Fernand Léger ou l’art contemporain qu’on aime

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Le Beau est partout, dans l’ordre de vos casseroles, sur le mur blanc de votre cuisine. C’est avec cette citation de Fernand Léger que commence l’exposition consacrée à l’artiste français (1881-1955) à Bozar jusqu’au 3 juin. Que l’on aime la modernité ou pas, qu’on la comprenne ou pas, qu’on soit sensible à l’art ou qu’il nous laisse de marbre, l’exposition ne laissera personne indifférent, c’est certain.

Un artiste extra-ordinaire

Fernand Léger, sans jamais pouvoir être réduit à une étiquette, a su se réapproprier le 20ème siècle tant d’un point de vue artistique, qu’historique. D’un point de vue artistique en raison des mouvances modernes qu’il va essayer, tantôt du bout du pinceau tantôt en les réinventant. D’un point du vue historique ensuite puisque trois années dans les tranchées lui ont fourni la matière de ses œuvres des années d’après-guerre ainsi que les profonds changements auxquels la société française est alors confrontée.

Fernand Léger © D.R.

Il serait réducteur de limiter l’œuvre de Fernand Léger à des périodes. Sa pratique est bien plus que cela : elle s’enrichit de ce que l’artiste constate, voit, vit. Avec ferveur et passion, il se fait le porte-parole des découvertes, mutations et traumatismes du 20ème siècle.

La Noce (1912), œuvre manifeste du mouvement cubiste, pourrait classer l’artiste dans le cubisme. C’est son expérience de la guerre ainsi que sa passion pour Cézanne que l’on retrouve alors dans ses toiles. Le sujet se morcelle, sa palette joue sur les contrastes. Parallèlement à cette démarche, il esthétise tout ce que la modernité a offert à la ville : sigles, panneaux, pictogrammes qui s’immiscent dans ses œuvres.

Mais là encore, il nous échappe, sa pratique s’élargit dès 1916. Il découvre le cinéma et c’est pour lui une révélation. On le retrouve avec son film Ballet mécanique de 1924 qui explore l’esthétique du gros plan, sans se soucier d’une narration quelconque.

Plus tard, on retrouve Léger là où on ne l’attend pas : au cirque, au bal, au music-hall (Le jongleur et les acrobates, 1943). Le corps se fait objet et cet objet est beau : Léger n’hésite pas à jouer avec la réalité afin de rendre au corps toute sa dimension plastique. Cette dimension esthétique, il la place également dans chaque objet, chaque détail qu’il ramasse au gré de promenades avec Charlotte Perriand qu’il rencontre en 1930.

Si le Beau est partout, alors il faut que celui-ci investisse chaque espace public. Cet impératif, il le ressent depuis les années vingt. Qu’on ne l’oublie pas, sa formation est d’abord celle d’un apprenti-architecte. Vitraux, œuvres destinées à l’espace public, Fernand Léger fait partie de ces artistes qui estiment qu’il est du devoir de l’art d’être accessible à tous. Sa collaboration avec Le Corbusier en est d’ailleurs la preuve évidente.

Que dire de l’engagement de l’artiste ? Cet engagement, il l’éprouve depuis toujours : depuis ses croquis des tranchées qui se font l’écho de la guerre à sa tentative d’adhésion au parti communiste. Fernand Léger prône des valeurs humanistes tout en soutenant l’éducation pour tous. Exilé en 1940, il tentera d’adhérer au parti communiste en 1945. Il s’oppose toutefois à la froideur et l’instrumentalisation du réalisme-socialiste en faveur d’un art pour tous. Cette opposition, on la ressent dans l’accueil mitigé réservé à sa toile monumentale Les Constructeurs (1950) qui se différencie nettement du réalisme-socialiste du parti.

Immersion et sérénité de l’exposition

Le lieu d’exposition est conçu comme une véritable promenade à travers le travail de l’artiste. De ses débuts (gros coup de cœur pour La couturière) à une de ses plus grandes œuvres Les constructeurs (1950), le visiteur aura l’occasion d’explorer tous les domaines qui ont intéressé Fernand Léger : le cirque, la photographie ou encore le cinéma. Pas d’empressement, pas de surcharge d’informations, ni d’œuvres : tout est fait pour que le visiteur prenne son temps et puisse s’imprégner non seulement des œuvres, mais aussi un peu de l’âme de cet artiste hors de l’ordinaire moderne.

 

Fernand Léger – Le Beau est partout, jusqu’au 3 juin à Bozar

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