Giovanni’s Club, questionner la masculinité

Giovanni's Club

Giovanni’s Club au Théâtre Varia : quand Claudio Bernardo s’attaque aux mythes masculins.

Giovanni’s Club est un spectacle qui questionne le mythe de Dom Juan. En effet, de nombreux éléments scéniques évoquent la pièce de Molière : deux comédiens qui incarneraient le fameux duo Dom Juan-Sganarelle, un soldat armé pour figurer la statue du commandeur et des danses sensuelles comme des jeux de séduction. Cependant, Dom Juan n’apparaît pas comme le séducteur que l’on a l’habitude de voir. Et pour cause : il est entouré d’hommes. Claudio Bernardo, le chorégraphe de Giovanni’s Club, a pris le parti de mettre en scène neuf hommes. C’est donc une histoire entièrement masculine qui va se jouer sous nos yeux.

Mais Giovanni’s Club ce n’est pas seulement une adaptation de Dom Juan, loin de là. Ce spectacle questionne le mythe de Dom Juan afin de mieux questionner les mythes masculins. Claudio Bernardo semble nous demander : qu’est-ce que la virilité ? Le chorégraphe met donc en scène de nombreuses figures de la masculinité. Ces tableaux qu’il nous propose sont à la fois liés et opposés. Liés parce qu’ils questionnent tous une figure du mythe masculin. Opposés parce qu’ils exposent chacun un aspect différent, parfois jusque dans la contradiction. Ainsi, j’ai cru voir tour à tour une tribu de guerriers accomplissant un rituel exalté, des marins au fond d’une cale qui entonnent des chants d’espoir, des soldats, des esclaves, les membres d’un gang… Une multitude d’images naissent sous nos yeux, chacune disséquant à sa manière la notion de virilité.

La scène qui apparaît pour moi comme le climax du spectacle est certainement la scène où une danse se dessine à partir d’un échange de passes avec une ballon de football. Tout dans ce passage est parfaitement réalisé : la chorégraphie est hypnotisante, les costumes sont tout en finesse, la lumière est flamboyante et l’on ressent totalement la complicité entre les danseurs. Ils deviennent sous nos yeux une vraie équipe de foot. Enfin, à quelques détails près : ils jouent en robes de chambre en soie. En plus de cela, il faut avouer qu’on se délecte de la couleur du ballon. Provocation, ironie ou simple caprice esthétique : il est doré.

Giovanni’s Club remet en question nos schémas de pensée sur la virilité sans pour autant être dans la dénonciation ou l’affirmation d’un message social ou politique. Point de militantisme frontal, Claudio Bernardo nous met simplement face à une succession de scènes qui posent des questions. A nous de trouver nos propres réponses.

Ainsi, à l’image de cette scène de lutte où deux hommes semblent se battre, les chorégraphies du spectacle oscillent entre bataille, romance, acte sexuel, danse d’amour ou de fraternité.

Cependant ce spectacle peut aussi s’apprécier tout simplement pour sa beauté. Chaque scène possède sa propre esthétique, où de nombreux éléments viennent nous ravir les yeux. Cela va de la beauté d’un muscle saillant au détail d’un costume, en passant par une reprise de Queen à la volupté du talc qui s’envole des mains d’un danseur.

L’ensemble peut paraître un peu disparate puisqu’il met en scène beaucoup de disciplines (danse, chant lyrique, rap, pole dance…), mais il faut regarder ce spectacle à la manière d’un cabaret où les numéros s’enchaînent et sont chacun un micro-spectacle. En somme, ce spectacle fourmille de danses, de pépites visuelles et de scènes complètement différentes mais qui évoquent toutes une facette de la virilité. Dans Giovanni’s Club, l’homme sera à la fois pop et noble, martial et délicat, solennel et léger, en mouvement et en quête.

Giovanni’s Club

Jusqu’au 26 novembre au Théâtre Varia78 rue du Sceptre,1050 Bruxelles

Avec: Mikael Bres, Vincent Clavaguera-Pratx, Ezra Fieremans, Rafael Gomes, Calixto Neto, Mavi Veloso, Christos Xyrafakis, Jérôme Varnier (chant lyrique) Mimbi Lubansu (l’enfant)

Concept – Scénographie – Chorégraphie : Claudio Bernardo

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