Festival Anima 2015 – part 1

Husiti (Pavel Koutsky, 2013)

image 2

A l’aube du 15e siècle, la couronne du royaume de Bohème est vivement convoitée. Deux rois voisins assez lâches sont manipulés par un félon qui ne l’est pas moins. Il engage deux nigauds, espérant que leur talent de looser servira bien l’un des partis mais ils deviennent malgré eux des héros. 

Plaisante comédie sur l’histoire tchèque, réalisée par un cartooniste réputé pour ses gags politiques. Le film se sert de l’argument historique pour livrer avant tout une parodie du monde de la pub. Les deux nigauds, ayant involontairement des capacités extraordinaires pour manipuler la foule – particulièrement abrutie dans ce film -, transforment à plusieurs reprises des anonymes en superstars. Le réalisateur, en réinterprétant ces évènements historiques, s’inscrit ainsi dans la vague des courants idéologiques qui d’après lui font leur beurre de ce moment charnière de l’histoire.

Le film, dont la légèreté et la moquerie générale sont pleinement assumées, n’est malgré tout jamais vraiment drôle, les gags ne volant pour la plupart pas bien haut et les références à l’histoire m’étant personnellement étrangères. Quelques allusions anachroniques par-ci par-là et un peu d’autodérision (« les Tchèques n’aiment que les héros morts ») rendent pourtant le film assez sympathique. La réalisation quant à elle, se contente du minimum syndical et le dessin est particulièrement insipide.

Until Sbornia Do Us Part (Otto Guerra et Ennio Torresan Jr, 2013)

3

A une époque indéterminée, l’île de Sbornia, séparée du reste du monde par un isthme bouché par une éruption volcanique, vit en complète autarcie et a développé une série de coutumes étranges. Lorsque le mur éclate, l’île se retrouve au contact de la civilisation pour le pire et pour le meilleur.

Film brésilien assez jouissif dans sa réalisation ingénieuse, grotesque et complètement barrée qui rappelle la folie de la belle époque (j’ai nommé les années 70). Une vraie identité graphique, des personnages et des situations drôles, un pitch plutôt fou, le film aurait pu être excellent si le scénario n’était pas aussi prévisible et finalement assez conventionnel. L’histoire consistant globalement en deux éléments : l’appropriation de l’île par un industriel mégalo qui veut exploiter la ressource principale, à savoir une plante hallucinogène, et une histoire d’amour impossible entre la fille de cet industriel et un musicien barjo. A partir de cela le film oscille entre ces deux lignes mais c’est l’histoire d’amour, drôle mais vue mille fois, qui occupe tout de même la majeure partie du récit. On aurait aimé que cette folie visuelle se propage également dans la structure scénaristique. Mais bon, ne faisons pas trop la fine bouche, le film est bien. Mention particulière aux transitions des séquences, qui sans atteindre la perfection de celles du Tintin de Spielberg, sont tout de même assez bluffantes par moments.

Extraordinary Tales (Raul Garcia, 2015)

4

Un film à segments qui met en scène cinq nouvelles bien connues d’E.A. Poe. Chaque nouvelle étant prétexte à un style graphique différent.

Malgré la bonhomie sympathique du producteur du film, visiblement très investi dans le projet, il n’y a malheureusement pas grand chose à sauver dans ce film parfaitement inutile. Pourquoi vouloir remettre en scène des histoires archi-connues comme La Maison Usher ou The Tell-Tale Heart (Mais si ! L’assassin hanté par les battements de coeur de sa victime) sans prendre la peine d’y apporter une quelconque forme de nouveauté ? Ça m’échappe un peu…En tout cas que dire de ce film ? Qu’il s’agit d’adaptations très littérales sans pour autant suivre le texte mot à mot, qu’il y a des voix-off permanentes assez lourdingues malgré le casting tout à fait incroyable (Christopher Lee, Guillermo del Toro et même Bela Lugosi, ressuscité par une improbable archive 50’s retrouvée) et que les graphismes glissent du pire au pas mal selon les segments, avec une belle apothéose de laideur dans les inutiles scènes de transition, dialogue abscons et inutile entre E.A. Poe incarné en corbeau et une morte-vivante dont l’identité m’échappe. Des adaptations de Poe il y en a eues, certaines sont des chef-d’oeuvres (allez voir celle de La Maison Usher par Jean Epstein) mais l’alchimie avec le cinéma d’animation aurait demandé un brin plus d’imagination qu’une voix célèbre calée sur des images fortement impersonnelles. Passez votre chemin donc…

Dernière porte au sud (court métrage, Sacha Feiner, 2014) :

5

Adaptation légèrement « timburtonesque » mais pas trop d’une bd culte de Philippe Foerster, dessinateur chez Fluide glacial. Dans un noir et blanc stylisé expressionniste, un petit enfant malsain à deux têtes se perd dans des dédales infinis de couloirs afin d’y trouver la vérité du « monde d’en haut ». L’ambiance mi-glauque, mi enfantine est délicieuse, même si la narration en voix off par un enfant est omniprésente et fini par alourdir un peu ce qui reste tout de même un excellent film d’horreur métaphysique.

Le festival continue jusqu’au dimanche 22/02. Le programme ici.

Tags from the story
,
Written By

Cinéphile farouche, monteur et vidéaste pittoresque

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *