Douglas Coupland – Eleanor Rigby

« Liz Dunn est obèse, grincheuse et très lucide sur elle-même. Même si derrière cette morne apparence se cache un esprit acéré par des années d’observation contemplative, elle n’attend rien de sa vie, hormis une imminente opération dentaire et une quantité de films larmoyants loués pour l’aider à passer sa convalescence. Sur le parking du vidéo-club où elle vient de récupérer ses mélos, Liz lève les yeux et voit une comète traverser le ciel de cette nuit d’été de 1997. Elle décide de chercher la paix dans son existence plutôt que des certitudes. Quelques jours plus tard, alors qu’elle vient d’épuiser son stock de tranquillisants et que le générique de fin du dernier film résonne de violons déchirants, surgit une autre comète, sous la forme d’un jeune homme admis à l’hôpital local avec le nom et le numéro de téléphone de Liz inscrits sur son bracelet médical. En cas d’urgence, contactez Liz Dunn… Avec un regard ironique et sans concession, Coupland répond à la question posée par les Beatles dans leur célèbre chanson : d’où viennent les gens seuls et où est leur place ? »

Il s’agit d’un grand moment d’émotion: voici notre première déception signée « Au diable Vauvert ». Enfin, par déception, veuillez comprendre désappointement, n’est-ce pas? Non, pas grosse daube sans nom, ce serait tout à fait inapproprié.

Le style éclaté et décousu de la narration destiné à faire croire à un journal intime un peu fouillis est intéressant. La lecture se fait généralement sans peine, même si, de temps en temps, de digressions en digressions, on perd un peu le fil du récit… et le personnage de Liz, totale anti-héroïne des temps modernes, aussi. Résignée et lucide, ses idées et considérations sur le monde pour le moins originales et inhabituelles nous font sourire et nous amusent. Pourtant…

C’est ce même style décousu et cette même résignation qui finissent par nous contrarier et cette idée que rien ne changera jamais commence alors légèrement à nous courir sur le haricot. Les phrases du genre « Ma vie sera toujours comme ça, je serai toujours celle que je suis » sont autant de signes d’acceptation de soi que de lamentations inutiles mais surtout d’excuses pour ne jamais changer. Le roman aurait probablement pu être plus palpitant si Liz n’avait pas eu besoin non pas d’un mais de deux hommes pour sortir de sa coquille et enfin remettre ses habitudes en question

Nous nous attendions à une vraie Eleanor Rigby dans toute sa splendeur. À une ode aux gens dont la solitude est à la fois un fardeau mais aussi leur seul trésor. Un sentiment si bien caché qu’il est, la plupart du temps, invisible de tous, et surtout des proches. Une jouissance et une maladie incurable… Et Liz, bien qu’elle s’approche vaguement de cette magnificence mystérieuse, a vite fait d’inspirer plus de pitié que d’admiration.

Article initialement publié sur SobusyGirls.

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