E.L. James – Cinquante nuances de Grey, racontées par Christian

Je dois vous faire une confidence : j’ai bien aimé la trilogie Fifty Shades of Grey. Oh, ce ne sont certainement pas les invraisemblables et pseudo-pornographiques scènes de sexe qui m’ont amené à cette conclusion. Ni les penchants sadomasochistes du héros principal Christian. Encore moins les doutes et les gémissements d’Anastasia Steele. En réalité, ce qui m’avait accroché (sans mauvais jeu de mot) dans cette banale histoire, c’est sans doute le fait qu’elle commence, se déroule et finit bien. Et ce, sans avoir dans son déroulement d’épisodes imbriqués ou alambiqués, de psychologie tortueuse à analyser ou de prose stylistiquement indigeste. En d’autres termes, lire Cinquante Nuances de Grey, c’était accepter pour une fois de se laisser aller à une facilité qui avait toutes les ficelles pour nous retenir, c’était s’autoriser à pénétrer dans un monde où tout est possible non pas par le biais d’un quelconque artifice fantastique mais juste via la réalité et dans le cas qui nous occupe de l’argent (beaucoup d’argent d’ailleurs). En conclusion, c’était, à l’exclusion de tout ce que j’ai cité plus haut, l’occasion de rêver « pour de vrai » tout en flattant nos bas instincts vénaux.

Pour toutes ces raisons, j’avais décidé de garder un œil sur la publication de quatrième tome en me disant que l’été serait sans doute propice à un petit plaisir coupable (quand bien même platonique). Le battage médiatique a tôt fait de me rappeler à ma promesse et je me suis rapidement affalé dans ma méridienne avec ma liseuse, tout en prenant bien soin d’enfouir mon bagage littéraire au sein de mon inconscient.

Le refoulement ne s’est pourtant pas fait attendre.

Car cette fois-ci, il n’y avait pas de divertissement pour l’atténuer.

On a en effet beau savoir que ce quatrième opus est une réécriture du premier avec un changement de focalisation, cela ne justifie pas tout. Attention, on ne remettra pas en cause ici la présence d’une trame identique ou la reprise à outrance de certains procédés ou expressions mais bien la vacuité du traitement réservé au traitement du narrateur Christian Grey et par-delà de l’histoire qu’il raconte. Il n’y a aucune nouveauté, aucune inventivité, tout est affreusement prévisible. En fermant l’ebook, on a l’impression que n’importe quel lecteur un tant soi peu éveillé aurait pu choisir et ordonner les mots de cette histoire parallèle. On a en bouche le goût amer de la duperie en se disant qu’E.L. James n’a fait que retranscrire ce qui était sous-entendu dans son ouvrage d’origine. Qu’elle a en quelque sorte bafoué l’imaginaire de son lectorat pour quelques billets verts supplémentaires.

Et ce n’est pas les flash-back inutiles ainsi que les quelques précisions dispensables qu’elle a ajoutés çà et là qui permettront de détourner les yeux de ce qui s’apparente à une vaste supercherie. Car bien loin de le relever, ces greffes ne font que contribuer au travail de sape du personnage principal – autrefois charismatique et devenu désormais détestable par la main même de sa créatrice.

J’ai donc arrêté de rêver : Fifty Shades as told by Christian n’est qu’une coda molle et sans ambition. On aura beau se faire violence, rien n’y fait : les pages ne procurent aucun frisson de plaisir… Cruel paradoxe.

Grey. Cinquante nuances de Grey par Christian, d’E. L. James, JC Lattès, 560 p., 17 €. ISBN : 9782709650564.

Tags from the story
Written By

Rédacteur occasionnel sur plein de choses culturelles.

1 Comment

  • J’adhère tellement à ta vision! Autant j’ai bien aimé les autres, autant là j’avais envie de me pendre à toutes les pages. Sans compter que bon, parler à sa bite une fois ok, mais alors 15 fois en 3 pages, ça donne des envies de lui couper !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *