Le Festival de Deauville en crise !

Peu de stars cette année sur les planches à Deauville pour la 41ème édition du festival consacré au Cinema américain qui a débuté avec l’annulation de la venue de Robert Pattinson, qui devait recevoir le prix du Nouvel Hollywood. On regrettera également l’absence de Terrence Malick malgré l’hommage qui lui a été rendu.

Mais rassurons-nous, les festivaliers auront malgré tout eu la chance de croiser Keanu Reeves (s’il vous plaît!), l’acteur britannique Orlando Bloom (il a joué dans quoi?), le réalisateur Eli Roth (qui?), l’acteur Ian McKellen (il a joué dans quoi ?) ou encore Elizabeth Olsen (elle a joué dans quoi ?). Autant dire que cette 41ème édition s’adressait davantage aux cinéphiles les plus avertis tant certaines personnalités étaient peu (re)connues du grand public.

A défaut de stars populaires et d’acteurs de blockbusters sur le tapis rouge , les vraies stars de cette édition ont été les héros que nous avons découverts sur l’écran de l’immense salle du CID. Les films à Deauville, depuis plus de 40 ans, traduisent encore et toujours la culture autant que l’évolution de la société américaine vue à travers ses héros du quotidien, les Américains. De Nash, expulsé de chez lui (incarné par Andrew Garfield dans 99 Homes) à James White face au deuil (Christopher Abbott dans James White) ou encore Mia la quarantenaire (Alexia Landeau dans Day out of Days ) ce sont tous ( pour reprendre la phrase de Bruno Barde, directeur du festival ) « des personnages simples, habitants du quotidien qui , par les vertus de la vie, deviennent des héros « .

Sur fond de crise (qu’ elle soit financière ou bien qu’il s’agisse de la crise de la quarantaine) , de maladie, de mort, de dépression les films de la compétition, comme chaque année, ne nous auront pas épargnés mais nous auront comme souvent interrogés et questionnés sur nous-mêmes.

Parmi les 13 films  » en crise » présentés cette année en compétition (à noter cette année la part belle donnée aux films indépendants), trois films resteront dans nos mémoires de cinéphiles.

A commencer par 99 Homes de Ramin Bahrani, un film coup de poing sur la crise des subprimes et son traumatisme aux USA.

99 HOMES : LE GRAND PRIX
À Orlando, Nash, jeune père de famille (interprété par Andrew Garfield bien plus imposant dans ce rôle qu’en collants bleus) se retrouve expulsé de chez lui par un promoteur véreux et sans scrupule (Michael Shannon en anti-heros cupide et sans états d’âme) suite à la saisie de sa maison. Afin d’assurer sa survie et celle des siens (et avec l’espoir de récupérer sa maison), il va finalement devoir travailler pour celui qui reste le responsable de son malheur.
Le film dénonce les emprunts à tout va et ses ravages qui ont plongé un pays et des millions de personnes dans le cataclysme économique de 2007 .
Une tension permanente plane sur ce film qui oscille entre tragédie humaine et drame social pour représenter l’affrontement entre expulseurs (avides d’obtenir de plus en plus de boîtes) et expulsés (et leurs sentiments) pour dénoncer les malversations immobilières.
Un sujet purement américain mais qui parlera à chacun de nous tant le film évoque avant tout la condition de l’homme dans la société actuelle et où l’homme reste un loup pour l’homme.
Présenté dans de nombreux festivals, le film est sorti en VOD et E-Cinema et prouve par sa qualité et son scénario toute la vitalité de ce nouveau label. Un coup de projecteur inespéré pour ce film qui, on le lui souhaite, pourrait finalement sortir en salles.

JAMES WHITE : PRIX DE LA REVELATION KIEHL’S
Autre, belle surprise: James White, le premier film de Josh Mond qui a obtenu le Prix de la révélation Kiehl’s (le nouveau partenaire officiel du festival) et qui met en scène un jeune homme aux prises avec la mort de son père et la lente agonie de sa mère.
Un beau film sur un sujet pour le moins délicat et casse-gueule: l’accompagnement au décès. Porté par Christopher Abbott qui donne corps à ce jeune homme paumé et seul (sans oublier l’excellente Cynthia Nixon de Sex and the City) James White (également Grand prix du public au festival de Sundance) est certes un film difficile mais qui n’en demeure pas moins fort et parvient avec une grande sobriété à éviter de sombrer dans le pathos.

DAY OUT OF DAYS ou LA CRISE DE LA QUARANTAINE
Pour Zoé Cassavetes, le point de départ du film a été pour son actrice Alexia Landeau ( Souvenez-vous, elle était formidable dans le rôle de la sœur nymphomaniaque de Julie Delpy dans Two Days in New York).
Issue « d’une famille de saltimbanque et de bohèmes  » (elle est la fille du couple mythique John Cassavetes et Gena Rowlands), Zoé Cassavetes nous livre après sa comédie romantique Broken English une chronique désabusée sur la crise de la quarantaine et la difficulté de vieillir à Hollywood.
Le film est axé sur les humiliations et les espoirs déçus vécus par son personnage Mia qui connut jadis son heure de gloire et qui, à l’approche de la quarantaine voit sa carrière d’actrice disparaître peu à peu et les contrats de plus en plus rares.
Day out of Days c’est l’anti rêve hollywoodien qui fait exploser sur Sunset Boulevard le mythe du glamour californien!
Certes, tout cela est largement vu, lu, entendu, écrit, filmé (il y a comme un petit air de Coppola réchauffé), mais cela fonctionne malgré tout grâce à la présence d’Alexia Landeau, touchante et belle actrice de 45 ans…

LES AVANT-PREMIERES DU FESTIVAL
En plus des films en compétition, le festival a offert cette année de belles avant-premières avec Danny Collins ou le retour en grâce au cinéma de Al Pacino qui incarne ici une rock star vieillissante qui a préféré les excès de son métier à la vie de famille jusqu’au jour où il va découvrir une lettre (qu’il aurait dû recevoir il y a 40 ans) écrite par John Lennon qui va bouleverser sa vie…
Danny Collins
est un bon feel-good movie qui met du baume au cœur, porté par une écriture inspirée et la prestation hallucinante d’Al Pacino (sans oublier ses partenaires Annette Bening, Christopher Plummer et Jennifer Garner).
Malheureusement, aucune date de sortie n’a encore été annoncée pour cette comédie aigre-douce, plus profonde qu’elle n’y paraît sur le versant sombre et désenchanté d’une carrière de rockstar mais sachez si vous voyagez qu’il est actuellement disponible à bord des avions de la compagnie Air France …

Anton Corbijn (malgré l’absence de Robert Pattinson qui n’est pas passée inaperçue) est venu présenter en avant-première Life, un beau film sur la rencontre et la relation étrange de deux futurs génies, Dennis Stock et James Dean qui marqueront à jamais l’histoire de la photographie et celle du cinéma.
Loin du biopic attendu sur la vie et l’oeuvre de l’acteur mythique, le propos de Corbijn (lui-même ancien photographe de stars) est plus subtil que cela; il livre le portrait mystérieux, triste voire dépressif d’un acteur débutant qui semble fuir l’inexorable célébrité qui pourrait le détruire et va croiser le chemin d’un photographe anonyme en quête de notoriété.
Si on a beaucoup évoqué la présence au générique de l’acteur de Twilight (qui incarne le photographe), l’interprétation de Dane DeHaan dans le rôle de James Dean est saisissante. Le jeune acteur livre une interprétation avec une intensité et une sensibilité renversantes qui mérite de suivre de très près ce futur monstre sacré (il sera Valerian dans l’adaptation de la bande dessinée de Jean-Claude Mézières par Luc Besson). Dans Life, Anton Corbijn renoue avec les thèmes de Control (la solitude, la mort imminente , la mélancolie) et l’ensemble est passionnant, pertinent et iconique.

Un palmarès judicieux, Louise Bourgoin qui drague un Orlando Bloom très réceptif, l’apparition surprise de Vincent, Lindon addict à vie au Festival, le charme et la timidité de Elizabeth Olsen, le facétieux Ian McKellen qui exhibe son tatouage sur le tapis rouge et le magnifique discours de Keanu Reeves qui a remercié sa maman (en français dans le texte!) sont autant de beaux souvenirs de cette 41ème édition qui nous font déjà languir la prochaine!

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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