Fin de la parenthèse de Joann Sfar

Avec Fin de la parenthèse, Joann Sfar nous ouvre les portes d’un univers obscur. La première phrase résume parfaitement l’ouvrage :

La chose qui te fait retourner en France n’a aucune logique.

Ainsi, l’ouvrage démarre avec le retour en France du personnage principal, Seabearstein. Cet artiste peintre un peu paumé était déjà en proie à des questionnements philosophiques dans Tu n’as rien à craindre de moi, paru quelques mois plus tôt. Dans Fin de la parenthèse, il est temps pour lui de rentrer en France car une mission l’attend. Le but de cette mission : « Stopper le merdier. Au niveau mondial. Stopper d’un coup la fascination idiote pour la religion. Sur toute la planète. » Pas moins que ça. On se dit alors que ce personnage à l’allure débraillée va incarner un anti-héros, figure antonymique de James Bond. Il l’explique lui-même :

Figurez-vous qu’aujourd’hui, pour une fois, un héros

qui n’est PAS américain va peut-être sauver la planète.

Mais Joann Sfar a plus d’un tour dans son sac… Car ce n’est pas Seabearstein le sauveur de l’humanité mais Salvador Dali ! La mission de Seabearstein ? Réveiller « le seul prophète non-religieux possible », qui n’est autre que Salvador Dali, maintenu cryogénisé à Paris. Invoquer son esprit en dessinant quatre modèles qui recomposent des tableaux de Dali « pour les redire, en gestes, en danse, en théâtre.  »

Mais tout va dégénérer à partir du moment où un inconnu offre des champignons hallucinogènes à Seabearstein. Celui-ci ne manquera pas d’en faire usage avec ses modèles. Dès lors c’est l’esprit de Dali qui est invoqué, recherché, dessiné, à travers un trip mystique et philosophique insolite.

Alors même si on ne comprend pas les tenants et les aboutissants de cette expérience, même si on ne comprend pas les enjeux politiques ou artistiques d’une telle mission, l’ouvrage réussit à transporter le lecteur. On plane avec les personnages, au milieu des œuvres de Dali. On ne comprend pas tout, mais on s’en fout.

On va faire le deuil de l’envol désincarné.

On va au paradis des muscles. La danse, quoi !

Fin de la parenthèse de Joann Sfar c’est un voyage vers un vase clos, c’est une retraite artistique et philosophique. C’est beau, c’est hallucinant, c’est obscur et lumineux.

Fin de la parenthèse de Joann Sfar, éditions Rue de Sèvres, 2016, 20€, EAN : 9782369813163

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