Flagey – Cycle de la bande dessinée au dessin animé

Vacances obligent, la salle de cinéma qu’abrite la maison de la radio accordait une place de choix aux bambins en congé dans sa programmation. En se focalisant sur l’adaptation de bandes dessinées en dessins animés, Flagey s’est fixé pour objectif de divertir les plus petits. Au programme, donc, de la bd qui parle, de la bd que les parents ont souvent lue et que leurs enfants découvrent sur grand écran, de la bd dont le passage au septième art n’est pas toujours des plus heureux. Au programme, donc, Le Chat du Rabbin, Bob & Bobette, La Flûte à six schtroumfs ou encore Tintin.

Le Chat du Rabbin, Joann Sfar et Antoine Delesvaux

« Le Chat du rabbin n’a pas de nom. Mais il a une langue et il sait s’en servir. Doué de parole après un ‘accident domestique’, il va vite rendre fou son maître par son insolence animale, par sa perpétuelle remise en question des préceptes de la Torah, par son obsession de bar mitsva. C’est que le chat aime plus que tout sa maîtresse, Zlabya, la fille du rabbin, et qu’il est prêt à tout pour ses caresses. Mais le rabbin ne l’entend pas de cette oreille, qui l’entraîne déjà vers des aventures rocambolesques en Ethiopie… »

Enorme succès en librairie, Le Chat du rabbin de Joann Sfar a terriblement contribué à asseoir la renommée de son auteur au panthéon de la culture populaire. Dessinateur prolifique s’il en est, le sieur Sfar inonde chaque année le marché de la bande dessinée de moult projets, dont la diversité appelle inexorablement l’inégalité. Mais passons. S’il fallait faire l’inventaire de l’abondante production du dessinateur le plus juif de tous les temps, le rouleau de On the road que déroula Jack Kerouac devant les yeux médusés de son éditeur ne suffirait pas. Alors, on s’abstiendra. On rappellera simplement que Joann Sfar est une des figures de proue de ce qu’il est convenu d’appeler la nouvelle bande dessinée française et que c’est un auteur fin et intelligent, à qui l’on doit par ailleurs le film Gainsbourg, vie héroïque, acclamé et conspué, à l’image de son auteur, dont le spleen juif poussif en agace plus d’un.

Forcément, la tradition juive, on est en plein dedans avec Le Chat du rabbin, conte philosophico-religieux où Sfar mêle allègrement ses origines hébraïques et arabes. Si les cinq tomes de la bande dessinée s’adressaient plutôt à un lectorat adulte, leur adaptation en dessins animés vise bien entendu un public plus culotte courte. Pour ce faire, le propos a dû être simplifié à l’extrême, histoire de rester accessible aux chères petites têtes blondes, peu habituées à se casser les méninges sur des envolées philosophiques. Etrangement, ça colle. Ca passe même plutôt bien auprès des dites petites têtes blondes. Lesquelles se sont esclaffées aux moments opportuns du dessin animé. Et même si le scénario n’est pas des plus convaincants pour les êtres doués de raison que sont les plus de vingt ans, les plus petits semblent y trouver leur compte et même s’amuser, ce qui n’était pas gagné avec un pitch axé sur un rabbin.

Les détracteurs de Sfar qui vomissent son dessin aléatoire auront au moins le plaisir de constater que l’équipe d’animation a mis un peu d’ordre dans l’espèce de nonchalance graphique que s’autorise le maître. Destiné aux enfants, le dessin animé se doit d’offrir plus de constance dans la représentation des personnages. L’histoire y gagne nettement en lisibilité, tant il est vrai que dans les albums les chats se suivent et ne se ressemblent pas.

Par contre, là où l’œuvre originale y perd, c’est en technique de narration. Les dialogues directs remplacent les bandes de voix off de la bande dessinée, à nouveau dans un souci de lisibilité louable, mais tout de même à mon grand dam.

Quant aux voix… rien de très convaincant malheureusement, particulièrement celle de Zlabya qui sonne souvent faux. Et puis, il y a le coup de grâce : Tintin. Parce que bien sûr, comme dans toute production française qui se respecte, il a fallu que le Belge du film affiche l’horrible accent de François Damiens. Oui, Tintin en François l’embrouille, ils ont osé…

Ceci dit, l’épopée rabbinique conduit finalement à une aventure des plus divertissantes, avec en prime le prêchi-prêcha moral inhérent à ce genre d’histoire et qui, avec un peu de chances, pénétrera ses jeunes spectateurs de valeurs de tolérance etc…

Bob & Bobette, les diables du Texas, Wim Bien et Mark Mertens

« Lambique découvre dans une caisse de whisky un drôle de petit bonhomme coincé dans une bouteille et pas plus grand qu’un lilliputien. C’est le Ranger Tom, rétréci par l’horrible Jim Parasite qui magouille un plan diabolique : rapetisser le monde entier, à commencer par les Rangers et habitants de Dark City. Bob, Bobette, Tante Sidonie, Lambique et Jérôme décident donc de se rendre au Far West pour déjouer les machinations de l’affreux méchant, tandis que le Professeur Barabas s’échine à retrouver un produit qui rendrait sa taille normale au pauvre Ranger. »

Déjà, il faut aimer Bob & Bobette et l’humour particulier de Willy Vandersteen, qui fit des ravages à une certaine époque mais semble moins faire mouche actuellement. Déjà, il faut vouloir se farcir les aventures et les dialogues parfois tellement vides de sens de nos petits héros belges que chaque page tournée s’accompagne d’un soupir de désolation. Et puis, il faut avoir la curiosité assez large pour se coltiner un dessin animé adapté cinquante ans plus tard d’un de ces fameux albums phare de la culture belge et qui le lui rend si mal.

