Festival Anima 2015 – part 2

Rocks in my Pockets (Signe Baumane, 2014)

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La vision de l’ensemble de l’oeuvre de l’artiste lettone Signe Baumane m’a bien déçu. Je ne connaissais qu’un seul film, Birth, un court de 2009 sur la peur d’enfanter qui m’avait extrêmement impressionné par la maturité du propos, les inventions visuelles audacieuses et l’humour décalé. Je m’attendais donc à voir des choses du même niveau… Or lorsqu’on regarde sa filmographie complète et dans l’ordre chronologique, l’on s’aperçoit que c’est seulement à partir de Birth que Baumane trouve sa voix, développe un style et un univers beaucoup plus consistant, balayant ainsi la potacherie vaguement féministe et très superficielle des courts précédents qui n’ont vraiment d’intérêt que la perception de certains thèmes et obsessions qui reviendront ensuite, comme le rapport parent-enfant et la confrontation à la maladie (et donc surtout aux médecins, particulièrement amochés dans ces films).

A part un clip oubliable mais intéressant car Baumane y développe pour la première fois son utilisation de décors ou d’objets réels mélangés au dessin animé, plus rien ne sépare Birth de Rock in my Pockets, son premier long métrage dont il faut parler maintenant. Ce sera malheureusement vite fait car le film m’a laissé à peu près complètement froid. Le passage du court au long semble avoir été un pas de géant trop important pour Baumane car le film, extrêmement ambitieux, loupe le coche et plonge le spectateur dans une hébétude peu appréciable. La réalisatrice tente une autobiographie complète, traversant les générations pour s’interroger sur sa propre folie à travers celle de sa grand-mère puis de sa mère et ainsi sur son destin plus ou moins inéluctable de femme dérangée. Comme je l’ai dit, le film utilise donc un mélange assez unique de dessin animé et d’objets réels, donnant un aspect bricolé légèrement kitsch plutôt intéressant. Le gros problème, c’est que Rocks in my Pockets bat tous les records avec une voix off peu agréable (sa propre voix je pense) interrompue pendant une heure et demie. Si vous avez lu mon article précédent ou d’autres, vous savez peut-être que je ne suis pas un grand partisan de cette technique narrative, elle est ici poussée à un tel niveau qu’il est à peu près impossible de rentrer dans le film même un court instant. Le bavardage intempestif et finalement très peu comique, ce qui étonne quand on connaît les films précédents ou qu’on écoute parler Baumane (qui semble une fille géniale et drôle au demeurant), trace une barrière infranchissable entre le film et son spectateur. Privé de la moindre respiration, ce dernier finit par suffoquer et sortir la tête de l’eau, à savoir lâcher le film. Dommage…très dommage, d’autant que ce travail sur la narration semble avoir un peu gommé les qualités visuelles symboliques qui faisaient la force de Birth et de tout film en général : montrer plutôt que dire…Mais peut-être est-ce moi qui me suis assoupi.

New Sounds from Latvia + Dutch Delights

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Je mets ensemble ces deux programmations car même si elles ont peu de rapports directs – l’une est une compilation de films lettons, l’autre de films hollandais – les deux m’ont semblé avoir des forces et des faiblesses communes… même si j’ai eu une grosse préférence pour les Hollandais. En effet ces films, tous sans dialogues (ce qui n’est pas plus mal après la soupe de mots de Rocks in my Pockets), portent en eux le problème inverse : l’absence d’une narration qui tient. En effet, il n’est pas si évident que ça de raconter une histoire sans la moindre parole et c’est un peu ce que je reproche à ces deux programmes, extrêmement intéressants visuellement (les films lettons très portés sur le graphisme utilisaient principalement le dessin de manière très originale, les films hollandais partaient plus dans tous les sens mais développaient toujours la technique de façon particulièrement bluffante) mais dont les scénarios étaient chaque fois très inaboutis ou, comme souvent, pauvrement superficiels.

Mention tout de même à deux films hollandais et non des moindres, le Lonely Bones du génial Rosto que je serais bien incapable de résumer mais qui fait partie des utilisations les plus personnelles de la 3D que je connaisse avec un univers très dark métal ultra-réaliste et spectaculaire de bout en bout, renforcé par des créations sonores du même acabit (et du même bonhomme) et le non moins obscure mais tout aussi fou Chase d’Adrian Lokman dont la spécialité est, quant à lui, de créer des histoires avec en tout et pour tout, des particules 3D triangulaires qui remplacent personnages et décors dans un tourbillon visuel peu commun.

Pos Eso (Sam, 2014) :

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Apparemment inspiré d’un personnage réel, le film raconte comment une ex-danseuse de flamenco voit son fils devenir un être maléfique possédé par le Diable et comment celle-ci tente de le guérir par tous les moyens jusqu’au recours à une vieille gitane puis à un exorcisme par un prêtre déchu.

Peu de choses à raconter sur ce film peu original mais relativement plaisant si ce n’est qu’il s’agit d’une parodie en patamod de L’Exorciste avec des gags « potachissimo » et beaucoup d’hémoglobine. De ces délires, on rira plus ou moins selon son rapport à ce genre d’humour ; on s’amusera peut-être plus face à la satire des traditions et des valeurs espagnoles et particulièrement devant la charge féroce que le film dégage contre la religion catholique et le rapport à la famille. Oubliable mais sympathique.

Le récapitulatif du programme est ici.

Written By

Cinéphile farouche, monteur et vidéaste pittoresque

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