Djinn SaOUT revient à la lumière: « C’est toujours notre premier album »

Ca fait presque 10 ans que les Namurois de Djinn SaOUT écument les scènes de Namur et de Wallonie. Ils reviennent avec un album fort en rock et en énergie qu’ils ont présenté le jeudi 23 octobre au Magick de Jambes. Nous avons rencontré Corentin Simon, l’un des deux membres fondateurs, pour une interview parfois sans concession mais toujours bien dans son temps.

À l’heure de la sortie de ce troisième album, on peut faire un peu les comptes : 3 albums en 5 ans, c’est un bon rythme, non ?

Oui plutôt, mais c’est vrai qu’on pourrait encore en faire plus, on a les chansons pour, mais ça ne sert à rien d’en faire trop. En tout cas pour nous, à chaque fois qu’on sort un album, c’est toujours le premier. Parce que c’est ce qu’on fait pour le moment. Il y a tellement de groupes qu’on découvre après dix ans et on se dit que c’est le premier album. Quand j’ai découvert Jean-Louis Murat, j’avais l’impression que c’était son premier album, or c’était son quinzième. Mais c’est vrai qu’on le connait lui, il sort un album tous les ans.

D’ailleurs vous disiez dans une interview, tant qu’on n’est pas connu, on reste encore des jeunes pour le public. On sent dans cet album peut-être plus de colère avec des paroles comme « Délivre-moi », « Ce qu’il reste de notre jeunesse », « on vit on meurt, on survit à tous les malheurs », « On n’est pas arrivé à être légendaire, ni au jour de gloire » ?

Ah, je ne sais pas, en fait, la dernière chanson, je l’ai composée à la naissance de mon fils, donc c’était plutôt une lettre d’héritage. Tu verras, tu vas vivre, tu vas mourir, tu vas rigoler et pleurer mais le plus important c’est de survivre et de toujours s’en sortir face aux malheurs de nos vies. C’était surtout un message d’encouragement, je le souhaite victorieux et heureux. Je ne pense pas que les chansons de Djinn Saout parlent de Djinn Saout, elles parlent surtout de nous, les personnes derrière ce projet. Si l’auditeur a vécu la même chose que nous, il les comprendra. Maintenant, il n’y a pas un sens, chacun est libre d’interpréter à sa manière.

La paternité a un peu changé la façon de voir la musique ou de l’écrire ?

Ca me motive deux fois plus, je n’ai pas changé ma manière de travailler, mais ça m’encourage.
Dans quel sens ?

Je pense qu’un père a toujours envie qu’un jour ou l’autre, son fils soit fier de lui. Comme un enfant a envie que son père soit fier de lui. Je ne sais pas si c’est de la fierté, de la considération plutôt. Je ne veux pas lui mettre la pression, mais ma famille, ma compagne, mes amis, j’ai envie qu’ils soient fier de moi, comme j’ai envie d’être fier d’eux.

Djinn Saout, ça dure depuis longtemps déjà, on doit bien approcher du dixième anniversaire, non ?

Au début, c’était un groupe de potes, garage, comme beaucoup de groupes. Mais en fait, on n’a pas changé de nom, c’est pour ça que ça fait si longtemps. Sinon l’équipe a changé, ce n’est plus vraiment le même projet qu’avant. Le réel début c’est en 2009 avec le premier album, avant ça c’est les prémisses.

Dans Djinn Saout, il reste quand même deux amis de base, toi et Olivier ? Sinon, la configuration a encore changé par rapport à l’album précédent ?

C’est vrai qu’à chaque album il y a eu un musicien différent, ici on a changé de bassiste.

C’est un duo en fait ?

Oui, on peut voir ça comme ça. Même si au sein du groupe on ne se considère pas en tant que tel. Chacun apporte sa pierre à l’édifice et a la même importance. Maintenant, comme dans tout groupe, entreprise, couple, il y a des moteurs, des meneurs, et des suiveurs. Moi, pour le coup, je suis un peu meneur… mais pour d’autres projets, je suis suiveur.

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« Autour du duo Olivier et Corentin (à gauche), la composition du groupe a souvent changé. Cette fois, Florent et Maxime font partie de l’aventure. »

D’autres projets comme quoi ?

Pour le moment, on fait une promo d’album pour ThomC, je pars avec lui en Angleterre, comme il vit là-bas et pense que tout se passe là-bas. Ca me fait quand même beaucoup de bien de travailler sur d’autres chansons que les miennes, dans une autre langue. Puis j’adore ses textes, ses mélodies, il a une force impressionnante pour raconter les choses de la vie. Moi, ça me parle. Sinon, je garde aussi certaines chansons que j’écris pour moi. J’ai dans ma tête un projet différent, comme Olivier. Puis, je joue aussi dans un cover de Téléphone, mais ça ne durera pas longtemps. On le fait parce qu’on aime l’équipe et que c’est notre ancien producteur, Christian Willems (batteur de Pierre Rapsat). Quand il a arrêté de produire Djinn Saout, il ne voulait plus être dans ce monde de musique, il avait donné. Mais il m’a dit ne pas vouloir s’arrêter comme ça et continuer à jouer quelques mois, il n’avait plus le courage à 64 ans de se relancer dans un projet de composition. Et le cover de Téléphone est né, T-Léphone Export. J’ai accepté parce qu’il me le proposait.

Pourquoi ?

Les covers, moi je n’y crois pas. D’abord c’est se tirer une balle dans le pied, c’est peut-être chouette d’aller voir un groupe de cover de temps en temps, mais ça s’arrête là. Il faut faire vivre les artistes d’aujourd’hui. Quand je vois les festivals de cover, je n’y vois pas beaucoup de sens. Ca veut dire quoi ? Que maintenant on vit dans le passé et que ce qui se fait aujourd’hui est merdique ? Immanquablement, on apporte une vision personnelle, je prends du plaisir à le faire, mais ce n’est absolument pas mon idéal.

Un projet authentique et personnel, c’est mieux ?

Ben oui, moi j’ai envie de faire ça, sans l’envie de chanter les chansons des autres. J’ai déjà trop de chansons à moi que je ne sais pas chanter !

Surproductif ?

Il y a des moments, oui, des moments moins. Comme plein de choses. Mais oui on a beaucoup beaucoup de chansons. En plus comme on est deux à écrire, on doit avoir une quarantaine de chansons chacun, qu’on n’utilise pas. Mais je pense que c’est la donne pour tous les songwriters. Je pense que c’est bien et qu’il ne faut pas aller rechercher des choses du passé.

Comment sais-tu que cette chanson, tu vas la garder pour toi et qu’une autre sera pour Djinn ? Il y a une différence d’écriture ?

Oui parfois, mais bien souvent, ce n’est pas calculé à l’avance. Quand j’écris, il y a des chansons qui correspondent plus au style Djinn Saout, d’ailleurs je ne sais pas s’il y a un style.

Mais je pense que les choix se font dès les premiers rendez-vous, on vote à main levée le choix des chansons. On est déjà au studio, et on se pose la question des choix. Puis on essaie de choisir en fonction des tempos, des mélodies. Parce que parfois, sans faire exprès certaines chansons se ressemblent. Puis à la fin des enregistrements, on a peut-être 13 enregistrées et on en garde au final que dix ou onze.

On parlait de l’anglais avec ThomC, l’identité de Djinn Saout, quant à elle, c’est le français. Jamais Djinn Saout ne chantera en anglais ?

D’abord, on a des accents vraiment merdiques. Même si pour moi ça va mieux avec Thomas, il m’apprend des trucs. Mais je ne vois pas pourquoi j’irais chanter dans une langue qui n’est pas mon amour. Pour chanter une langue, il faut en être amoureux, moi ce n’est pas le cas. Cette littérature, j’en aime bien quelques auteurs, mais ce sont des traductions. Pas de film en VO pour moi. Le français est ma langue maternelle et je ne vois pas de raison de ne pas m’exprimer avec. C’est aussi la langue que je maîtrise le mieux. C’est déjà difficile de faire passer une idée avec des mots, il faut travailler son écriture, choisir les bon mots, simples. Je ne vois pas comment je ferais avec l’anglais.

Identité, francophone, identité belge, aussi. Notamment avec une chanson emblématique, La poésie de ce pays… qui commence pourtant avec des sonorités lointaines, orientales.

C’est vrai, mais on n’a pas fait exprès. Au départ, c’étaient deux morceaux différents. Une intro à la guitare assez longue. J’écris parfois des instrumentaux, dont je ne faisais rien. Ici ce ne fut pas le cas. Au départ le morceau commençait directement avec le chant. J’aimais l’idée de faire un concert avec une plage d’instrumental. Le groupe était d’accord aussi. Et voilà. Donc on l’a fait. C’est un peu oriental, on a été avec ça avec les petits arrangements.

D’ailleurs, c’est ce qu’évoque votre nom. Comment il a été choisi ce Djinn Saout ?

Oh on n’a pas trop réfléchi, on était jeune. Mais je pense que c’était une bonne chose. Bien qu’il soit trop long. Ce n’est pas un très beau coup de pub, difficile de se souvenir de son orthographe. Puis aujourd’hui, tout le monde cherche des noms courts et efficaces : Stromae, Puggy, Suarez. On va de plus en plus à l’essentiel. Choisir Red Hot Chili Peppers, c’est fini.

Mais Djinn Saout, on aimait bien le son des mots, comme Zita Swoon que j’adore. Et au final, je ne savais comment ça s’écrivait alors que c’est quand même un groupe phare pour moi. L’orthographe ne m’a pas arrêté.

On aimait bien le son des mots. On a d’abord trouvé ce mot Djinns qui sont des esprits du bien, du mal mais qui vivent autour de nous. Mais on a toujours mis Djinn Saout dans des cases fantasmagoriques, imaginaires. Pas faux dans le style de l’écriture, mais faux dans le fond de ce qu’on a envie de dire. On fait une chanson Le Magicien, du coup tout le monde pense à la magie. Mais pour nous, le Magicien est peut-être plus une personne chère, un grand-père qu’on a aimé, et qui ne faisait pas de magie. Peut-être que c’est plus une question de style. Dans les ambiances, mais ce n’est vraiment pas le genre de choses auxquelles on réfléchit. On l’accepte tout à fait.

Puis c’est fou, on a rencontré des personnes issues de l’immigration. Elles nous ont dit : « M’enfin c’est incroyable que vous ayez choisi ce mot qui est important quasiment dans toute l’Afrique !». Nous on n’avait pas imaginé la portée de ce nom. Ils nous on dit que dans beaucoup de pays d’Afrique, il y avait cette peur des Djinns : pas couper un arbre, car un Djinn pourrait être dedans. On ne sait pas s’ils seront bienfaisants ou malfaisants. Un autre gars nous a dit que les Djinns étaient dans un monde parallèle mais utilisaient la même planète que nous, ils nous voient mais nous on ne les voit pas. On trouvait ça terrible, ça nous a encouragé à continuer.

Puis, on a voulu un deuxième mot signifiant le son. On pensait Djinn Sound, puis on a demandé la traduction arabe et c’est devenu Djinn Saout. On a rajouté ça. Parce que pour nous, la musique c’est quelque chose qui a une influence, qu’elle soit positive ou négative, et ça passe par le son. C’est complètement improvisé, on devrait rechoisir un nom, on ne reprendrait jamais ça, jamais. C’est trop compliqué. En interview radio, rendez vous sur djinn-saout.com… T’imagines les gens dans leur voiture, pour s’en souvenir après. Il y a mieux comme com’. Mais bon, on était jeune, on avait 16-17 ans.

Un groupe de Namur quand même, la ville vous influence ?

Non pas trop, on est plus influencé par les paysages de par ici. J »aime beaucoup Namur, j’y ai grandi. On a répété longtemps à la Citadelle, ça nous faisait une belle vue sur tout Namur. Mais sinon, non, pas grande influence. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on veut toujours sortir nos albums à Namur. On pensait à Bruxelles, comme endroit plus médiatique, ça se fera. Mais c’était important de commencer à Namur, de là où on vient. Les showcases de Zita Swoon se faisaient à Anvers, quoi de plus logique !

Quels sont les influences du groupe ?

On écoute plein de choses différentes, même si on a plein de choses en commun aussi. On dit souvent, et ce n’est pas faux, que comme Olivier et moi on écrit les chansons, qu’on a été baignés dans la chanson française : Cabrel, Souchon, Goldman. Plein de trucs, puis on a adoré Aubert, on a été le voir plusieurs fois. C’est sur que ça nous a donné le goût de la langue française. Puis, avec l’adolescence nous est venu le goût pour le côté plus littéraire de la chanson : Murat, Bashung, Miossec, Thiéfaine. C’est vraiment avec ces univers qu’on a commencé à écrire.

Musicalement, on est beaucoup plus influencé par le côté américain et anglais avec Pearl Jam, Nirvana, Muse, Deus, Zita Swoon, David Bowie. Même si on ne le comprend pas toujours et qu’on est vite catégorisé en fonction de Noir Désir, qui nous inspire aussi, Indochine ou Téléphone quand on rock en français.

Mais on voit dans la culture française, des trucs pointus quand même, parce que Thiéfaine ou Armand Méliès, il faut déjà y aller.

Et même Julien Doré, je l’avais en sainte horreur et son dernier album est vraiment terrible. En plus il est très sympa et relax.

Mais pour les influences, je ne sais pas si ça a une réelle importance. Si, peut-être quand, à un moment, on choisit des sons. À un moment, j’écoutais beaucoup Muse, forcément ça m’inspirait et me poussait à mettre des sons en peu comme eux. Là, en ce moment, ce serait plutôt le dernier album de Jean-Louis Aubert. J’aurais envie d’aller dans des sons très naturels. Ce n’est pas de l’influence avec l’envie de copier, mais ça donne des idées. Maintenant, peut-être que ça freine quelques personnes d’être le cul entre deux chaises, entre paroles francophones et rock plus anglo-saxon.C’est clair que ce n’est pas ce qui passe à la radio. Ce sont des chansons assez léchées sans trop de risque, sans vouloir pointer tel ou tel artiste, puisqu’il y a quand même certaines bonnes choses. Mais notre époque tend à l’uniformisation et à ce que tout se ressemble. C’est assez dommage. Maintenant, peut-être que c’était comme ça avant aussi, mais j’étais petit, je ne m’en rendais pas compte.

C’est un monde très différent. Monde des radios et des médias et le monde dans lequel nous fonctionnons. Et c’est con, parce que nous, on ne peut pas fonctionner sans média, sans radio. La presse écrite est bien plus réceptive à la différence, à parler de choses plus particulières. Les radios sont tellement sélectives !

Des regrets ?

On ne peut pas vraiment faire sans radio. Même par la scène, les programmateurs, si tu ne passes pas en radio, ils ont du mal à te prendre. On essaie de passer à une vitesse supérieure : les gens nous demandent pourquoi on ne nous voit pas à Dour. Mais pour ça, il faut être plus politisé, avoir un booker, un gros label… ou alors faire les concours. Mais on ne se formalise pas. On a des passages radios de temps en temps. Mais c’est sûr qu’on n’a pas un gros soutien.

Surtout dans les perspectives actuelles ?

En fait, c’est valable pour beaucoup de projets, tout le monde s’en fout. Si tu le fais, ça continue. Mais si demain, Murat arrête, tout le monde s’en fout. C’est parce que lui continue que ça a du sens. Peut-être que quelques-uns pleureront, mais c’est tout. Les projets ont du sens grâce aux quelques musiciens qui sont derrière ! C’est dommage mais c’est normal aussi. Quand tu quittes ton boulot, certains sont un peu tristes, mais sinon tout le monde s’en fout !

Par exemple Camping Sauvach’ a arrêté, je me dis merde c’est con ! Mais au final, ils font autre chose. Ils ont fait du beau boulot, trois albums super. Ils ont eu envie d’arrêter mais c’est comme ça. Il faut avoir le courage de le faire.

Mais Djinn SaOUT ne va pas s’arrêter tout de suite, quand même ?

Non (rire), nous on est bien ensemble, on fait des répèt’, tout fonctionne.

Mais il y a aussi cette conscience des autres arts, comme avec James Ensor ?

Oui, mais cette chanson a été écrite il y a un petit temps, elle était déjà sur Le désir des grands espaces. Ca reste un morceau important pour nous, pour le public aussi. On l’a un rien réarrangée. C’est con, on a d’autres chansons qu’on aurait pu mettre. Mais en même temps, comme on considère que c’est toujours notre premier album, on met les chansons qui nous tiennent à cœur et que l’acheteur du nouvel album aurait pu manquer sans avoir le deuxième ou le premier, comme on a aussi mis sur celui-ci Toujours Vivant.

Il ne faut pas y voir un manque d’imagination, mais non. Il n’y a que neuf nouvelles chansons. Mais regarde Nirvana, Polly est sur trois albums. Je trouve ça bien, ça veut dire que la chanson continue à exister et est repensée par la personne et la manière dont elle se sent.

Et le changement de producteur a changé la manière de faire cet album ?

Oui, certainement, mais en même temps, on n’a pas dû convaincre un autre producteur. Christian Willems a arrêté parce qu’il pensait qu’on avait besoin de quelqu’un d’autre, c’était très classe de sa part. Il était au service de l’art, uniquement de la musique et il n’en a rien à foutre, aucun orgueil. Il nous a dit : « Voilà, j’ai fait deux albums avec vous, il vous faut maintenant trouver quelque chose que je ne saurai pas faire avec vous, une autre manière d’aborder votre musique. Des claviers, et tout ça. » On a suivi ses conseils et sa bonne vision du métier. Il reste quelque part dans l’équipe.
Et non, on n’a pas dû convaincre quelqu’un d’autre. C’est un gars un peu comme nous, Diego Straz, qui a pris la relève. Il a deux albums à son actif et il a joué dans pas mal de groupes qui fonctionnaient pas mal en Belgique dans les années 90. Je n’étais pas encore à ça, à cet âge-là. Aujourd’hui, il joue avec Aurélie Cabrel en France. Lui aussi a une bonne vision des choses. Puis, il adorait notre rock. Diego Straz, c’est un gars de rock, tu le vois, et tu te dis qu’ « il doit même aimer le métal, ce gars-là ! ». Et, au final, c’est super, parce que quand tu regardes sa discographie, il a des disques de métal, il adore Obispo et Cabrel, il travaille avec la fille de Cabrel, tu lui apportes un Souchon, il aime. Je pense qu’il aime bien ce qui est bien fait et c’est une grande qualité. Et autant il écoutera de la musique classique que du jazz. Il aime tout mais ce n’est pas pour ça qu’il n’a pas de personnalité. C’est important quand on est musicien d’aimer pas mal de trucs. Enfin pas d’aimer, mais d’écouter, de s’intéresser.

Depuis 2009, même si vous dites que c’est à nouveau un premier album, il y a eu du changement, une progression, une maturation ?

Disons qu’on l’a fait très différemment des autres albums où la vieille école primait : écrire des chansons, les arranger, les répéter, louer un studio, y aller 10 ou 15 jours et puis sortir l’album. Aujourd’hui, c’est de moins en moins le cas, j’entendais hier une interview de Jean-Louis Murat. Il disait : « Moi, je n’ai pas de chansons avant d’entrer en studio. Je réserve le studio et dès que j’y suis, je m’y mets tout de suite, une guitare et j’écris. Puis la batterie et tout. » Ca veut dire que ce ne sont pas des compositions traînées pendant six mois ! Je trouve ça terrible parce que ça veut dire qu’on a à faire à un album pris dans un moment précis. Et nous on a un peu fait pareil, on a enregistré des morceaux qu’on n’avait jamais joués en groupe, que ni le bassiste ni le batteur ne connaissaient, que moi je n’avais jamais chantés non plus. Tout sur place. Ca donne plus de fraîcheur. C’est moins réfléchi, plus direct. Et en même temps, on voulait faire un truc moins rock… ça l’est peut-être encore plus. Quand j’écoute l’album, je trouve que les sons sont un plus actuels, il y a plus de cohésion et on est plus vite plongé dans l’ambiance. Du moins, je trouve que c’était moins le cas dans les albums précédents.

Parlons du live, les concerts reprennent. Le showcase au Magick sera le commencement ?

Oui, mais en fait on a déjà fait 2-3 concerts avec les nouvelles chansons. Une fois que l’album était terminé, on aurait pu le sortir en mars, on voulait jouer nos nouvelles chansons. Mais sinon, oui, ce sera le commencement, on va faire cette date de lancement de notre album. On fera uniquement celui-là. Et on réattaquera en février-mars, avec des concerts plus « festival », et en essayant de faire un showcase sur Bruxelles. Mais après, ce sera booking classique et festival.

Des envies d’aller plus loin que ce que vous avez été avec les précédents albums ?

Oui, mais en même temps, la Belgique est petite, donc aller voir en France ? Je ne sais pas ; c’est difficile. Et déjà que la Belgique c’est compliqué.

Il y a eu des frustrations dans votre parcours ?

Oui mais comme tout le monde. À part peut-être pour Matthew Bellamy de Muse qui disait  dans une interview n’avoir jamais galéré. C’est magnifique. En dix ans, ils ont été au sommet de tout. Nous c’est un peu différent (rire). Mais voilà, on n’est ni frustré, ni déçu. On voudrait toujours que ça aille un peu plus vite. Mais on a 30 ans, on est encore jeune. On travaille bien. On n’a pas de contrôle, est-ce que ça va cartonner ou marcher bien ? Moi j’ai plutôt un idéal assez humble. Un gars que j’admire, c’est Stef Kamil Carlens. Avec Zita Swoon, il n’a jamais fait deux fois le même album, il s’est toujours remis en question, a toujours cherché d’autres gens, d’autres sonorités. C’est une carrière d’exception et pourtant il n’y a pas 10 000 personnes qui se déplacent à ses concerts, peut-être 200. C’est un idéal, c’est cool, il fait son taf, ses chansons. Il ne faut pas chercher le succès, je ne sais même pas si ça a beaucoup de sens, le succès. Je ne sais pas si ça me plairait de jouer à chaque fois devant 5000 personnes. Moi je veux le faire et continuer à le faire. Après il y a des concrétisations de groupe comme DEUS qui a attendu 15 ans avant de faire Forest. C’est super, nous on a été voir DEUS qu’il y avait 100 personnes. Maintenant c’est une fête.

Quels sont les projets ?

Avec Djinn Saout, on va encore faire un album, d’ailleurs on ne va pas trop tarder. Si tu veux qu’il sorte dans un an et demi, il faut t’y mettre. Parce que le temps de faire les chansons, de les enregistrer, de les mixer, de masteriser, de penser la pochette, de presser le cd et de le diffuser, ça prend quasi un an. Ce troisième album, il est terminé depuis fin décembre ! On voulait le sortir à la base en mars. On ne l’a pas senti, donc on le sort en octobre.

Pas senti pourquoi ?

Ben je ne sais pas, dans les répèt’, la manière de répéter, on ne l’a pas senti. Puis, en plus, en septembre, le booking est plus facile et tu peux booker pour toute l’année suivante. En mars, c’est plus dur. Mais c’est ce qu’on a fait avec les deux précédents albums parce que tu veux éviter de sortir ton album en même temps que les grosses rentrées. Mais en même temps, si les grosses pointures sortent leur album à ce moment-là, c’est qu’il y a une raison. Bon c’est pour les cadeaux de Noël aussi. Nous pas… quoique…

Puis, en le sortant en octobre, ça laisse le temps aux programmateurs et aux organisateurs d’écouter et, s’ils apprécient, de te prendre pour un festival de juin. En mars c’est trop tard. Alors, du coup, l’année suivante, c’est un vieil album, il n’y a plus de cohérence.

Qu’attendez-vous de cet album ?

On aimerait bien que cet album nous permette de trouver un label qui fasse le suivant avec nous, histoire d’explorer une autre facette. On n’a jamais travaillé avec un label, et ça nous intéresse. Même si on y croit pas spécialement plus. On connaît plein de groupes qui ne le diront jamais au label mais qui n’en sont pas content. Ca laisse moins le choix. Mais il ne faut pas toujours partir du principe que les labels sont braqués sur l’argent. Ils le sont mais ils apportent aussi ce regard extérieur que tu n’as pas. Si ça ne marche pas avec cet album, ce sera avec le suivant. C’est pour ça qu’on fait des albums.

Parce que là, on est fort décalé de beaucoup de monde. On essaie des concours, ils nous disent que ça va pas, qu’on est trop décalé par rapport à ce qu’ils attendent. Mais ça ne sert à rien de faire ce que les gens attendent. Pour moi, la musique ne doit pas répondre à une attente. Ce n’est pas un produit, il y a une autre dimension. Mais bien sûr, il faut être dans son temps. On l’est toujours.

Là les cd’s vont sortir, vous les avez déjà ?

Eh bien non, c’est à cause des musiciens, tout sauf organisés. On prend du temps pour faire des tonnes de trucs qui ne servent à rien puis on envoie le plus important à la bourre. Mais en plus, d’habitude, pour l’autorisation de la Sabam pour dupliquer les albums, d’habitude on envoie un mail et le lendemain on a l’autorisation. Ici, on ne l’a pas eue. Je téléphone après 4 jours. Ils me répondent qu’il y a une attente de 3 semaines. Normalement, tout sera prêt pour le jour J. C’est peut-être le moment le plus stressant. Pourtant, à chaque sortie d’album, c’est comme ça. Je ne sais pas pourquoi on n’essaie pas de l’avoir un mois avant. On en a fait 500, financés par nous-mêmes. Pour commencer c’est bien, on les vendra, et on en repressera s’il faut.

Djinn SaOUT, De l’ombre à la lumière

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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