Do eat

« Après « Purgatoire » la saison dernière, Dominique Bréda, prix de la critique 2010 du meilleur auteur, revient au TTO. Son travail: une appétissante création portant sur la deuxième activité favorite des êtres humains: manger. Eh oui, tout le monde mange, mais pas de la même manière. Il y a les grignoteurs, les engloutisseurs, les horriblement lents, les incroyablement speedés, les carnivores et les veggies. Et puis on mange pour plein de raisons. Bêtement parce qu’on a faim mais aussi parce qu’on a peur, parce qu’on a mal, parce qu’on s’emmerde ou parce qu’on est nerveux comme un vieux steak de cheval. Bref, une pièce qui se dévore et un bon conseil: n’oubliez pas de manger avant le spectacle. »

Do Eat, c’est l’histoire d’Annie, 52 ans, 130 kilos, qui voudrait soudainement maigrir. Do Eat, c’est aussi l’histoire de son entourage qui essaie de l’en dissuader. Puis Do Eat, c’est l’histoire d’une rencontre et d’un choc pondéral.

Et après? Laurence Bibot, toujours aussi époustouflante et dynamique, se charge de deux rôles différents à merveille. Nathalie Uffner est à croquer dans son rôle de bonbon rose alors que Julie Duroisin et Jean-François Breuer sont tout simplement méconnaissables. Le décor multifonctionnel est très bien pensé, les répliques absurdes et savoureuses et les costumes hauts en couleur. Cependant…

Même s’il nous arrive de rire et de sourire face au grotesque situationnel, il faut avouer que le résumé nous avait laissé imaginer autre chose: une pièce traitant avec humour des différentes habitudes alimentaires, de façon décapante et acérée, dans laquelle chacun aurait pu se retrouver à travers les personnages paradoxaux et compulsifs. Au lieu de ça, nous voilà embarqués dans une dénonciation générale des habitudes alimentaires européennes (et certainement américaines) à savoir qu’ils mangent trop gras et trop souvent et que le contraire est souvent mal vu. Bien sûr, cette dénonciation n’est pas vaine mais à l’heure actuelle, elle n’a rien d’innovant. En effet, qui ne sait pas qu’aujourd’hui, on ne mange plus par faim mais par envie?

Qui plus est, le clivage maigre/gros nous offre un retour en arrière, au temps de la bourgeoisie repue et nantie écrasant sans gène aucune le prolétaire maigrichon. Ce retour en arrière, s’il est intéressant, n’en est pas moins totalement désuet. Merci qui?L’alimentation bio et la « slow food » ainsi que les fast food aux prix réduits et les supermarchés aux plats préparés économiques.

Bref, Do Eat, c’est une tranche de rire, comme toujours, mais moins franche, toutefois, que d’habitude et un arrière-goût de légèreté dans le traitement du sujet .

Du 01/03 au 31/03 (du mercredi au samedi à 20h30) au TTO dans la Galerie de la Toison d’or à 1050 Bruxelles. Les places sont de 10 à 16 €.

De: Dominique Bréda

Avec: Laurence Bibot, Jean-François Breuer, Julie Duroisin et Nathalie Uffner

Mise en scène: Dominique Bréda

Pour plus d’infos, allez voir sur le site du TTO!

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7 Comments

  • Pardonnez-moi, mais j’ai l’impression que nous n’avons pas vu le même spectacle. On y dénonce pas des mauvaises habitudes alimentaires (qui ne sont, contrairement à ce que vous dites, pas du tout gratifiées dans nos sociétés idolâtrant des top modèles anorexiques et une alimentation saine et bio), mais on y parle d’une société (imaginaire sans doute…) qui considère le surpoids comme un un atout précieux et signe de réussite. Le personnage principal, campé par Nathalie Uffner, voudrait nager à contre-courant parce qu’elle réalise l’absurdité du fait de grossir à tout prix. Je crois que c’est cette histoire, celle de cette femme qui ne voit plus la cohérence de tout cela, qui est racontée. Une histoire qui peut faire écho à certaines absurdités de nos vies. Ce n’est pas si léger que cela.

  • A ce sujet, je pense qu’il y a deux tendances qui se rejettent la faute mutuellement. Pour ma part, j’ai une alimentation saine et une corpulence mince et tout le monde s’évertue à essayer de me faire grossir, ne peut imaginer que je n’aime pas certains plats et me plaint amèrement de ne pas pouvoir goûter les « bonnes choses. Donc je pense que le monde n’est ni aux anorexiques ni aux boulimiques mais bien aux deux, ce qui le rend d’ailleurs absurde et paradoxal. Certes, Annie dénonce cette absurdité, mais elle ne va pa au bout de son raisonnement, à mon sens. Maintenant, d’aucuns diront que je suis perfectionniste, ils n’auront peut-être pas tord!

  • Je crois que le combat d’Annie est celui de celui ou celle qui voudrait penser, agir, ou devenir autre chose que ce que la pensée unique lui propose de penser, de faire ou de devenir. Elle vit en l’occurrence dans un monde obèse qui peut faire écho à une certaine obésité de notre monde à nous.

  • Et vous avez parfaitement raison, ce qui n’empêche que je trouve son combat et sa réflexion inachevée, tout simplement!

  • La reflexion et le combat d’Annie reste inachevés parce qu’elle se heurte douloureusement à un monde qui ne laisse pas de place à pareille réflexion. Elle paie durement ses velléités de prendre la bienpensance à contrepied. Elle abandonne bien malgré elle. En ce qui me concerne, je ne lui en ai pas tellement voulu. Et sans vouloir être cruel, je n’aurais pas pu croire à son triomphe et à la fameuse démonstration hollywoodienne qui prétend que « quand on veut très fort quelque chose, on finit toujours y arriver ». C’eût été navrant.

  • Ce n’est pas personnellement à elle que « j’en veux », c’est l’intégralité du raisonnement qui me laisse un goût de trop peu. Une manque de vivacité dans l’analyse, un manque de motivation général et un manque de remise en question. On reste dans le contrepied total de la réalité et je pense que au-delà de ça, j’aurais aimé être un peu plus ébranlée, voilà tout.

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