Encore un jour sans

« A la périphérie d’une grande ville, une friche. Au milieu de nulle part. Et c’est pourtant quelque part. Juste là en France, l’été, un hangar, une caravane, quatre personnages en quête d’ailleurs. Yarold et Anita qui voudraient s’aimer et n’y arrivent pas encore. Elle, serveuse, fatiguée. Lui, ligoté par la promesse faite à son père mort : s’occuper toujours de Simon, jeune débile au cœur tendre et de Magda, vieille femme au cœur malade. 
 
Encore un jour sans  fouille quelques instants la vie de ceux qui restent en permanence à la lisière. Sur la brèche. Quatre personnages marginalisés qui attendent sans savoir quoi, sans aucune certitude. Ils sont démunis face à leur avenir. Comment vont-ils sortir du hangar, lieu qui les unit et les sécurise? Ils vont prendre leur envol. Pour aller où ? C’est cette incertitude qui nous intéresse. »
Parce que des jours sans, on en a tous, parce qu’on rêve tous de l’herbe plus verte du voisin – même quand elle n’est pas plus verte –  et parce que les caravanes, c’est trop chic! (ah, non, ça, ça n’a rien à voir), cette petite pièce contemporaine nous intéressait autant qu’elle nous intriguait.

Résultat des courses?
J’ai oublié d’acheter des pommes! (Hum, d’accord, mon humour pathétique retourne dans son placard!). Plus sérieusement,  si divers points très positifs sont à relever, il reste quelques irrégularités, selon moi, qui empêchent le spectateur d’être totalement emporté et transporté par la pièce… Mais commençons par le positif, si vous le voulez bien! Le premier compliment va à l’auteur, Samuel Gallet, qui nous livre dans un murmure la vie fragile de quatre personnes démunies et torturées. Leur fardeau attaché fixement à la cheville, ils sont tous les quatre à la recherche d’une délivrance à travers une solitude fallacieuse, liés – en quelque sorte malgré eux – par les aléas de vie. Un texte profond et touchant, donc, ponctué de répliques puissantes et philosophiques qui nous permet de nous interroger sur cette petite brindille qu’est notre propre vie. Le deuxième compliment va directement à La Compagnie des Choses qui nous offre un décor très bien pensé aux aspects minimalistes et symboliques des plus touchants. Nous pensons notamment à l’arbre  qui se « construit » petit à petit à travers les dessins que Simon accroche au mur tout au long de la pièce. Cette récurrence donne un rythme certain à la pièce qui a la temporalité cyclique et lourde. Le troisième compliment, va, quant à lui, aux acteurs. Faisant preuve de beaucoup de professionnalisme, ces derniers présentent une grande force de voix (ce qui reste un point crucial au théâtre où il n’y a point de bouton permettant d’augmenter le volume sonore) mais aussi une qualité de jeu impressionnante, qu’il s’agisse  de la prestation de Céline Dely qui se dénude sans pudeur ou de celle de Renaud Triffault qui se rend tout bonnement insupportable par ses répétitions phrastiques et son entêtement d’attardé, d’Annick Gernez, poignante d’émotions ou encore de Julien Bouvard dont la gravité de ton fait vibrer toute la colère de son personnage.

Passons maintenant aux irrégularités. Ma première remarque est adressée à Samuel: toute histoire a son fil rouge, car chaque auteur a ses opinions et un message qu’il cherche à transmettre. Dans Encore un jour sans, le message, le fil conducteur est difficilement « cernable » au premier abord, pas suffisamment apparent. Si dans un livre ou un film, cela peut éventuellement être résolu par la facilité de retour sur le texte ou sur l’image, le théâtre se doit d’être plus « vulgarisateur » pour atteindre son but. En effet, peu de spectateurs font l’effort de ressasser une pièce jusqu’à ce qu’il en comprenne l’essence et le moteur. Ma seconde remarque va directement aux deux actrices. Pour la première, Céline Dely, mon observation concerne le personnage qu’elle incarne. Sans savoir s’il s’agit d’indications de l’auteur ou d’une interprétation personnelle, je trouvais le personnage d’Anita légèrement survolté. Qu’elle soit une pile électrique n’est pas un souci majeur mais la mise en exergue de cette attitude l’amoindrit, la rend plus factice, moins réelle, moins… complexe. Cela  est d’autant plus dommageable que Céline Dely semble être une actrice prometteuse, à la fois perfectionniste et ambitieuse! En ce qui concerne Magda, il s’agit plus de vraisemblance visuelle. Cette femme, à l’article de la mort, la peau jaune et les joues creusées, mystérieuse car cachée tout au long de la pièce débarque finalement presque comme une fleur, à peine « maladivement » habillée, grelottant légèrement et semblant tout juste sortir d’une petite grippe alors qu’elle n’a pas eu ses deux dernières piqures de morphine (qui soi dit en passant ne semble pas lui faire plus d’effet qu’un bonbon à la menthe).Nous sommes tous d’accord, c’est un détail mais un peu plus d’insistance sur le maquillage et le jeu de malade ne serait peut-être pas du luxe pour la prochaine fois!Je m’arrête ici en tirant tout de même mon chapeau à ces quatre acteurs aux talents non négligeables et en leur souhaitant bon vent!

Du 10/02 au 12/02/2011 au Théâtre Massenet (Lille)

De Samuel Gallet


Mise en scène : Céline Dely

Avec : Julien Bouvard, Renaud Triffault, Annick Gernez et Céline Dely
 
Pour plus d’infos sur le théâtre Massenet, cliquez ici!
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2 Comments

  • Je serais pour ma part ravie que cette analyse fine et amusante… soit, à tout le moins, précédée ou suivie d’une information sur la personne qui s’est épanchée auprès d' »internautes qui n’en ont rien à foutre », si j’ai bien lu. Savoir d’où l’on parle et qui l’on est peut représenter une sorte d’intérêt tant théâtral que tout simplement humain. Christine Pelletreau, attachée de presse – 06 07 19 00 08

  • Ma personne est brièvement présentée sur la page « présentation ». Si vous désirez plus de renseignements, vous pouvez m’envoyer un courriel à l’adresse du site à savoir nairaelerina(at)gmail.com.

    Bien à vous.

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