Gagner et perdre/Beckett au Varia

Deux pièces rares de Samuel Beckett, assorties d’un making-off théâtral en musique : voilà la recette de ce triptyque caustique, représentant fidèle de « l’esprit » Beckett : théâtre de la dérision, austère et minimaliste, soutenu par un humour omniprésent.

En première partie, Comédie, écrit en 1963, reprend le schéma classique du vaudeville à trois personnages. Sauf qu’ici, point de portes qui claquent, d’allées et venues, de gifles ni de Deus ex Machina : les personnages sont enfermés dans d’énormes jarres dont seules leurs têtes dépassent. L’adultère n’est qu’un prétexte : alors que chacun livre sa version des faits, les discours s’entrechoquent, contradictoires et complémentaires, à la faveur du projecteur qui distribue la parole. Il y a bien les quiproquos et malentendus propres au genre, mais les échanges deviennent absurdes. On leur cherche du sens pourtant : qui a raison ? Qui répond à quoi ? … Et l’histoire recommence. Tournons-nous en boucle ? Dans cette métaphore de nos vies absurdes et dérisoires, encombrées d’obstacles, la narration est sans cesse interrompue par un projecteur martial et aveugle.

beckett1new

S’ensuit Va-et-vient, pièce très courte de quelques minutes seulement. D’un cynisme et d’un pessimisme délicieux, la pièce met en scène la réunion de trois femmes liées par un passé vraisemblablement commun : ça cancane, ça chuchote à l’oreille de l’une, ça observe l’autre. C’est cruel et drôle, court et efficace. « Que nous est-il arrivé ? Pourquoi ne savons-nous pas retrouver nos sentiments d’antan ?», semblent crier ces femmes. Dans une économie de mouvement et de mots incroyable, c’est redoutable.

Pour la mise en scène de ces deux pièces, Isabelle Gyselinx s’est tout simplement appuyée sur les indications très détaillées de Beckett : éclairages, volumes sonores, rythmes, costumes, tout est commenté, jusqu’aux jarres ! Dans cette scénographique minimaliste, ce sont la musicalité des mots dans Comédie, et la chorégraphie élégante, la (dis)grâce des corps pour Va-et-vient qui sont mises en valeur. Le jeu d’acteur, central donc, est parfait : malicieux, habile et léger, jonglant entre humour et émotion, dérision et profondeur.

beckett2new

En clôture, Réminiscences cherche à recréer l’environnement intellectuel de l’écrivain. Dans cette mise en chansons d’extraits de textes qui ont inspiré l’écrivain, dont la composition est assurée par le musicien et acteur Thierry Devillers, on croise Chateaubriand, Oscar Wilde, James Joyce, Heine, ou encore Chamfort. Fidèle à Beckett, la performance cherche à explorer l’errance de l’esprit et l’absurdité du langage. Si la démarche est louable et la facture honnête, l’enchevêtrement de textes d’auteurs tronçonnés aboutit à un fourre-tout un peu malhabile, parfois ridicule et un peu risible. Entre pessimisme et dérision ? A vous de voir !

Gagner et perdre

Du 27/01 au 05/02/2014 au Théâtre Varia

Durée du spectacle:  1h20

Tarifs: de 6€ à 20€

Textes de Samuel Beckett pour Comédie et Va-et-vient, divers auteurs pur Reminiscences

Avec: Thierry Devillers, Anne-Marie Loop, Catherine Mestoussis, Isabelle Urbain

Création lumière: Manu Deck

Création costumes: Agnès Brouhon, Myriam Simenon, Christine Picqueray et les ateliers du Théâtre de Liège

Création décor: Marie-Christine Dardenne, Eddy Niejaldik

Composition musicale: Thierry Devillers

Mise en scène et espace scénique; Isabelle Gyselinx

Plus d’informations sur le site du Théâtre Varia

Tags from the story
Written By

Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *