Fish Tank

Véritable conte urbain dressant le portrait inquiétant d’une population britannique démunie de la region d’Essex, Fish Tank d’Andrea Arnold (Les Hauts de Hurlevent, Wasp) nous immerge dans l’intimité de la jeune Mia, adolescente rebelle de 15 ans, délaissée par une mère aux mœurs légères, plongée dans une solitude caractéristique de l’adolescence.

Alors que les Williams, famille monoparentale composée d’une mère aux mœurs légères et ses deux filles prend la forme d’un tableau familial loin de la pub suédoise parodiée de 99 francs (Begbeider) : la mère laisse ses filles de 15 et 11 ans seules qui s’occupent en fumant et buvant de la mauvaise bière devant une téléréalité faisant étalage d’une vie de luxe dont elles ne gardent qu’un goût amer, le personnage de Connor, nouvelle conquête de la « matriarche » semble comme un ange tombé du ciel, venu reconstruire une dynamique calme et apaisante. Mais le spectateur se fait balader par l’ambiguïté constante qui règne entre cet inconnu chaleureux au premier abord et cette jeune heroïne mi-femme, mi-gamine, en pleine découverte de soi.

En effet, le film alterne entre ce qui semble être une relation paternelle et des scènes à la subtilité érotique dignes du fameux Lolita de Kubrick. Alors que nous vouons tout à coup une confiance aveugle à cette homme familier en le voyant déshabiller la jolie jeune fille pour finalement la border gentiment, quelle n’est pas notre surprise en regardant ce même « mec sympa » (car c’est vraiment l’archétype du « mec sympa ») prendre un plaisir pervers à fesser Mia, tout en faisant croire à un jeu innocent. Cette figure paternelle qui bandait le pied de l’adolescente quand sa mère allait la laisser attraper le tétanos et qui la prenait sur son dos serait-il un amant potentiel ?

Le film qui semblait être une chronique tragique sur les familles de banlieue se transforme alors en véritable sujet sur la transition adolescente d’une petite fille perdue se croyant femme. Bien heureusement, la jeune Mia réalise à temps que rien ne sert de courir trop vite.

La réalisatrice mise sur une mise en scène intimiste qui créer un vrai lien entre le spectateur et la jeune princesse de cité. En effet, quelle tristesse de voir une gamine aussi éveillée se perdre dans les méandres de l’alcool et la violence, comme engloutie par son environnement ; quel soulagement de la voir quitter cette jungle en compagnie de celui qui s’avère être le sauveur protecteur qui l’arrachera aux bras bétonnés de cette cité aux paysages champêtres.

Malgré un choix de point de vue original et quelques plans travaillés comme ce moment, toujours ambigu, ou Connor se penche doucement sur Mia pour qu’elle puisse sentir son parfum , une recherche esthétique à mon goût trop simpliste plus proche du documentaire que de l’oeuvre récompensée à Cannes fait perdre sa splendeur au film indé-britannique.

La touche féminine se fait néanmoins ressentir dans cette aventure phéromoneuse pourvue d’une symbolique constamment présente qui se traduit par quelques scènes intenses et riches en émotions, comme cet au revoir émouvant entre Mia sa mère et sa sœur qui, silencieux, en dit long.

Un film touchant et original, surprenant, qui se joue constamment de nous pour cacher subtilement un sujet plus profond mis en valeur par une jeune actrice débutante plus que crédible qui aura su nous émouvoir avec ses moues boudeuses, son regard expressif et son franc-parler.

Written By

Future étudiante en cinéma, je serais ravie de donner mon avis sur tous les films qui me passeront sous la main!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *