E. L. James – Cinquante nuances plus sombres

« Anastasia Steele va mal. Très mal. Même si elle lui semblait nécessaire, la rupture avec Christian Grey ne passe pas. Elle maigrit. Elle reste obsédée par lui. Mais continue de se convaincre qu’elle a fait le bon choix en quittant le beau pervers sado-masochiste. Pas longtemps, ceci dit. Il faudra à peine quelques jours au milliardaire pour la récupérer. La littéraire diplômée donne une seconde chance à l’homme de sa vie qui montre enfin un peu d’humanité. Mais pour combien de temps ? »

On s’y attendait. A défaut de l’attendre. Le tome 2 de la trilogie cul-cul la pral’ est sorti dans les bacs début de cette année, très vite rejoint par le petit dernier plus clair. J’en ai même vu dans mon Delhaize, c’est dire. Rebelote, la razzia dans les rayons des librairies. Rebelote la consternation des critiques littéraires. Rebelote le jackpot pour Erika Leonard James.

Rien n’a changé. Celles qui ont adoré le premier, vous surkiffer le deuxième. Celles qui ont détesté vont vomir le reste de leurs tripes. Revoilà Anastasia dans toute sa fraîcheur diront les premières, dans toute sa nunucherie diront les secondes. A peine débarrassée de Grey, voilà-t-il pas qu’elle replonge et qu’elle se laisse séduire à nouveau par le richissime sadique « tellement sexy ». Alors, voilà, il lui sert le grand jeu, la grande vie, les grands sentiments et les grands plans cul; le tout mâtiné de mystère parce que sinon c’est pas drôle. Son sombre passé permet à l’autre cruche d’Ana Steel de lui prendre régulièrement la tête sur ses anciennes soumises ou maîtresses; sur sa jalousie et sa possession maladives; enfin tout ce qui fait de Christian Grey un animal à l’humanité douteuse. Et devinez qui c’est qui va le rendre plus humain? Mais oui, c’est la Steel, à coups de  » Merde ! », « Bordel ! », voire le combo « Bordel de merde ! »

Rien n’a changé. La platitude de l’histoire est aggravée par la médiocrité de l’écriture. A se demander ce qui est le plus affligeant: se coltiner l’initiation érotico-sociale d’une gentille grue et l’initiation sentimentale de Monsieur-je-suis-parfait-mais-je-ne-mérite-pas-d’être-aimé d’un côté; ou les efforts vains d’une mauvaise écrivaine pour faire passer son romantisme creux de supermarché de l’autre côté? Et le format audiolib n’aide en rien. Si ce n’est à confirmer que E.L.James a bien entubé son monde avec sa daube pompée de Twilight et surfant maladroitement sur une vague ménopornosée.

Parce que les supplices subis par Ana dans la chambre rouge, c’est de la noisette par rapport à l’écoute des vingt heures d’audiolib de Cinquante Nuances plus sombres. Avis à la populace avide de vinasse, faites péter le compact disc si ça vous chante mais préférez les activités manuelles à l’écoute passive, de préférence rien de fragile, rapport aux crispations hérissantes que peuvent provoquer les exclamations désolantes de l’héroïne, de même que ses « réflexions » d’une pauvreté inquiétante. Aux « Merde! » et « Bordel de merde! », « Oh mon Dieu ! », « Oh mon Dieu, il m’aime! » et autres « Waouw! » et « Waouw, il m’aime! »qui entachent chaque début de phrase, s’ajoutent les références incessantes à sa conscience et à sa déesse intérieure, fréquemment convoquées pour abrutir un peu plus le personnage Steele (avec des perles du style « Ma conscience secoue la tête de désapprobation » ou « Ma déesse intérieure se trémousse de désir »). Ecoute passive au fond du lit en tout cas déconseillée, sous peine de lever oculaire au ciel et de raclage de plafond par vos soupirs. De soupirs de désirs, par contre, il ne sera presque pas question, tant les malheurs de Justine façon bibliothèque rose annihilent ce qu’il reste de vos neurones et de vos hormones. A la limite, à force d’entendre l’héroïne se faire prendre aussi souvent, certaines sentiront-elles le désir monter en elles, surtout par temps de célibat forcé. Mais rien de plus. Ou alors la nausée.

Et la lecture de Séverine Cayron ne sauve rien. Car il n’y a rien à sauver. Comment exiger d’une lectrice, aussi bonne comédienne ou chanteuse soit-elle, de faire une lecture agréable d’un mauvais texte? Impossible. Surtout de tenir sur une longueur pareille: trois tomes, en narration subjective, du point de vue d’un seul personnage, insignifiant en plus, et écrit avec les pieds. Impossible. Et impossible du coup, de dire si Séverine Cayron s’en sort ou pas. Perso, je n’ai pas accroché à son interprétation, particulièrement tous les « Merde! » de début de phrase (paraît-il en plus que la version française est édulcorée). Mais en même temps, ces « Merde! » sont de telles inepties stylistiques que personne ne pourrait les prononcer avec assez de verve pour faire oublier leur inutilité intempestive.

Bref, à lire ou à écouter, la trilogie Cinquante Nuances reste à désespérer.
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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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