Fusée

Après Pré et Blé, le Théatre Varia accueillait ce samedi 15 mars Fusée, un spectacle unique créé par la Clinic Orgasm Society pour clôturer ce triptyque sur la normalité. A l’instar des autres prestations de la Clinic, Fusée est riche, et ce autant en termes de décor qu’en termes d’action ou d’inventivité.

Dès notre entrée dans la salle de théâtre, nous sommes plongés dans un univers futuriste. Des fumigènes, six petits bureaux disposés (à peu près) en arc de cercle, munis chacun d’un ordinateur, d’un micro et d’un bouton qui, on le comprendra plus tard, fait « prendre la main » au comédien qui appuie et lance sa dernière modification sur un écran géant qui centralise ce que chacun fait sur son ordinateur. Le spectateur l’est donc doublement : non seulement il observe une pièce de théâtre expérimental, mais il regarde surtout ces 6 personnes (dont 5 comédiens et 1 invité surprise) s’activer sur le net et s’inventer une vie sur … Facebook.

Car oui, c’est bien de ça qu’il s’agit dans Fusée. Un petit groupe de terriens triés sur le volet et envoyés dans l’espace pour une rencontre interculturelle avec les glöörghs, habitant de la planète Glièse. Stressés, c’est avec l’aide de l’un de leurs compatriotes restés sur Terre qu’ils préparent leur démonstration de ce qu’est la vie sur Terre. Et ce qui est vraiment bien dans Fusée, c’est que la pièce est organisée de telle sorte que l‘envers du décor soit public et en direct. On voit clairement tout ce qu’il se passe.

« 65 jours de biostase. »

De ce procédé découlent plusieurs choses. Premièrement, on peut aisément se rendre compte que les gars de la Clinic ont un énorme talent photographique et qu’ils sont très imaginatifs. Deuxièmement, on rit régulièrement lorsque l’on observe d’une part le décalage entre la prise photo et le résultat final et d’autre part entre la photo et ce qu’ils en racontent (car oui, Fusée montre clairement que l’on fait dire ce que l’on veut à une photographie). Troisièmement, cette technique crée une double temporalité : à certains moments, les comédiens s’activent tous ensemble, courent dans tous les sens, à un tel point que le spectateur ne sait plus où donner de la tête ; tandis qu’à d’autres moments, le public n’a d’autre choix que de patienter pendant que les acteurs s’affairent sur leur ordinateur personnel.

« Pendant qu’il s’entraîne aux ondulations qui font marcher la Terre. »

Ces moments un peu lents ont malheureusement été mis à mal lorsque, à cela, se sont rajoutés quelques bugs techniques (n’est-ce pas le comble de l’ironie que d’avoir des problèmes techniques dans une pièce dénonçant (du moins à mon sens) les abus de notre technologie actuelle ?). Le jeu d’acteur, auparavant presque inexistant de par l’interface ordinateur, a alors eu l’occasion de se réveiller, ou devrais-je dire de se révéler. Avance rapide pour rattraper le temps perdu pendant l’écran bleu ; découverte du premier spectacle extraterrestre de notre vie ; ou encore initiation à la poésie de la vie sur Terre représentée, comme dans American Beauty, par un sac plastique voguant au gré du vent.

Il me semble encore important de mentionner qu’au niveau artistique, cette pièce de théâtre est une vraie mine d’or. Un environnement sonore et musical intense et indispensable à la compréhension de la pièce, un enchaînement d’actions liées les unes aux autres à un point quasi-inimaginable, une inventivité à toute épreuve, surtout dans l’analyse des informations présentées. Une mise en scène alambiquée et compliquée par les bugs techniques ainsi que par l’adjonction du membre surprise, pris en début de pièce dans le public.

Au final, même si en sortant du théâtre ce soir-là, j’avais cru comprendre que le message de Fusée était une critique d’une génération ultraconnectée, à l’instar de Mathylde Demarez, moi aussi, dans mes songes (et même ce soir-là!), je me suis écrié plusieurs fois « C’est des culs ! ».

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Musicien, photographe, écrivain, le tout en amateur mais avec passion. Au point que j'ai quitté un emploi stable pour me reconvertir dans le journalisme. Je suis retournée à l'école à 30 ans passés et depuis je me réjouis de ce choix qui me porte vers ce que je suis! Une personne curieuse de tout, passionnée de musique, de voyages terrestres ou spirituels, de rencontres avec l'autre...

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