En toute inquiétude

Dans la nouvelle vague des œuvres qui se plaisent à encenser le quotidien et la normalité d’une classe pauvre pourtant peu glamour, comme avec les livres L’élégance du hérisson de Muriel Barbery ou encore La liste de mes envies de Grégoire Delacourt, et de la mode des anti-héros, En toute inquiétude dresse le portrait d’une famille belge de petites gens qui se débattent avec la vie.
Très touchant dans ce seul en scène, Jean-Luc Piraux s’est inspiré de sa famille nucléaire telle qu’il la percevait dans son adolescence. Le tableau est coloré, chacun possédant un caractère propre et original, très bien révélé dans le jeu de l’acteur. On ressent tout de même une volonté d’en découdre avec le père, fil conducteur de la pièce, dont il décrit les faiblesses, les questionnements, les échecs, l’impuissance et son incapacité à sortir la tête de l’eau face à un monde en mouvement dont il ne maîtrise pas les rouages.
En filigrane, une volonté claire de questionner la vie elle-même, ce qui lui donne du sens, et la difficulté de concrétiser de ses désirs. Ou plutôt à l’impossibilité d’en avoir, de savoir ce que l’on veut réellement après avoir été endormi par la société et l’éducation qui étouffe dans l’œuf toute velléité de subversion.
Pourtant, ce qui ressort surtout de cette pièce, c’est la profonde solitude d’un homme largué par la vie, et ce qui pourrait être lumineux et drôle en devient sous cet angle pitoyable mais, malgré tout, dérangeant.
La réaction du public s’est néanmoins avéré très chaleureuse, chacun riait de bon cœur, mais n’était-ce pas davantage pour défier la peur que peut réveiller en tout homme les angoisses profondes de ne pas se réaliser, de ne pas être à la hauteur de ses ambitions, de ne pas trouver sa place dans la société ou un sens à sa vie ? Ou simplement riait-t-on de soulagement d’avoir été épargné par ce genre de misère et de mieux apprécier sa vie à travers ce prisme ?
La pièce a le mérite de désacraliser l’image du pater familias, d’humaniser l’homme, balancé entre une pression sociale qui attend de lui force, courage et ambition, et ses propres limites. Un sujet qui reste particulièrement pertinent à l’heure actuelle qui voit la société changer plus vite que les générations avec tous les sacrifices humains et sociaux que cela suppose. Dommage que la mélancolie latente en retire la substance créatrice et réflexive, ne laissant la place qu’au divertissement.
Du 14/03 au  30/03 à 20h au Théâtre Varia, 78 rue du Sceptre à 1050 Bruxelles. Les tarifs varient entre 7 et 14 euros.
De et avec: Jean-Luc Pireaux.
Mise en scène : d’Olivier Boudon
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Attachée de presse bruxelloise, j’ai décidé de vous faire partager tout ce que je sais grâce à mon métier…

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