Eric Lammers : Une vie de…

Eric Lammers a commis un double meurtre dans les années ’90, ce qui lui a valu la perpétuité. En prison, il s’est mis à écrire. Des centaines, des milliers de pages. L’écriture l’a fait « oublier de s’évader » et lui a permis de goûter à nouveau à la liberté. Cet ancien membre d’un groupe d’extrême droite a contribué à une pièce radiophonique de France-Culture, lui permettant en 2002 d’obtenir sa libération conditionnelle. Ces pages écrites derrière les barreaux ont donné naissance à ce livre, Une vie de… , composé de cinq nouvelles (dont quatre ont été écrites en prison et une après sa libération).

Chacune de ces histoires a un sujet déroutant mais empreint d’une certaine poésie qui montre l’univers carcéral d’une façon différente. On suit par exemple le parcours d’un briquet rose, passant d’un détenu à l’autre, et l’enquête de son propriétaire pour le retrouver. Il est également question de canaris comploteurs, d’histoires de détenus, … Ces histoires fictives laissent entrevoir la vie des prisonniers dans cet environnement carcéral, loin des images des séries américaines avec leurs prisons remplies de gangs, de meurtres et du savon à ne surtout pas laisser tomber dans la douche. Il est question des conditions d’incarcération, de la lutte perpétuelle contre l’ennui par la création de routines. Les détenus rient, discutent, recréent une vie mais à côté de ça, il y a la difficulté de supporter cet emprisonnement. C’est autant la perte de liberté que le sentiment d’inutilité et la solitude qu’ils doivent surmonter quotidiennement. Certains y arrivent, d’autres dépriment, une poignée fini à l’asile. C’est tout cela qui transparaît au travers de ces histoires.

Au final, ce livre interroge la notion d’humanité. Est-ce qu’un criminel peut être considéré comme un humain comme les autres ? Est-ce qu’un meurtrier peut être un écrivain ? Qu’est-ce qu’on attend de la prison sur les détenus, les punir ou tenter de les remettre dans le droit chemin ?

C’est là l’intérêt essentiel : sous la forme de petites histoires simples, le lecteur est amené à réfléchir à des problématiques de société, à nos valeurs, aux images qu’on a du monde qui nous entoure. Le tout avec une légèreté et sans imposer aucune idéologie ou vision. Les 95 pages de ce livre se parcourent vite, mais s’immiscent et perdurent longtemps encore dans l’esprit.

« C’est pas pour être reconnu que j’écris, ce qui me pousse est plus profond, quand j’imagine que pour la première fois je serais autre chose qu’un criminel ».

Une vie de… d’Eric Lammers, Editions Weyrich, Collection Plumes du Coq, 100 p., 13 €.

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"Définir, c'est limiter" disait très justement Oscar Wilde (et non pas notre bon vieux Lascar Wilde).

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