Djihad, le livre

Qui n’a pas entendu parler de Djihad, la pièce ? Ce spectacle d’Ismaël Saidi – qu’il définit lui-même comme « l’odyssée tragi-comique de trois Bruxellois qui partent en Djihad » -, déjà vu par plus de 50 000 spectateurs en Belgique, a, en effet, été très rapidement plébiscitée par le public.

Djihad, la pièce

Comment pourrait-il en être autrement dans l’ambiance délétère et anxiogène provoquée, ces dernières années, par les attentats terroristes (commis ici ou ailleurs), le départ de jeunes Européens vers différents pays étrangers (et ce afin de rejoindre l’un des groupes djihadistes combattants qui les aurait recrutés) mais aussi dû au climat d’austérité et d’exclusion sociale mis en place dans nombreux pays occidentaux ?

Pris au dépourvu, démunis et surtout désemparés face à cette situation qu’ils n’avaient certainement pas présagée, les professeurs sont unanimes: cette pièce, aujourd’hui jouée dans presque toutes les écoles de la Belgique francophone, arrivait, sans conteste, au bon moment.

Djihad, le livre

Face à l’engouement des spectateurs, mais surtout au manque de matière fournie aux professeurs, éducateurs et autres professionnels du monde éducatif (ainsi qu’aux parents et à tout citoyen engagé, finalement), la publication du texte n’était que logique et inéluctable.

Outre l’intérêt d’utiliser le texte comme outil de réflexion, d’expression et de créativité dans les classes, les maisons de jeunes, les écoles de devoir ou les organisations de jeunesse, celui-ci permet donc aux Belges et non Belges qui n’auraient eu l’occasion d’assister à la pièce, d’enfin se faire une opinion sur le texte d’Ismaël Saidi et surtout de pouvoir y revenir autant de fois que nécessaire, chose que, bien entendu, l’instantanéité du théâtre ne permet pas.

Djihad, une réponse au radicalisme?

Le texte de la pièce n’est toutefois pas le seul intérêt du livre. Comme l’écrit Rachid Benzine dans la préface, Djihad ne peut en aucun cas être vu comme une réponse, en soi, au radicalisme. L’auteur le confirme lui-même : son texte n’a et n’aura jamais la prétention d’expliquer le phénomène ou de l’analyser mais bien de provoquer la réflexion, de jouer sur les stéréotypes qu’il véhicule, d’offrir à tout un chacun la possibilité d’en discuter et puis, surtout, d’ouvrir le débat sur un phénomène qui était encore il y a peu, si pas tabou tout au moins très peu évoqué.

C’est pour cette même raison que l’adjonction d’un dossier pédagogique, créé par un professeur de Saint-Michel et ses élèves, prenait tout son sens et offrait une réelle plus-value à la publication du texte.  

Après Djihad ?

Depuis lors, d’autres dossiers pédagogiques sont parus. Tout comme d’autres ouvrages qui peuvent nous aider, nous éclairer et, sans aucun doute, nous offrir des pistes d’analyse et de compréhension bien plus complètes que celles toutes juste lancées par Djihad. Parmi celles-ci, d’ailleurs, la brochure de la CNAPD, L’engagement de jeunes Belges dans des groupes djihadistes combattants », récemment mise à jour, sera présentée au public ce mercredi 18 mai. Une conférence qui tentera de faire le point sur les mesures mises en place pour comprendre, expliquer et surtout travailler aux phénomènes de terrorisme et de radicalisme, ici, dans nos pays, nos mentalités,  nos habitudes et nos politiques.

Des questions primordiales qu’on ne peut, assurément, ignorer et auxquelles chaque citoyen, devrait, ne serait-ce qu’à titre informatif, s’intéresser.

Ainsi, si le sujet vous intéresse, la lecture de Djihad, le livre (ainsi que celle du dossier pédagogique) est indubitablement, et ce malgré ses faiblesses de fond, une bonne manière de commencer.

Car quoi que le gouvernement en dise, il ne suffira probablement pas d’incarcérer et de mettre sous écoute tous les potentiels suspects pour endiguer ce phénomène donc les racines sont bien trop profondes pour être arrachées par des simples mesures de répression et une politique sécuritaire accrue…

Djihad, la pièce, Ismael Saidi, La Boîte à Pandore, 208p., 7.90€

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