La famille du collectionneur – Théâtre Le Public

Au Public, on a souvent de jolies surprises. J’ai un souvenir très net de ma joie au sortir de La Forêt il y a quelques années. Le Malade imaginaire de la saison dernière était également une belle réussite. On attendait donc un bon Goldoni au rythme enlevé pour commencer la saison… mais on a vu un spectacle ampoulé par une mise en scène lourdingue signée Daniela Bisconti.

D’un côté un collectionneur d’antiquités têtu et naïf dilapide l’argent de la dot de sa belle-fille dans l’achat de vieilleries sans valeur, se faisant berner par son serviteur ; de l’autre la bru et la belle-mère se querellent sans cesse, sous l’œil de la servante qui envenime les choses. L’intrigue est très – trop ? – simple, mais bien servie par des choix de mise en scène et de scénographie plus judicieux, elle aurait pu s’avérer efficace… Dommage.

La scène semble vide, elle souffre d’une scénographie superficielle qui surfe sur la vague de cette sauce moderne et épurée que l’on voit partout. Les comédiens font ce qu’ils peuvent, isolés et perdus dans un décor superbe mais pachydermique : un mur gigantesque et deux volées de marches qui ralentissent tout et contribuent à mettre en lumière le manque cruel de rythme et la mise en scène emphatique. C’est bien simple, passés les premiers effets de portes dérobées, rien n’est plus vraiment drôle et l’on s’ennuie rapidement.

Les comédiens, tous très bons, sauvent heureusement les meubles. On regrette seulement qu’Alexandre von Sivers soit seul sur l’affiche, le collectionneur n’a pourtant pas un rôle plus important que celui de sa famille dans cette pièce on ne peut plus collective…

Dans la série des fausses bonnes idées, il faut aussi nommer la recontextualisation. « Monter cette pièce en la situant au cours des années ’50 me permet d’exploiter une période plus proche de nous. », raconte Daniela Bisconti. No way ! Les années ’50, vraiment ? Dis donc, Daniela, tu nous prendrais pas un peu pour des abrutis avec tes potes scénographes, des fois ? Avec quelques bouts de tissus colorés pour les filles, des costumes de fonctionnaires pour les mecs, de la musique limite anachronique et deux ou trois spots de couleurs, t’as vraiment cru qu’on allait voyager dans le temps ? « Parler d’une société qui, au lendemain des privations de la guerre, s’épanouit dans “l’avoir” et “l’apparence”. J’y trouve une ouverture vitale sur le monde. » C’est très bien, Daniela, mais il est où dans tout ça, Goldoni ? Où est donc passé l’esprit drolatique, plein de fraîcheur, de mordant et de légèreté qui fait le charme des pièces de Goldoni ?

Les amis, si vous voulez du bon Goldoni, visionnez La Locandiera dans la mise en scène d’Alain Sachs, c’est tout de suite autre chose ! Malgré cette déception, car Le Public nous a habitués à mieux, on espère que ce n’était qu’un faux départ et que le reste de la saison n’en sera que meilleur !

La Famille du Collectionneur

Du 01/09/16 au 08/10/16 au Théâtre Le Public, 64-70 rue Braemt à 1210 Bruxelles.

Du mardi au samedi à 20h30 – Durée 1h45.

De: Carlo Goldoni

Adaptation et mise en scène : Daniela Bisconti

Scénographie et costumes : Thibaut De Coster et Charly Kleinermann

Avec Maroine Amimi, Aurélia Bonta, Toni D’Antonio, John Dobrynine, Emmanuel Guillaume, Manon Hanseeuw, Frédéric Lepers, Nicolas Ossowski, Valéry Stasser, Cécile Van Snick et Alexandre von Sivers.

Une production de l’atelier théâtre Jean Vilar avec la participation du Centre des Arts Scéniques.

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