Frédéric Beigbeder – L’amour dure trois ans

« Au début, tout est beau, même vous. Vous n’en revenez pas d’être aussi amoureux. Pendant un an, la vie n’est qu’une succession de matins ensoleillés, même l’après-midi quand il neige. Vous écrivez des livres là-dessus. Vous vous mariez, le plus vite possible – pourquoi réfléchir quand on est heureux ? La deuxième année, les choses commencent à changer. Vous êtes devenu tendre. Vous faites l’amour de moins en moins souvent et vous croyez que ce n’est pas grave. Vous défendez le mariage devant vos copains célibataires qui ne vous reconnaissent plus. Vous-même, êtes-vous sûr de bien vous reconnaître, quand vous récitez la leçon apprise par coeur, en vous retenant de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue ? La troisième année, vous ne vous retenez plus de regarder les demoiselles fraîches qui éclairent la rue. Vous sortez de plus en plus souvent : ça vous donne une excuse pour ne plus parler. Vient bientôt le moment où vous ne pouvez plus supporter votre épouse une seconde de plus, puisque vous êtes tombé amoureux, d’une autre. La troisième année, il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle : dégoûtée, votre femme vous quitte. La mauvaise nouvelle : vous commencez un nouveau livre. »

Autant vous prévenir, ceci est mon premier Beigbeder. J’ai certes vu l’adaptation de 99 francs et dévoré son essai Dernier inventaire avant liquidation mais rien d’autre ne m’était tombé entre les mains depuis. Et voilà que…

C’est avéré, Frédéric Beigbeder a un style inimitable qui ne doit probablement pas faire l’unanimité. Un peu timbré, cynique, n’ayant pas sa langue dans sa poche, il apporte un brin de fraicheur folle au lecteur qui s’il accroche ne pourra probablement plus décrocher.

Toutefois, malgré sa spontanéité et sa facilité de lecture, L’amour dure trois ans n’est pas, à mon sens, un chef-d’œuvre littéraire. Surfant sur la vague bobo parisienne, la vie fictionnelle de Maronnier a vite fait d’exaspérer. Écumer tous les bars, se bourrer la gueule et se droguer, déprimer, refaire la tournée des bars, boire comme un trou et à nouveau se défoncer jusqu’à en être malade. Quel programme d’enfer ! C’est probablement vrai que quand on est people et qu’on travaille dans le milieu de la comm’ parisienne, on va de fête en fête.  Tout aussi vrai que la plupart des jeunes entre 20 et 30 ans passent leurs soirées à faire la fête, fuyant la solitude et comblant la vacuité de leur existence (pour ne pas dire de leur intellect) à coup de parties bien arrosées. Oui mais même parmi ce tas d’écervelés désabusés, il y a aussi des plurineuronaux qui pensent, analysent, créent, critiquent… Est-ce que Beigbeder touche un seul mot du travail réel de son personnage ? De ses réflexions qui touchent autre chose que ses besoins primaires et sentimentaux ? Non. Jamais.

Pourtant (et au risque de faire des émules par cette généralisation brute), il est critique littéraire, pas balayeur de rue quand même ?! Alors quoi ? Il n’y a vraiment rien d’autre à dire aujourd’hui ? Pas d’autres sujets à aborder que le cul et la défonce? Parce que si c’est le cas, je préfère manger mon chapeau et rempiler pour quelques Gide, García Márquez, Ray et compagnie.

Ou… Serait-ce pour épouser la vague sur laquelle il a choisi de poser son surf que ce cher homme édulcora ce roman (et vraisemblablement quelques autres aussi) de toute pensée un peu plus profonde, abstraite et philosophique ?

Then, Frederic, literature or marketing? You have to make your choice.

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1 Comment

  • Je n’ai lu que ce livre de Beigbeder et je ne pense pas en relire un autre de sitôt…
    Il a pourtant une très jolie écriture et ses livres sont une mine d’or pour trouver des citations, mais c’est le personnage en lui-même que je n’aime pas, qui se sent bien trop en Marc.

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