Festival Américain de Deauville: Magie, effets spéciaux, recettes et femmes sensuelles au menu de ce 40eme anniversaire!

Depuis 1975, et malgré des débuts timides, les monstres sacrés d’Hollywood ont pris l’habitude de venir en septembre en Normandie.

De Bette Davis à Julia Roberts ou Al Pacino, de Sharon Stone à Grégory Peck, de Michael Douglas à Brad Pitt, le Festival américain de Deauville réserve chaque année son lot de belles surprises.

Si cette année, l’annulation en dernière minute de la venue de James Cameron a quelque peu desservi le Festival à l’aube de sa 40ème édition, l’absence du réalisateur hollywoodien a finalement été compensée par la présence d’autres personnalités à commencer par la plus adorable et abordable des actrices américaines, Jessica Chastain. L’actrice américaine, à qui le Festival avait décerné en 2011 le Prix Hollywood alors qu’elle était encore peu connue, a ainsi rendu un vibrant hommage à la France en soulignant qu’elle adorait le cinéma français « dont les réalisateurs, auteurs, acteurs et actrices l’inspiraient et en particulier, Isabelle Huppert, son actrice préférée » (avec laquelle elle partage l’affiche du film The Disappearance of Eleanor Rigby, présenté au festival).

Mais cela était sans compter, les invités de dernière minute comme la rock star Mick Jagger. De mémoire de Deauvollais, on n’avait encore jamais vu un tel périmètre de sécurité pour la venue d’une star en Normandie. Venu pour la promo du biopic sur James Brown, Get on up, dont il est le producteur, Mick Jagger (fan inconditionnel de Mr Dynamite!) a fait son show et électrisé le tapis rouge.

Pierce Brosnan, pour sa part, est venu présenter en avant première le film d’espionnage November Man de Roger Donaldson.

La Master Class donnée par John McTiernan, réalisateur de Piège de Cristal (dont les scènes d’action tonitruantes à l’intérieur d’une tour de verre ont transformé le genre fin des années 80) et spécialiste des effets spéciaux, s’est imposée comme l’événement du premier weekend festivalier. Depuis ses déboires judiciaires (une affaire d’écoutes illégales sur des différends avec son producteur, Anthony Pellicano, sur le tournage de Rollerball en 2002), on s’inquiétait un peu pour celui qui reste un symbole et qui a réalisé les plus grandes superproductions hollywoodiennes de ces 30 dernières années. Depuis sa sortie de prison en février dernier, on entretenait tous le rêve d’un retour prochain de McT. Rêve réalisé puisque le réalisateur était à Deauville (« C’est agréable de revenir parmi les vivants!« ) et que 11 ans après Basic, son dernier film, il a confirmé le tournage prochain de Red Squad.

Nous voilà donc rassurés sur l’avenir du cinéaste, et si Hollywood l’a laissé tomber (il n’a pas hésité à fustiger « une industrie en manque d’imagination et d’audace »), sa soif de cinéma est toujours vive.

Malgré une déception quant au choix du modérateur (Vincent Malausa, critique aux Cahiers du Cinéma et chroniqueur au Nouvel Observateur qui a préféré théoriser plutôt que donner la parole au cinéaste), le réalisateur américain est revenu longuement sur l’art de la mise en scène et a livré des anecdotes de tournage.

En 1990, encore loin de la révolution numérique, il a commenté l’impressionnante scène d’ouverture du film À la poursuite d’octobre rouge  pour laquelle il a fallu construire le sous-marin pour quelques plans seulement…

Il est également revenu longuement, loin des règles classiques, sur son art du montage (avec deux points de vue différents) à travers quelques extraits qu’il avait lui-même choisis (précisément les mêmes que ceux choisis pour sa Master Class à la Cinémathèque Française) à savoir: Predator, une journée en enfer ou la dernière séquence de Thomas Crown qui reste le film dont il est le plus fier: « Thomas Crown est le film qui aujourd’hui me rend le plus heureux , le plus euphorique… mes autres films, je les trouve embarrassants… ».

Avec Piège de Cristal, loin des théories des manuels sur la place de la caméra, John McT a révolutionné les principes de montage dans les scènes d’action: « le plus simple c’est que la caméra soit là où le personnage est, cela afin de faire adhérer le spectateur au point de vue du héros et de faire vivre le spectateur avec ce héros ».

Si stars il y avait bien cette année, films il y avait surtout car on vient aussi à Deauville pour cela!

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L’événement qui a attiré les festivaliers dès l’ouverture, c’est la première projection en France de Magic in the Moonlight, la dernière comédie romantique de Woody Allen qui se déroule dans les années 20 en France (sortie en France le 22 octobre) et qui a lancé cette 40eme édition dans une ambiance magique et jazzy. Entre La rose pourpre du Caire, Minuit à Paris et Le sortilège du scorpion de jade, ce cher Woody a ressorti sa baguette magique avec cet hommage au surnaturel. Ce n’est n’est pas le meilleur film du cinéaste new-yorkais mais cette belle allégorie sur l’illusion et le coup de foudre reste une agréable romance et prouve que à près de 80 ans, la magie Allen opère toujours!

