« En sexe, comme en politique, à chacun sa version ! »

Combien de femmes peuvent dire honnêtement qu’elles arrivent à l’orgasme par la seule et unique pénétration ? Sérieusement. Et combien simulent face aux hommes et font semblant d’être satisfaites et épanouies devant leurs amies, craignant de passer pour des frigides, des « anormales » ? Au fait, une femme est-elle frigide parce qu’elle ne jouit pas d’avoir un mâle en elle ?

Les gens mentent comme ils respirent pour protéger leur dignité sexuelle. La course à la performance sous la couette angoisse les corps, inquiets de ne pas être à la hauteur. Il est socialement admis que la virilité de l’homme est de faire jouir sa femme avec son canon, tandis qu’elle retrouve toute sa féminité au contact de ce canon. Point. Ainsi, une femme qui ne sent pas de réel plaisir pendant la pénétration ne peut pas être normale, elle a un « problème », un dysfonctionnement.  Mais gare aux idées reçues ! Il semblerait, mesdames, messieurs, qu’il y ait des femmes vaginales et des femmes clitoridiennes.

Deux couples un peu bourgeois se réunissent une fois par mois pour jouer au bridge et boire du vin. Alors que la soirée avance, on commence à parler de sexe, gentiment, pudiquement. Et lorsque le sujet du plaisir de la femme surgit, la gêne est palpable, le terrain semble miné, peu exploité. Le vin désinhibe les langues qui se livrent aux aveux peu à peu, douloureusement. Mensonge après mensonge, la vérité pointe son nez.

Le sujet de l’orgasme de la femme, plus banalisé chez les jeunes, semble encore plein de tabous pour les générations de nos parents et grand-parents. Et qu’en est-il de l’éjaculation précoce ? Mardi soir, le public était composé majoritairement de couples plutôt mûrs à très mûrs. Les répliques provoquaient l’hilarité de la salle, comme si nombreux entendaient tout haut ce qu’ils pensaient tout bas sans oser en parler. Il est amusant de s’imaginer les conversations des couples après la représentation, une fois rentrés. Peut-être que suivent des engueulades, des aveux, des nuits torrides de redécouverte !

Christine Delmotte met en scène un huis-clos dans une boîte à sardines, la petite salle du Théâtre des Martyrs. Les personnages évoluent dans un espace scénique petit et contraignant, intimement proches de leurs spectateurs. Le cadre se prête aux confessions. A l’aide d’une projection qui rappelle un film de série B et quelques portes encastrées, le quatuor s’approprie le carré avec dynamisme et réussit à nous transporter de pièce en pièce.

Je mens, tu mens est une pièce coquine et divertissante qui pose quelques vérités sur la table. Sans incarner le manifeste de la prochaine révolution des mœurs et de la libération sexuelle, elle a le mérite d’ouvrir les discussions et de décoincer certaines idées reçues qui durent depuis bien trop longtemps. Femmes d’aujourd’hui, si vous voulez des arguments pour défendre votre « anormalité » on ne peut plus normale face aux hommes qui n’ont rien compris, emmenez-les voir cette pièce. Croyez-moi, vous êtes une foule à être « anormales ». Un conseil : vivons heureuses et épanouies. Osons la confrontation. Jouissons!

Je mens, tu mens

Reprise du 05/11 au 06/12 au Théâtre des Martyrs, Place des Martyrs 22, 1000 Bruxelles.

Infos et réservations sur le site du Théâtre des Martyrs ou par téléphone au 02 223 32 08

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Le théâtre est ce lieu où les consciences se rencontrent et se questionnent. Ce lieu où on rit, où on pleure, où on exprime sa colère et où on refait le monde tous les soirs.

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