Dom Juan – Théâtre Royal du Parc

Oh Brenda, vos longues boucles blondes tombent sur vos épaules avec tant de grâce que la couleur de vos yeux colorent la nuit comme un aurore boréale colore un ciel noir profond.

Aaah Joooohn, vous êtes un vrai Dom Juan, vous savez parler aux femmes.

Mais Brenda, qu’entendez-vous par Dom Juan ? Nous sommes en 2015, Shakespeare c’est has-been.

Ooohhh John, vous connaissez même Shakespeare, vous êtes si culturé…

Brenda, Dom Juan n’était qu’un coureur de jupons, Shakespeare n’avait que pour seul intérêt en écrivant ses comédies, celui de divertir la cour. Moi, c’est votre coeur que je veux divertir.

John, épousez-moi !

Au XVIIe siècle, Dieu est omniprésent dans la vie de tous les jours. Dom Juan dissimule à peine son athéisme. Il croit que deux et deux font quatre. Point la ligne. En cela il annonce le Siècle des Lumières mais aussi Nietzsche avec sa célèbre formule à la fin du XIXème: Dieu est mort.

Voilà maintenant 350 ans que Molière (et non Shakespeare comme le pense John ) a écrit ce chef-d’oeuvre qu’est Dom Juan, juste après Le Tartuffe et malgré les années, les siècles même, la pièce n’a pas pris une seule ride et certainement pas dans cette adaptation se jouant actuellement au Théâtre Royal du Parc.

Molière, par le biais de son Dom Juan, remet en question les choses établies. Il dérange. Il dénonce.

Il remet en question la foi qu’ont les hommes du XVIIe envers la théorie du créationnisme et l’acceptation d’une religion omnisciente. Certainement influencé par l’arrivée des Lumières et de leurs mouvements intellectuels ayant pour but de sortir de l’obscurantisme, Molière fait de son Dom Juan bien plus qu’un coureur de jupons. Il en fait un porte-parole. Il dérange car Dom Juan ne croit en rien d’autre qu’aux pulsions naturelles qui poussent les êtres humains vers la sexualité. Il n’a que faire de la fidélité ou de la morale. Pour lui, ce ne sont que des concepts imaginés par l’homme pour pouvoir « vivre ensemble ». Il dénonce la liberté de penser et donc d’agir. Dom Juan soulève la question de la véritable origine de la foi des gens. Finalement, qui est le véritable croyant ? Celui qui le fait car il est de bon ton de le faire ou celui qui y trouve un vraie vertu? Au vu des événements de Charlie Hebdo à Paris, la pièce de Molière montre qu’elle n’a rien d’has-been, comme le dit si élégamment John. Dom Juan est aussi Charlie.

Thierry Debroux nous offre avec son Dom Juan, une représentation de très grande qualité. La mise en scène, remplie de petits clin d’oeil, de petits détails comiques modernes, n’en reste pas moins assez classique et fidèle à l’oeuvre originale. Selon moi, le théâtre qui n’est pas politique n’est pas du théâtre. Thierry Debroux, dans son adaptation, montre que de nos jours comme du temps de Molière, l’obscurantisme est néfaste à la société et voir le Commandeur se prendre les pieds dans le tapis en claironnant haut et fort « On n’a pas besoin de lumière quand on est guidé par Dieu » s’avère truculent. Bernard Yerlès, faisant quelques infidélités à ses amis, ses amours et ses emmerdes, nous interprète un Dom Juan de juste manière. Fidèle au Théâtre Royal du Parc, la qualité des décors et leur conception est encore une fois de haute volée, donnant lieu à des ambiances de toute beauté, le tout aidé par un travail sur les lumières impeccable.

Que vous ayez déjà assisté à Dom Juan auparavant ou que vous rencontriez Sganarelle, Elvire ou le Commandeur pour la première fois, cette adaptation en l’honneur des 350 ans du spectacle à scandale de Jean-Baptiste Poquelin est vivement recommandable !

Brenda, vous aimez le théâtre ?

C’est une invitation John ?

Voyez cela comme vous voulez Brenda mais il s’avère que j’ai deux places pour Romeo et Juliette à la MJC les marmousets.

Oh Jooooohn, j’adore Molière. Vous êtes tellement merveilleux…

Dom Juan

Du 18 janvier au 14 février au Théâtre Royal du Parc

Avec : Gabriel ALMAER, Maroine AMIMI, Jean-Baptiste DELCOURT, Laetitia REVA, Luc VAN

GRUNDERBEECK, Benoît VAN DORSLAER, Anouchka VINGTIER, Bernard YERLÈS, Aurélie FRENNET, Laurie

DEGAND.

Mise en scène : Thierry

Assistanat : Catherine

Scénographie : Vincent BRESMAL.

Costumes : Anne GUILLERAY.

Lumières : Laurent KAYE.

Maquillages : Véronique LACROIX.

Durée du spectacle : 2h10 entracte compris

Plus d’informations sur le site du Théâtre Royal du Parc 

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Directeur artistique en publicité, trop occupé à faire la publicité des autres pour en faire la sienne ici.

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