La faute à quoi ? Un univers sans doute moins facile à partager maintenant, qui a mal vieilli. Une histoire pas terrible à la base, très mal ficelée, encombrée de gags affligeants et d’incohérences incroyables (le Far West actuel ressemblerait donc à celui des westerns de l’an 40, intéressant…). Alors, oui, vous me direz que les gosses ils s’en foutent un peu de la cohérence. Mais je peux vous assurer que ceux qui ont subi ce film en même temps que moi ne riaient pas et n’avaient pas tellement l’air pris par la chose. Pour vous dire, les seuls rires qui ont vaguement fusé, c’est quand le camion Colruyt est passé à l’arrière plan d’une scène. Placement de produit, quand tu nous tiens….

Mais ce n’était pas le pire. Non, le pire bien sûr dans les dessins animés, l’écueil qui peut vous foutre en l’air des mois de travail, c’est les voix. Et là, là, les amis, on a touché le fond. Qu’on colle à nos héros des voix françaises à l’accent belge exagéré est déjà horripilant en soi (même Maurane force le patriotisme vocal sur Tante Sidonie), mais qu’en plus on aille jusqu’à refiler le même accent au shérif de Dark City, un shérif américain, de surcroît, qui vit manifestement dans une ville arriérée, restée coincée à la mode western, c’est à pleurer ! La seule qui échappe un tant soi peu à cette begitude généralisée, c’est la chanteuse de saloon, qui bénéficie, elle, de la chaude voix de Beverly Jo Scott et de son accent sexy anglish. Et ici aussi, comme dans Le Chat du Rabbin, le coup de grâce porte le nom de François Damiens, car oui, c’est lui qui joue au shérif américain… J’ai déjà dit que c’était à pleurer ?

Bref, si l’accent belge vous fait frissonner de plaisir, foncez. Sinon, évitez et faites le mur.

La Flûte à six Schtroumfs, Peyo et Yvan Delporte

« Par un malheureux concours de circonstances, Pirlouit trouve une flûte à six trous qui a la particularité d’être enchantée. Elle a le pouvoir de faire danser jusqu’à épuisement tous les pauvres bougres qui l’entendent. Autant dire que c’est du pain bénit pour l’espiègle nabot blond qui n’en est pas à sa première blague. Manque de pot, l’affreux Torchesac ne lui laisse pas le temps d’en profiter. Il la lui vole et en fait un usage bien plus mauvais. Johan et son compagnon auront besoin de l’aide des Schtroumfs pour arrêter le brigand et récupérer l’instrument maudit… »

Comme ne l’indique pas le titre, La Flûte à six Schtroumfs est une aventure de Johan et Pirlouit, le neuvième album dessiné par Peyo, en fait, où apparaissent pour la première fois les petits être bleus en bonnet de nuit. On sait le succès immédiat qu’eurent les Schtroumfs sur les lecteurs de Spirou, au point d’évincer Johan et Pirlouit dans l’agenda surchargé du dessinateur businessman.

Depuis, il y a eu plusieurs adaptations animées des Schtroumfs. Mais parfois, il est bon de retourner aux sources, soit l’adaptation dans les années ’70 par les studios de Dupuis et Peyo himself, aidé de l’inénarrable Yvan Delporte.

A l’instar de Sfar adaptant son Chat du rabbin, Peyo a participé activement à l’animation de ses récits. L’esprit de l’œuvre est sain et sauf, l’humour n’est pas dénaturé. Ici, le classicisme bon enfant du papa Schtroumf est préservé, avec en point d’orgue, une exploitation des moyens cinématographiques.

Particulièrement remarquable, l’attention accordée au son et à la musique en général. On sent que Michel Legrand (s’il vous plaît) s’est donné sur la bande-son. Il l’a soignée aux petits oignons, enrichissant le dessin animé d’un accompagnement musical tout terrain. Au point que les variations de flûte deviennent à leur tour des strates narratives tout aussi signifiantes que les dialogues repensés par Delporte et Peyo.

Et comme Peyo n’a pas son pareil pour raconter les histoires, La Flûte à six Schtroumfs se laisse regarder avec plaisir. Les petits bouts, présents en nombre à la projection où je me trouvais, se sont régalés, riant de bon cœur aux frasques de Pirlouit. Et il me semble même avoir aperçu quelques sourires nostalgiques collés sur quelques bouches adultes.

La dernière séance du cycle Flagey était justement hier, le 6 janvier. Mais si le cœur vous en dit et que vous ne savez pas quoi faire de vos moutards, Flagey propose régulièrement des activités pour les enfants dont, bientôt, le festival Anima !

Plus d’informations sur Flagey.

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S. aime la bande-dessinée et le cinéma, les images qui parlent, quoi.

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