Ghoast Road

« La mémoire ça va, ça vient, c’est un peu comme la mer, ça laisse des trucs sur la plage »

Avec Ghost Road, Fabrice Murgia, artiste associé au Théâtre National de la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous emmène aux États-Unis. Mais ceux-ci sont fort éloignés de la vision habituellement relayée des mégapoles polluées où fourmillent des centaines de milliers d’individus. Nous faisant voyager vers les villes fantômes disséminées sur les vastes territoires de Californie, du Nevada et de l’Arizona, Fabrice Murgia témoigne ici de sa fascination pour les endroits qui ressemblent aux gens et inversement. Certaines ghost towns, villes prospères à l’époque du Gold rush, sont désormais peuplées de quelques âmes ayant fait le choix de vivre à l’écart de la société que Fabrice Murgia et ses six acolytes ont rencontrés à l’occasion d’un périple dans le Far West.

Si à l’origine, ils envisageaient d’évoquer l’argent et la société de consommation, le projet a davantage évolué vers une interrogation sur l’individu questionnant toute à la fois la mort, la solitude, la vieillesse et l’oubli.

Le metteur en scène liégeois maitrise l’interdisciplinarité pour sa mise en scène, véritable chef d’orchestre virtuose, associant avec brio les talents des artistes qu’il dirige.

Ainsi, dans une magnifique interprétation, Viviane De Muynck donne corps à des êtres vivants volontairement reclus, touchant d’humanité, parmi lesquels Marta Beckett, cette ballerine de Broadway ayant tout quitté pour créer son théâtre au cœur de la Vallée de la Mort.

La soprano Jacqueline Van Quaille accompagne les divers fragments d’existences partagés dans la pièce comme autant de morceaux d’aria inoubliés. On doit l’environnement sonore, aspect central de la mise en scène, à Dominique Pauwels dont les enceintes rouillées viennent progressivement envahir le plateau, tels des spectres sortis du passé. L’usage de la vidéo, signé Benoit Dervaux, se fait tantôt documentaire, tantôt amplificateur de la solitude englobant les individus interprétés par Viviane De Muynck.

Éminemment politique même si cela n’est pas abordé de manière frontale, la pièce ne nous laisse pas repartir indemnes. On s’interroge sur l’existence et ses choix, le (non-) rapport de l’homme à la société et enfin l’oubli car Ghost Road est aussi une œuvre de mémoire.

Les 13, 14 et 15/11 au Manège à Mons – 1 rue des Passages à Mons. Tarif plein de 8 à 11 euros.

De : Fabrice Murgia

Mise en scène : Fabrice Murgia/Artara

Musique : Dominique Pauwels

Avec : Viviane De Muynck et Jacqueline Van Quaille

Plus d’infos sur le site du Manège.

Tags from the story
,
Written By

Rédactrice Livres et théâtre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *