Edouard C. Peeters – L’horizon des événements

« En voyage d’affaires à Dubaï, un cinquantenaire désabusé voit son monde s’effondrer. Comme aspiré par un trou noir, dans un état second, il vit une brève parenthèse au Yémen, d’où il confie à son ordinateur portable ses regrets, ses doutes et ses délires. Il s’y adonne au qat, une plante chiquée pour son effet euphorisant et véritable institution en cette contrée. »

L’horizon des événements, monologue confus d’un carriériste en fin de parcours qui se confie à son ordinateur portable sous l’effet de la drogue, semblait être un livre des plus intéressants. Toutefois, si l’idée est originale, le style agréable à la lecture et la critique sociétale incontestable, il reste toutefois un « petit quelque chose » qui dérange

Tout commence sobrement avec un courrier électronique d’un mystérieux « J » à sa femme à propos de sa fête d’anniversaire prochaine mais cette correspondance laisse rapidement la place à des lettres, des mots qui s’enchaînent et dont le sens nous échappe et nous déroute. L’incohérence et l’incongruité de ceux-ci sont vite remplacées par des phrases plus élaborées qui nous révèlent vaguement la situation.

Nous apprennons alors petit à petit que nous sommes au Yémen, dans une chambre d’hôtel en compagnie de cet homme prénommé Jack et son ordinateur qu’il appelle M. Pressario. Jack est sous l’effet d’une drogue yémenite, le « Qat », depuis apparemment plusieurs jours. Cherchant vainement à vaincre la solitude qui le dévore, le trou noir qu’il sent l’engloutir sans un mot, il a vraisemblablement décidé d’entamer la rédaction d’un dialogue de sourds avec sa machine à partir de son traitement de texte.

Ce qui l’a amené là ? Fort heureusement pour nous, lecteurs impuissants, il a justement décidé de l’expliquer au seul public qu’il a, à savoir M. Pressario qui, de son côté, ne bronche évidemment pas. C’est ainsi qu’il commence à nous expliquer comment il est arrivé dans la suite minable de cet hôtel. Il nous explique ses choix, nous expose ses regrets, exprime ses pensées et ses considérations et surtout critique amèrement son mode de vie.

De fil en aiguille, nous arrivons à y voir plus clair et à dégager les tenants et aboutissants de ses considérations sur le monde actuel à travers ses élucubrations, ses délires, ses jeux de mots et ses répétitions insensées de junkie. Et ce n’est que lorsque nous pensons avoir enfin cerné le personnage qu’Edouard C. Peeters nous porte le coup fatal avec une série de courriels inquiets de sa femme ainsi que sa lucide réponse, clôturant brutalement le voyage chimérique de notre protagoniste.

Roman à forte connotation psychologique,  L’horizon des événements devrait théoriquement nous troubler, nous dérouter et surtout humaniser cet homme qui a favorisé sa vie professionnelle dans un monde capitaliste et sans scrupule à sa vie de famille. Et pourtant, ses divagations d’emblée nous perturbent et nous paralysent. Emmenés de force dans une course incompréhensible, nous nous évertuons tant bien que mal à récupérer toutes les pièces du puzzle qu’est son existence à partir de son discours pour le moins décousu et désordonné. De ce fait, nous n’arrivons malheureusement pas à ressentir la moindre empathie pour ce pauvre bougre qui, face à l’insignifiance de sa vie, n’a rien trouvé d’autre que de s’apitoyer sur son sort en se droguant à longueur de journée.

Stylistiquement très abouti, L’horizon des événements est un roman curieux et soigné. Toutefois, son écriture travaillée et son organisation textuelle complexe et recherchée n’arrivent pas à effacer ce sentiment d’inconfort voire d’indifférence que nous ressentons à l’égard de ce Belge quinquagénaire qui reste finalement un mystère, du début… à la fin.

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