Festival d’Avignon 2017 : Talents, soleil et découvertes surprenantes

Cette année, c’était la 71ème édition du Festival d’Avignon, créé par Jean Vilar au sortir de la Guerre. Mais aussi la 52ème édition du Festival « Off », qui s’est construit autour de ce premier Festival ! Et dans ce Off, acheter un ticket, aller voir un spectacle, une comédie musicale, une pièce de théâtre ou un one-(wo)man-show, parmi les 1300 présentés dans toute la Cité des Papes, c’est être positivement surpris. Ce mois de juillet en Avignon, les shows se font jusque dans la rue du matin au soir. On y voit des théâtres s’ouvrir ponctuellement pour le Festival et les rues sont pleines de public et d’artistes faisant eux-mêmes la promotion en rue. C’est certain, il y a plus d’affiches que de gens dans les rues, en ce lieu aux allures de Moyen-Âge des bords du Rhône !

Des artistes de tous les niveaux de notoriété

Ce rendez-vous des acteurs, chanteurs, metteurs en scène, producteurs artistiques, journalistes culturels est devenu une véritable opportunité de se faire connaître dans le milieu des arts de la scène.

C’est également un passage presqu’obligé pour les acteurs confirmés. Oui, il y avait aussi quelques grands noms à Avignon. Alex Vizorek, Constance, l’ex-ministre Christiane Taubira dans un feuilleton honorant « ses » grands écrivains et bien d’autres. Culture Remains s’est penché sur quelques-uns d’entre eux pas piqués des hannetons !

Croissance reviens !… Un spectacle qu’on « consomme » tout en rire et intelligence

Voilà une autre surprise de ce Festival d’Avignon Off ! Le spectacle commence dans la rue. On est déjà surpris par l’audace. Le sous-cardinal de la « Sainte-Eglise de Consommation » nous parle et désigne les riches et les pauvres, ceux qui auront le droit d’être au premier rang, ceux qui devront se tasser à l’arrière. Il nous rappelle que nous sommes tous filmés et probablement fichés S dès à présent, en voulant aller voir ce spectacle. A l’intérieur, la messe continue, le grand PAP40 arrive et il faut l’acclamer. Son crédo c’est : « travaille, obéis, consomme ». Bourré de marques et de signes ostentatoires repris de l’église et modifiés avec humour, le PAP40 invite ses fidèles à lever le majeur et déclamer en cœur « Amen… ton pèze ! ». Pour l’onction, il dégustera tout seul un burger, parce que partager, ce n’est pas une chose honorable pour les croyants du capitalisme. Gare à ceux qui résistent et qui daignent remettre en cause ses préceptes et ses paroles, « ces traitres à la consommation, cette graine de gauchistes ». Il les exorcisera à sa manière…

Un spectacle qui fait réfléchir sur la société de consommation, qui cerne toutes les tentacules qu’a le système capitaliste, des rapports nord-sud à récupération de sa contradiction (avec e.a. le capitalisme vert) en passant par l’exclusion des non-consommateurs.

Mise en scène d’Aurélien Ambach Albertini
Avec Alessandro Di Giuseppe et Aurélien Ambach Albertini
Production de la Compagnie Triple A
Au Festival d’Avignon du 6 au 30 Juillet 2017 à La Maison IV de Chiffre, 26 rue des Teinturiers
Et puis en tournée en France. Découvrez les dates sur le site de la Compagnie Triple A

Le roi de haut en bas, une pièce qui prouve que rien ne dure !

Tout va pour le mieux pour ce roi, il est « en haut ». Il a sa femme, sa belle-sœur et sa belle-mère à son service quand il rentre à la maison, chaque soir. Ce roi n’est en fait qu’un un cadre adjoint, le trait d’union entre les décideurs et les décidés dans son entreprise. Mais qu’importe ! Il a la grosse tête et s’habille en costume jaune flash pour montrer sa singularité, quand les femmes qui l’entourent sont tout en noir. Il se croit « indispensable, irremplaçable ». Résultat : il est macho, égocentrique, prétentieux. Et puis, ça se corse. Les jours passent et la vie change inexorablement. Sa femme a trouvé un boulot. Elle n’est plus aux petits oignons à domicile pour lui, ne lui change plus l’eau de sa bassine qui apaise ses pieds gonflés en fin de journée. Et dans sa boîte qui allait si bien avant, le branle-bas de combat s’annonce et des dommages collatéraux arrivent à l’horizon.

Au finish, le roi est « en bas ». Les rôles se sont inversés. Les membres de la famille se sont libérés de sa tutelle. Il n’est plus indispensable. La vie continue.

Une pièce subtilement interprétée par des acteurs d’une troupe d’amateurs talentueux et qui montre que le pouvoir n’est qu’éphémère… au sein de l’entreprise comme au sein du ménage. On sait que le Festival d’Avignon est l’occasion de découvrir des mises en scène de qualité, en voici une.

Texte de Guy Folssy
Mis en scène par la Compagnie Tarado

Gerbes d’amour : Constance présente son nouveau spectacle drôle et corsé à Avignon !

Constance a fait un burn-out. D’ailleurs, les médecins l’avaient prévenue : « Il faut vous reposer ! »… Mais elle n’a pas écouté… Elle est remontée sur scène pour pousser la chansonnette et amuser la galerie. Ce sera sa thérapie personnelle… au grand bonheur du public présent ! Au menu: des situations tragiques de la vie décrites avec son humour tant noir que décalé, et la musique jouée par Marie Reno qui lui donne également la réplique.

