Georges et Tchang, une histoire d’amour au vingtième siècle

Bruxelles, 1934 : Georges, 27 ans, jeune marié sans enfant, dessinateur publicitaire et auteur de bande dessinée dans le supplément pour enfants d’un quotidien catholique, Le Vingtième siècle, souhaite faire vivre à son héros de papier de nouvelles aventures en Chine. Le contexte politique en Chine est alors compliqué, et afin de le dépeindre avec le plus de justesse possible, Georges est amené à rencontrer Tchang, un jeune chinois étudiant la sculpture à Bruxelles, chargé de lui raconter son pays tel qu’il est vraiment. Une grande complicité s’établit instantanément entre eux… Sur un fond politique très présent, évoquant à la fois le communisme, la montée du nazisme et les relations houleuses entre le Japon et la Chine, Georges et Tchang raconte avant tout une histoire d’amour entre deux artistes.

Nous sommes le 5 janvier 1979, Georges Rémi (aka Hergé, le papa de Tintin, Jo & Zette, Quick & Flupke, …) est invité sur le plateau de Bernard Pivot : Apostrophes. Et c’est dans cette émission littéraire que sortira une phrase du maître de la ligne claire en répondant à la question de Pivot de savoir quel était son tome préféré parmi tous les Tintin, Hergé répondra qu’il s’agit de Tintin au Tibet : « Parce que c’est une histoire toute simple, où il n’y a pas de méchants, pas de mauvais, où il n’y a pas de gangsters, où il n’y a rien. Simplement une histoire d’amou… d’amitié. Comme on dit, une histoire d’amour ». C’est de ce lapsus télévisé que Laurent Colonnier, l’auteur de ce « biopic » sur le dessinateur belge, base son histoire : et si Hergé et Tchang avait été amoureux ?

Boudé par tous les éditeurs, ce sera finalement grâce aux éditions 12Bis que sortira ce bout de vie d’Hergé, romancé par Colonnier. Ce dernier voulait se concentrer sur la rencontre en Tchang et Hergé, en 1934, c’est donc pour cela qu’on y parle du Lotus Bleu et non pas de Tintin au Tibet. En plus de cette histoire d’amour, on découvre un Tchang à la solde des communistes qui intégra, dans les dessins de Georges Rémi, des slogans anti-Japonais sur les affiches que l’on peut apercevoir dans les dessins tout au long du séjour de Tintin à Shanghaï.

Hergé avec une relation homosexuelle et Tchang communiste en puissance. Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser Laurent Colonnier à faire ça? C’est la question que se sont posés pas mal de gens, pensant qu’on salissait ici la mémoire (déjà plus toute propre) du génie bruxellois. Mais alors quel est l’intérêt de cette histoire ?

Au-delà de l’aventure entre les deux artistes (parce que Tchang était aux Beaux-Arts), il faut souligner la qualité d’un scénario qui pourrait presque être pris pour argent comptant, tant certains détails sont plausibles. Il y a aussi le plaisir de découvrir des portions du Bruxelles des années 30, même si ces dessins-là ne sont pas légion. D’un autre côté il faut aussi voir un côté découverte pour les fans de Tintin puisque Colonnier met en scène les gens qui lui inspireront ses personnages à Hergé (Tryphon Tournesol, Bianca Castafiore), de manière réelle ou fictive, là encore la frontière est ténue.

Qu’on aime ou pas l’approche originale de Laurent Colonnier, il faut tout de même faire remarquer que les références aux différentes aventures de Tintin sont très présentes tout au long des 72 pages : de la momie qui inspirera Rascar Capac aux ruines desquelles naitront L’île noire, en passant par le film qui inspirera l’arrivée du mythique Capitaine Haddock. Une présence qui ne donne envie que d’une seule chose : se replonger (une fois de plus) dans les 24 albums qui constituent l’univers de Tintin, ketje de Bruxelles, et reporter à ses heures.

Plus d’infos sur le site de 12Bis.

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