Quand les enfants du soleil brûlent les planches

La compagnie du Vendredi, dirigée par Christophe Sermet, joue Les Enfants du soleil aux Martyrs (dans le cadre de la programmation du Rideau) jusqu’au 20 mai 2017. C’est une pièce intemporelle, riche de tous les discours que son auteur Maxime Gorki fait entendre. La mise en scène qu’en fait Christophe Sermet met en lumière les personnages de cette pièce avec éclat. Bien que mus par des ambitions très différentes, ils aspirent à être ensemble. Christophe Sermet les confine sur la scène des Martyrs pour mieux faire entendre leurs souhaits, leurs soupirs, leurs souffles et leurs paradoxes.

Les dix comédiens de la pièce évoluent dans un décor jaune, comme un écrin lumineux. Cet espace de jeu est aussi très limité. Ainsi, les corps se touchent et se bousculent. Les comédiens sont très proches. Et cette proximité est double puisque la scénographie est linéaire et frontale : les comédiens n’ont pas d’autre choix que d’être proches du public. C’est un parti-pris du metteur en scène Christophe Sermet qui explique que ce dispositif crée du conflit, de l’énergie et stimule les comédiens.

Je les fais travailler dans un espace assez réduit, comme poussé vers les spectateurs.

J’aime beaucoup l’idée d’avoir, aujourd’hui, beaucoup de monde sur un plateau de théâtre, dans un espace volontairement trop exigu…

Dans cette version de la pièce de Maxime Gorki, les comédiens, les uns contre les autres, tournent autour d’une table. En effet, une longue table traverse la scène de cour à jardin et devient l’élément central de la mise en scène. Tous les personnages évoluent autour. Cet objet permet une multitude d’évocations et d’actions : la table sera tour à tour bureau de laboratoire, support artistique, lieu de discussion, barricade ou cabane protectrice. Dans un entretien avec Cédric Juliens (du 23 février 2014), Christophe Sermet s’exprime ainsi à propos de la table :

Lieu concret de débat et d’activités sociales ou culinaires, table de cuisine dilatée, agrandie, comme sous une loupe.

C’est le lieu de toutes les expériences… l’endroit où l’on dissèque l’avenir, où on le cuisine, le triture…

Le propos de cette pièce, écrite en 1905, l’année de la première tentative de révolution russe, est une longue discussion sur le monde. Tous ces personnages n’ont de cesse, chacun à sa manière, de refaire le monde. Protassov croit en la science alors que Vaguine mise sur l’art ; Melania rêve de refaire sa vie avec l’homme qu’elle aime pendant que la servante Fima s’en va rejoindre son fiancé. Il sera ainsi question des rêves et des angoisses de chacun, de leurs amours et de leurs rivalités, de leurs projets ou leurs regrets.

Les Enfants du soleil mis en scène par Christophe Sermet est une tragi-comédie qui oscille toujours entre deux pôles. De la cruauté à la douceur, de l’espoir au désenchantement. Les comédiens passent d’une bestialité effrayante à une humanité touchante. Ils se croient maîtres mais ne sont qu’esclaves ; ils confondent désir et raison.

Toute la subtilité de la mise en scène de Christophe Sermet est là : dans l’entre-deux. Il permet au spectateur de regarder ses dix personnages à la fois au microscope et au télescope, à la fois avec critique et enthousiasme. Sa pièce est à l’image de cette immense table centrale, qui, à une extrémité est recouverte par une nappe en tissu blanche et à l’autre extrémité par une toile cirée à fleurs. Les Enfants du soleil sont tout ça à la fois : l’innocence et la désillusion, la naïveté et l’amertume, le passé et l’avenir, l’ombre et la lumière.

Les Enfants du soleil brillent sur la scène du Théâtre des Martyrs, jusqu’au 20 mai 2017. Mais je voudrais rappeler que si les dix comédiens nous éblouissent, c’est aussi grâce à ceux qui restent en coulisses. Merci, donc à Simon Siegmann (scénographie et lumières), Maxime Bodson (création sonore et musique), Stefano Serra (création vidéo et régie générale), Brandy Alexander (dont les costumes sont remarquables de justesse) ainsi qu’à tous les autres.

Les Enfants du soleil
Jusqu’au 20 mai au Théâtre des Martyrs
De : Maxime Gorki
Mise en scèneChristophe Sermet, artiste associé du Rideau
Avec: Claire Bodson, Marie Bos, Iacopo Bruno, Vanessa Compagnucci, Gwendoline Gauthier, Francesco Italiano, Philippe Jeusette, Gaetan Lejeune, Yannick Renier et Consolate Sipérius

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