Au contraire du film de Lasse Hallström (produit par Steven Spielberg)  qui, à défaut de nous donner Les recettes du bonheur nous a offert un film consternant pour ne pas dire douteux sur l’art culinaire. Pâle copie évidente du sublime Ratatouille des Studios Pixar: les rats sont ici remplacés par … des Indiens tout juste débarqués en France. Parmi eux, Hassan, génie culinaire (Remy chez Pixar) devra affronter la grande et hostile gastronomie française (Gusteau dans le dessin animé) ici incarnée par Helen Mirren… Ajoutez à la recette (qui ne prend pas) une vision rétrograde d’une France carte postale et clichée, sans oublier une cuillerée de téléphones en Bakélite, une pincée de robes à carreaux (portées par Charlotte Le Bon), des bérets et paniers en osier, des DS et Méhari sans oublier un zeste d’Aznavour à l’ensemble, et vous obtiendrez cette comédie non indispensable…

L’autre événement sur les planches était la suite très attendue de Sin City, 8 ans après la sortie du premier opus. Frank Miller, scénariste, dessinateur et créateur de la BD (physiquement très diminué et visiblement très malade) a assuré la promotion de Sin City: J’ai tué pour elle qui sortira en 3D le 17 septembre. Les différents changements au sein de Miramax (le départ des frères Weinstein), le décès de certains acteurs (Brittany Murphy qui incarnait Shellie) ont ainsi longtemps retardé le tournage de cette suite. Fan inconditionnel de Frank Miller, c’est sur le tournage de Spy Kids en 2003, (un des premiers films tournés intégralement en numérique 3D) que Robert Rodriguez (réalisateur du film) a réalisé que cette technologie sur fond vert pourrait correspondre à l’univers audacieux et à l’aspect graphique de la BD. Le spectacle vaut le détour sans être pour autant inoubliable. Noirceur, humour, vengeance et séduction sont au rendez-vous pour cet hommage aux films noirs. Une esthétique inégalable, un casting de rêve (Eva Green en amante passionnée et femme fatale manipulatrice dénudée ou encore le rodeo topless de Jessica Alba devraient sans aucun doute marquer les esprits), une ville où les femmes belles et puissantes font la loi, mais voilà ça s’arrête là. Bijou cinématographique et véritable prouesse technique en son temps, ce nouvel épisode surprend moins et marque de toute évidence une grande faiblesse scénaristique…

Les films de la compétition étaient éclectiques, allant de White Bird de Gregg Araki, figure du cinéma underground américain (portrait d’une adolescente qui devient femme et qui découvre sa capacité de plaire face à une mère envieuse) à Un homme très recherché d’Anton Corbijn, adaptation réussie de John LeCarré, film d’espionnage efficace sur la paranoïa et la psychose post 11 septembre 2001. A Hambourg, s’engage une course contre la montre à la poursuite d’un homme très recherché dont on ne sait que peu de choses: il vient de Tchétchénie et il est musulman…On nous brouille les pistes, on nage sans cesse en eaux troubles dans ce thriller (dernier film de Seymour Phillip Hoffman) dont l’énigme est d’élucider le mystère de cet étrange réfugié, victime née ou appât rêvé?

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Si le Grand Prix et le Prix du Public ont été attribués à Whiplash (déjà remarqué à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes et à Sundance) qui retrace la vie d’un batteur de jazz, le jury (révélation Cartier) a aussi récompensé le très « arty » et « expressionniste A girl walks home alone at night d’Ana Lily Amirpour. À Bad City, la ville de tous les vices, débute une histoire d’amour entre une jeune vampire et un jeune dealer d’extasy; deux marginaux qui ont comme point commun d’aimer la nuit. Le sujet et l’esthétique très (trop) appuyée de ce film fantastique en noir et blanc, à défaut d’originalité rappelle malheureusement (trop!) les errances nocturnes de Jarmusch ou l’héritage lynchien…

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A noter cette année, la création d’un prix spécial 40ème anniversaire remporté par le film Things people do de Saar Klein (monteur de Terrence Malick dont c’est ici le premier film) avec l’excellent mais trop rare Wes Bentley (révélé dans le rôle du voyeur dans American Beauty  et bientôt à l’affiche de Interstellar de Nolan) qui incarne un bon père de famille en rupture suite à la perte du jour au lendemain de son travail. De petits mensonges en tentatives de cacher la vérité à ses proches, il finit par rentrer dans l’illégalité et va passer du rôle de mari parfait à celui de petit délinquant pour survivre et faire vivre sa famille. La crise n’en a pas fini d’inspirer le cinéma américain. Si le film débute sur une image du bonheur (une famille aux abords d’une piscine ensoleillée), Things people do est clairement une critique du rêve américain à travers le parcours de cet homme brisé et endetté qui refuse de déclarer forfait pour conserver ce qui est le plus important à ses yeux: la famille. Ce film questionne sur la responsabilité de chacun face aux siens, la cohésion familiale et la confiance entre époux. Le thème familial a tenu cette année une bonne place à Deauville dans les films en compétition.

Chaque année, Le Festival de Deauville offre aux fans de cinéma américain de belles surprises cinéphiliques en invitant les grandes figures du cinéma américain. A la cérémonie d’Ouverture, Lionel Chouchan, fondateur du Festival, a d’ailleurs rendu un vibrant hommage à Lauren Bacall et Robin Williams qui étaient venus au festival il y a quelques années.
Cette année, ce sont les premiers films de jeunes réalisateurs inconnus qui ont été récompensés. Cela prouve qu’après avoir révélé Spike Jonze, Gus Van Sant, Jeff Nichols ou Paul Haggis, Deauville reste le festival des cinéastes de demain !

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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