Et à grands coups de dérision face à des situations tragiques de la vie comme le viol « dans le RER B », les conséquences néfastes de la jalousie, l’hypocrisie qu’on retrouve parfois dans le milieu des artistes du « show-biz », la violence conjugale (qui plaît beaucoup à la princesse qui trouve ça charmant) ou les ravages de l’alcool.

Constance et Marie Reno n’en sont pas à leur coup d’essai ! En effet, on a pu apercevoir Constance chez Ruquier ou sur scène avec Marie Reno dans Partouze Sentimentale, spectacle qu’elles ont créé ensemble,… Marie apportant la bande-son au texte de Constance.

Gerbes d’amour est, disons-le, un « two-women-show » où l’on rit de bon cœur, de rebondissement en rebondissement. Constance et Marie Reno nous offrent des sketchs d’une drôlerie absurde et piquante, des chansons humoristiques (dont une composée par Didier Super, qu’elles interprètent en clin d’œil). Et au fond, c’est ça que Constance appelle les Gerbes d’amour.

L’ambiance, malgré tout bon enfant, nous fait ressortir le sourire aux lèvres au sortir du show, et c’est ce qu’on souhaite ni plus ni moins.

Un show décapant à venir voir au Festival d’Avignon du 7 au 29 juillet au Théâtre Le Paris.
Produit par 143 Productions

La diva divague : 100 ans de femmes qui ont marqué la scène française et internationale

Savez-vous ce qui lie artistiquement Edith Piaf, Madonna et Beyoncé ? Certes, ce sont trois chanteuses, mais leur style est bien différent malgré tout !… La réponse, c’est Jaade qui nous la donne dans son La diva divague, son seul-en-scène mixant chansons, dialogues cocasses et références artistiques du passé de France comme d’ailleurs.

Très vite, le ton est donné. On découvre une Joséphine Baker imitée dans son style vestimentaire si particulier et sa célèbre chanson « J’ai deux amour, mon pays et Paris ». Et à Paris, nous y restons avec Edith Piaf et le succès de cette femme de Pigalle au cours des années 40 et 50. Et comme ça, nous virevoltons dans le temps et l’espace, au cours de ce show au décor et aux tenues très colorés. Oui, La diva divague n’est pas qu’un spectacle musical, c’est aussi un spectacle visuel !

Avec  Tina Turner, Céline Dion et Amy Winehouse, la diva nous présente cent ans de divas, des femmes qui ont fait l’art de la scène et de la chanson avec brio. La diva divague a un caractère bien trempé, qu’on ressent parfois doux, parfois débordant d’énergie, au cours des rôles et des scènettes.

Et, accompagnée d’un pianiste, la diva se laisse à pousser la note. De la plus basse à la plus haute, à la bonne surprise du public !

Ce spectacle est à découvrir au Festival d’Avignon jusqu’au 30 juillet, à l’Ambigu Théâtre.
Mise en scène Sophie Mercier
De et avec Jaade

« Je t’écris mon amour », l’amour virtuel à distance raconté avec sobriété et profondeur

La mise en scène est sobre. C’est une pièce sans musique ni effet. Je t’écris, mon amour est une pièce qui parle bien évidemment d’amour. D’amour à distance. Chacun des deux protagonistes a son couple, sa vie et pourtant ils s’écrivent. Au début, c’est lui qui s’adresse au public. Puis c’est elle. Les deux personnages ne se parlent pas l’un l’autre, détail qui accentue la distance entre eux, au yeux du public. Je t’écris, mon amour montre toute l’ambivalence des amours virtuels, par internet, sur les applications et les réseaux sociaux. D’un côté, l’attirance mutuelle est forte, de l’autre, un blocage naît quand il s’agit d’aller plus loin que de simples sms. Tout au long de la pièce, ils s’écrivent et se répondent, ont l’envie de se voir en vrai pour la première fois,… mais ils craignent ce moment. Appréhension naturelle qui monte et qu’ils surmontent…

Derrière, en fond de scène, un écran nous fait lire ces sms, ces messages envoyés virtuellement, la nuit, le jour, de plus en plus fréquemment à leur en faire tourner la tête. Je t’écris, mon amour une pièce sur l’ambigüité des rapports amoureux à distance. Une pièce qui montre que la virtualité en amour n’a qu’un temps, et qui au final, le fait mourir si cet amour ne s’invite pas dans la vraie vie.

Mise en scène Jean de Pange
Avec Céline Bodis & Jean de Pange
Texte d’Emmanuel Darley
Au Festival d’Avignon du Vendredi 7 au Dimanche 23 Juillet à 13h45 à la Caserne des Pompiers.

Et bien d’autres dans l’article prochain sur d’autres spectacles tout aussi surprenants comme le Cabaret Burlesque et la fabuleuse Histoire de Mr. Batichon… A suivre !

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Ancien étudiant en Sciences Politiques (ULB) Entre 2014 et 2016, gérant de L'étrier asbl. Depuis août 2016, président de Clap Culture, association désirant promouvoir la culture à travers les nouvelles créations, l'esprit citoyen et la conscience des enjeux de société à travers elle. Organisateur d'événements (Festival Mini-Classiques pour donner de la visibilité aux jeunes musiciens des différents Conservatoires ou d'ailleurs), journaliste, Réalisateur d'un projet radio de fiction "Les Pieds de l'Iris", suite d'histoires rocambolesques aux personnages à la trempe décalée sur fond de quartiers bruxellois.

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