artiste (critique face à la société, en retrait). Le spectateur est invité à s’interroger sur la pureté de l’impression qu’il ressent devant les œuvres proposées : par quoi est influencée sa perception ? D’où vient la subjection ?

Distant 3

Le spectateur transite obligatoirement par la projection d’une vidéo en 3D de Lauren MOFFAT. Equipé de lunettes 3D, il est transporté dans le regard d’une femme munie d’un masque qui l’isole de toute agression visuelle ambiante (caméras de surveillance,…). Ce masque est lui-même équipé d’une caméra qui fournit au spectateur l’image 3D projetée à l’écran, ainsi que les commentaires de la protagoniste. L’impact de l’installation est fort car celle-ci invite le visiteur à voir, à habiter un autre regard, ce qui induit une interrogation sur la position qu’il occupe : à la fois proche et distant.

Le reste de l’exposition continue son travail de questionnement sur le spectateur : les assemblages d’ACM convient le spectateur à une nouvelle expérience visuelle. En métamorphosant de petites pièces métalliques, électroniques et plastiques extraites de machines à écrire, de transistors, de réveils, d’horloges en objets poétiques – des bateaux, des cathédrales fantômes– , ACM invite à une errance où l’infiniment petit prend des allures monumentales et obligent le spectateur à un va-et-vient constant entre le détail et l’ensemble.

Distant 2

Les réseaux de transports, entre réel et imaginaire de Jeroen Hollander proposent une mise en abyme de l’urbanisme et de la réalité citadine, tandis que la belge Françoise Schein propose une superposition de cartographies et de circulations diverses (autoroutes belges), d’un entrelacs de multiples points lumineux dont la vision matérialise l’expérience propre à chacun du temps et de l’espace, de la mémoire et du quotidien, dans une lecture à la fois objective et poétique des organisations structurelles visibles ou invisibles qui pousse à une révision de la notion de culture.

Nicolas Moulin revisite les mythes urbains et technologiques qui conditionnent nos sociétés depuis l’âge de la révolution industrielle. Les dessins virtuoses de Valérie Sonnier, quant à eux, deviennent des visualisations de l’écoulement du temps, de sa vie qui contient les non-dits, soubassements de toute existence, mais donc aussi la mort. Au centre de la nef, le spectateur est confronté à la puissante installation de Peter Buggenhout de la série « The blind leading the blind ». À partir de matériaux communs, de rebuts et de déchets de la vie quotidienne qu’il inonde de poussière, l’artiste créé une œuvre à la fois fragile et puissante, attirante et rebutante qui s’impose dans toute sa singularité formelle. La poussière est récoltée dans des sacs d’aspirateurs et projetée sur la structure. Elle devient matière qui symbolise le temps et le souvenir (de la destruction des Twin Towers le 11 septembre 2001 entre autres), comme ces objets rassemblés qui ont appartenu à des personnes ont joué un rôle dans la vie de celles-ci, la poussière incarne le temps.

Distant 4

A travers ses photos, à partir d’un « point de vue » plus cinématographique que photographique, Mazzoni capte la réalité dans une lumière subtile et propose un voyage initiatique autant qu’une fuite dans la mémoire. La trace de l’Homme par les résidus, l’architecture abandonnée ou d’autres indices de son passage se fixent sur l’objectif comme autant de temps figés. Enfin, Wilmes & Mascaux recherchent des lieux désertiques qui incarnent pour eux la question de la « survivance ». Leurs vidéos, photographies, sons et textes sont autant d’interrogations sur la place et le devenir de l’Homme

À l’issue de cette déambulation qui évolue d’une vision claustrophobique (Moffatt) à une survivance (Wilmes & Mascaux), d’images en noir et blanc à la couleur, le spectateur aura rencontré « des regards » oscillant entre réel et imaginaire, présent et passé, proche et lointain,… comme autant d’errances de l’esprit dans la DISTANT PROXIMITY.

Dates : Du 13/03/2014 au 08/06/2014

Lieu : CENTRALE for contemporary art

Avec: Lauren Moffatt, ACM, Jeroen Hollander, Françoise Schein, Nicolas Moulin, Valérie Sonnier, Peter Buggenhout, Michel Mazzoni, Wilmes & Mascaux

Tarif : de 1,25€ à 5€

Plus d’informations sur le site de CENTRALE for contemporary art  

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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