Fidelio, oder Die eheliche Liebe – op. 72

Retour sur la représentation du 11 juin 2014 à Bozar.

Jérémie Rhorer, son Cercle de l’Harmonie et le Chœur Les Eléments proposaient mercredi soir une lecture de Fidelio en version de concert, resituée dans la tradition musicale du singspiel.

Fidelio, op. 72, est l’unique opéra de Ludwig van Beethoven, composé en 1804 et 1805 sous le titre Leonore, puis remanié en 1806 et en une version définitive en 1814. Le livret est de Joseph Sonnleithner.

L’action se situe en Espagne, dans une prison près de Séville à la fin du XVIIIe siècle. Florestan a été jeté en prison par le gouverneur Don Pizarro, dont il avait dénoncé les agissements illégaux. Leonore, épouse de Florestan, est déterminée à sauver son mari. Déguisée en garçon, sous le nom de Fidelio, elle parvient à s’introduire auprès du geôlier Rocco, à gagner sa confiance et à libérer Florestan, aidée par l’arrivée providentielle du ministre venu mettre fin à l’arbitraire tyrannique de Don Pizarro…

S’attaquant à l’arbitraire, incarné par le gouverneur d’une prison espagnole, Beethoven lance à travers son opéra un véritable appel à la liberté, et loue l’amour, notamment conjugal, qui pousse Leonore, déguisée en homme, à risquer sa vie pour libérer son époux Florestan.

Œuvre unique et complexe, tant pour les musiciens que les chanteurs, cet opéra semble avoir donné du fil à retordre à Jérémie Rohrer et son Orchestre. Poussant l’orchestre dans un registre excessif pour cette œuvre déjà tellement expressive et les chanteurs à donner toujours plus de volume au détriment de la qualité des voix, il oublie de donner de l’ampleur à la musique et propose une interprétation finalement très dense et « monobloc » de la complexe polyphonie de Beethoven. Certains écarts de justesse des vents et des cuivres auront sans doute laissé les lyricomanes sur leur faim.

La distribution compte, quant à elle, des chanteurs impressionnants. Le ténor canadien Joseph Kaiser signe une superbe performance, en offrant à Florestan toute sa puissance et une excellente tenue de chant, tout comme Malin Byström, qui convainc, elle aussi, sans réserve en Leonore, tant par sa voix de velours aux possibilités vraisemblablement infinies que par sa prestance sur scène.

On pourra encore citer Robert Gleadow, qui offre à Rocco une grande puissance expressive notable, ou encore l’envergure exceptionnelle de l’anglais Andrew Foster-Williams en Don Pizarro. Les chœurs sont quant à eux très justes tout au long de la soirée.

Fidelio, l’unique opéra de Beethoven, n’est pas seulement un prodigieux chef-d’œuvre musical mais aussi un éloquent manifeste sur l’amour, sur l’être humain dans sa profondeur et sa complexité, sur la délivrance, l’épanouissement, l’éthique et le devoir… Egalement l’un des rares exemples dans l’histoire de l’opéra où la femme n’est ni une victime soumise ni l’instrument perfide de la fatalité.

On regrettera que les dialogues parlés, permettant justement de faire progresser et de situer l’action, n’aient pas été sur-titrés. Ce fut globalement une agréable soirée. 

Fidelio

Composition : Ludwig von Beethoven

Distribution : Direction musicale : Jérémie Rhorer dirigeant le Cercle de l’Harmonie, Don Fernando : Riccardo Novaro, Don Pizarro : Andrew Foster-Williams, Florestan : Paul Groves, Leonore : Malin Byrstrom, Rocco : Robert Gleadow, Marzelline: Sophie Karthauser, Jaquino: Michael Colvin, Choeurs : Cœur de chambre Les Eléments

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