Les fils de Hasard, Espérance et Bonne Fortune

Une Italie agricole et miséreuse à la population jeune et nombreuse, une Belgique au sous-sol charbonneux, industrieuse et en manque de bras… telle était la situation à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, magnifiquement illustrée par Les fils de Hasard, Espérance et Bonne Fortune.

Il ne faudra pas attendre longtemps pour qu’un accord se trouve. L’Italie enverra des ouvriers en échange de quoi la Belgique lui livrera du charbon. Les candidats au départ étaient alors nombreux du côté italien. En effet, les paysages baignés de soleil, la famille et les amis ne suffisaient plus à faire oublier aux plus jeunes des conditions de vie misérables et un futur incertain. Enfin, l’appel de l’aventure et le secret espoir de devenir « l’américain » finissaient de convaincre.

Ils firent leurs adieux, montèrent dans des trains, et quittèrent leurs chaudes contrées méditerranéennes pour le plat pays où les attendaient notamment les charbonnages. La mise en scène astucieuse excelle à rappeler le voyage initial de l’émigré hors de sa patrie. Ce trajet était à destination des mines, mais mena également les voyageurs volontaires pour l’aventure ou contraints au départ par la misère, à une nouvelle vie…

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Outre des conditions difficiles, l’adaptation à une nouvelle culture, une nouvelle langue et un nouveau pays , Les fils de Hasard, Espérance et Bonne Fortune met en lumière la pénibilité du travail dans les mines belges. L’habile travail sonore et lumineux de Jean-François Ravagnan, Joël Bosmans et Pierre Clément, permet au spectateur de ressentir pleinement l’angoisse des familles, la violence des accidents et des conditions de travail éprouvantes physiquement et mentalement des mineurs.

En dépit du déracinement et des difficiles conditions de vie, les nouveaux arrivants étant confinés dans des baraquements sommaires et froids, peu nombreux sont ceux qui firent le voyage retour, et la plupart s’implanta durablement en terre belge. Ils surent pourtant conserver et transmettre leur culture que l’on retrouve d’ailleurs tout au long d’une pièce bercée par la musicalité de la langue italienne et accompagnée de chants traditionnels.

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Les fils de Hasard, Espérance et Bonne Fortune, basée sur les témoignages de jeunes Italiens arrivés en Wallonie à la sortie de la Guerre pour travailler dans différents charbonnages belges, n’est pas sans faire écho aux immigrés transhumant actuellement à travers notre Vieux Continent à la recherche d’un futur plus souriant pour eux et leur famille. Elle nous rappelle que l’exil et l’émigration ne sont pas des phénomènes récents.

La mémoire de ces travailleurs italiens immigrés en Belgique est parfaitement portée par les comédiens de la troupe En Compagnie du Sud, convaincants de réalisme, de courage et de fébrilité. Les costumes de Marie-Hélène Tromme permettent de se plonger dans cette Belgique d’après-guerre dont ne nous parviennent plus que des souvenirs, auxquels l’exposition qui prend place dans le magnifique Manège Fonck rend vie. Les objets présentés offrent l’opportunité de mieux s’imprégner des réalités de la mine et du quotidien des travailleurs immigrés italiens des charbonnages wallons, et nous rappellent toutes les difficultés de l’exil, aujourd’hui comme alors.

Les fils de Hasard, Espérance et Bonne Fortune

Jusqu’au 26 Novembre 2016 dans le cadre du Festival de Liège au Manège Fonck, rue Ransonnet 2 – 4020 Liège

Mise en scène : Martine De Michele/ En Cie du Sud

Avec: Patrick Bebi, Renzo Eliseo, Salvatore Eliseo, Vincent Sornaga, Anthony Foladore, Gianni La Rocca, David Irzi, Hugo Perreira, Ingrid Presti, Florelle Naneix, Camille Paulus, Marie-France Taeter, Cécile Lecuyer, Manu Savini, Guillaume Van Derton, Mohamed El Kouchi, Valérie Kurevic, Adrienne D’Anna, Catherine Desert, Alberto di Lena,

Tarifs: 8.50€-10.50€

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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