DO NOT DISTURB de Yvan Attal

Après ses deux longs- métrages, Ma Femme est une actrice, en 2001 et Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants en 2008, Yvan Attal revient derrière la caméra avec Do Not Disturb. Si ce nouveau long métrage est un film de commande, répondant à des impératifs, le réalisateur y développe pourtant des thèmes qui lui sont chers comme la question du couple et du désir, le rapport à la sexualité, l’amitié et la fidélité.

Ben et Jeff, deux vieux potes sous l’emprise de l’alcool lors d’une soirée bien arrosée, se lance un défi: jouer et réaliser ensemble un film afin de participer au concours du célèbre festival amateur HUMP! * Le défi va cependant très vite virer à l’absurde pour ne pas dire au sordide et au ridicule lorsque Ben et Jeff « se souviennent » que le festival en question est en fait un festival porno-gay

Cela vous rappelle peut être un autre film? Bien vu! Vous faites certainement parti des rares spectateurs qui ont vu ce film américain, sorti en France de manière confidentielle en 2009 et dont Yvan Attal s’est inspiré. Chose assez rare pour être soulignée, Do Not Disturb est en effet le remake français de Humpday, petit film indépendant, réalisé en 2 semaines seulement, présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, remarqué à Sundance (où il a obtenu le Prix du Jury ) et à Deauville ( Prix Cartier ). Ce qui est intéressant c’est de confronter les deux versions: La version originale du film s’inscrit dans une mouvance du cinéma indépendant américain née il y a à peine 10 ans, appelée Mumblecore. Une mouvance qui se caractérise en particulier par son sujet ( la génération des trentenaires dans les années 2000), ses réalisateurs (d’anciens étudiants en écoles de cinéma), son petit budget, des dialogues prenants et authentiques (en partie improvisés) et des acteurs non professionnels. Yvan Attal, quant à lui, propose une version plus luxe que le Mumblecore en y apportant sa touche personnelle, une mise en scène plus soignée, avec un casting de premier choix dans lequel on y retrouve une brochette d’acteurs connus qui cassent ici leur image.

Cluzet et Attal forme un duo inattendu, à la fois agréable et hilarant. Couple à la ville, Yvan Attal et Charlotte Gainsbourg se sont déjà donnés 5 fois la réplique, dans do Not Disturb, pour le première fois, ils ne forment pas un couple au cinéma. Attal est ici marié à Laetitia Casta ( étonnante! ) quant à Charlotte ( surprenante! ) on vous laisse découvrir sa relation particulière avec Asia Argento… Seul bémol, l’apparition de Joey Starr qui ne m’a pas du tout convaincu et dont je vous laisse la surprise… Des personnages sous l’effet de l’alcool qui transgressent les règles de la bienséance, le cinéma en compte une multitude. De Very Bad Trip ( sans oublier Very Bad Trip 2 et bientôt le 3 ) à plus récemment Projet X, le cinéma américain semble avoir emboité le pas des films alcoolisés à la gueule de bois. On ne compte ainsi plus les films à l’humour douteux où les délires entre potes, suite à une énorme cuite, ont vite fait de virer au grotesque et au grand jeu du n’importe quoi, révélant par la même occasion un manque cruel de scénarios…

Sur le papier, Do Not Disturb sonne un peu comme un film de Judd Apatow mais en réalité c’est moins potache, moins trash et moins vulgaire aussi. Le film de Yvan Attal est une comédie osée à la fois hilarante et irrévérencieuse qui n’est pas sans rappeler le cinéma français des années 70 et en particulier Les Valseuses de Bertrand Blier. Au contact de Jeff, baroudeur et libre, Ben, plutôt rangé et conformiste, va pénétrer un milieu qui l’intrigue et l’attire, un milieu aux limites du libertinage et de la perversion. On y retrouve le même ton libertaire, des dialogues piquants et corrosifs et une manière très frontale d’aborder la sexualité. Car, Ben et Jeff, contrairement aux personnages de certains « films alcoolisés », n’ont pas oublié ce qui s’est passé la veille et le lendemain décident, malgré tout, d’aller jusqu’au bout de ce pari un peu fou et ainsi tenter de révolutionner l’art du porno en réalisant le premier film porno gay avec 2 hétérosexuels… Mais à défaut d’étreintes sexuelles ou de porno qui auraient pût être un ressort comique quoique minable, la relation se solde par de longues discussions et le défi va finalement agir comme un révélateur sur les deux potes et les faire réfléchir.

Audacieux mais pas scabreux, Do Not Disturb ne tombe jamais dans la grossièreté, bien au contraire, il creuse une réflexion intéressante sur les regrets, les choses dont on a rêvé, faits ou pas faits, ses doutes et ses déceptions et aborde aussi de manière intelligente diverses questions comme l’amitié, les frontières de l’identité sexuelle, la question de la création et de l’artiste et de sa sincérité face à son projet. * Sachez d’ailleurs que HUMP! est une authentique compétition américaine. Pour les curieux, voici l’adresse du site: www.thestranger.com

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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